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formateur, expert associé France Education International (CIEP), membre professionnel laboratoire BONHEURS, CY Cergy Paris Université

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Billet de blog 17 mai 2023

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A quoi sert l’école ? Quand des lycéennes et lycéens s’interrogent…

Quand des élèves réalisent un reportage radio, accompagnés par des professeurs et une journaliste, le lycée ne s’éloigne pas du cœur de ses missions, il crée au contraire une situation d’apprentissage qui va marquer durablement le parcours de formation des jeunes concernés.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Sept élèves d’une classe de seconde engagée dans le projet InterClass, dispositif d’éducation aux médias et à l’information de France Inter[1], ont débattu en ce mois de mai autour de la question « A quoi sert l’école ? ».

Le conducteur de leur débat est riche de questions pertinentes. Nous en retiendrons ici quelques-unes qui nous paraissent particulièrement judicieuses.

D’abord, ils ont bien distingué trois dimensions de l’école : elle est à la fois un lieu pour apprendre, un lieu de socialisation et un lieu d’autonomisation.

Ils sont apparemment clairement convaincus de ne se connaître que parce qu’ils sont dans la même classe et remarquent que bien de leurs amitiés se sont construites à l’école. Ils reconnaissent aussi que c’est par l’école qu’ils ont appris à s’organiser pour gérer leur travail, effectuer des recherches. Mais ils ne sont pas sûrs d’apprendre certaines choses pour eux-mêmes, mais parce que de cet apprentissage dépend une note.

C’est en effet sur le sens des apprentissages que leurs questions sont les plus nombreuses. Ce que l’on apprend, on a parfois le sentiment que c’est juste pour avoir de bonnes notes, passer dans la classe supérieure, avoir son examen, et pas forcément parce qu’on en aura besoin plus tard ou parce que ça nous procure un plaisir de découverte qui récompense notre curiosité. Ce qui les frappe, c’est le sentiment d’être en constante évaluation, ce qui conduit à se focaliser plus sur le résultat, la note, que sur l’apprentissage. Ils soulignent l’effet de stress qui va croissant. Par comparaison, ils ont le sentiment qu’au delà de nos frontières, en Europe, en Allemagne et en Finlande par exemple, certains lycéens ne subissent pas le même régime, avec moins de devoirs à la maison, plus d’enseignements pratiques, et n’en réussissent pas moins aux évaluations internationales.

On ne peut qu’être sensible à ce que ces questions posées par les lycéens disent de notre école. La focalisation sur le résultat plus que sur l’apprentissage, la pression de la compétition pour réussir, la charge horaire des cours et du travail à la maison, ne semblent pas créer les meilleures conditions de bien être pour bien apprendre. Paradoxalement, on rencontre ces lycéennes et lycéens dans le studio radio de leur établissement, et on passe deux heures détendues avec eux. Ils travaillent avec une journaliste et leurs professeurs, qui se relaient au cours de l’après-midi, et on est là, justement, dans une activité exigeante s’il en est, puisque l’objectif est de réaliser un reportage radio, mais une activité où ils coopérèrent, où ils ne sont pas en concurrence, qui les amène à réfléchir à un sujet qui compte pour eux, dans un climat d’écoute réciproque.

C’est comme si cette activité hautement formatrice aux médias et au traitement de l’information, mais aussi tout simplement au langage, à l’oral, au débat argumenté, était d’autant plus riche pour eux qu’elle ne s’inscrit pas dans la forme traditionnelle de l’enseignement scolaire, avec ses contrôles et ses notes… Sans doute, dégagés de ce poids, les jeunes sont-ils, comme leurs professeurs, plus créatifs, et plus stimulés par la perspective de produire quelque chose qui sera écouté, partagé par d’autres, que de produire un écrit ou un oral scolaire juste destiné à être noté.

Il y a là de quoi réfléchir sur la réelle valeur ajoutée de l’école pour chacun de ses élèves. En leur proposant de s’engager dans un projet autre que strictement scolaire, elle leur permet sans doute d’acquérir de manière active, engagée, une multitude de savoirs, de connaissances, de compétences de recherche d’information, de traitement de l’information, d’écoute réciproque, de débat et d’expression très précieuses dans le cadre scolaire comme dans la vie sociale et citoyenne.

En donnant la possibilité à ces lycéennes et lycéens de travailler ainsi, accompagnés par une journaliste et leurs professeurs, découvrant au cours de l’année à la Maison de Radio France les métiers et les studios de la radio, l’école n’est pas dans le périphérique, mais au coeur même de sa mission de formation à l'entrée dans la vie. Nul doute que les élèves concernés savent mieux qu’en d’autres moments pourquoi ils sont au lycée, pourquoi ils travaillent ensemble ainsi, sans obsession de la note, mais avec la volonté de réaliser le meilleur reportage possible sur un sujet qui leur tient à coeur.

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[1] https://www.interclassup.fr/

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