Répondant vendredi aux questions de onze lecteurs de Midi Libre[1] –lycéennes, personnels, parents, chef d’entreprise- à l’école Samuel Paty de Montpellier, le ministre de l’éducation nationale s’est notamment exprimé sur les contenus d’enseignement.
Que retenir de ses propos ?
D’une part, selon le journal, « la nécessité de renforcer en profondeur, à tous les niveaux, les enseignements de base, maths et français notamment ». On notera que le ministre ajoute que ce renforcement ne doit pas se faire au détriment du reste « car les activités artistiques et physiques sont pour moi essentielles ».
On trouve là une forme de continuité avec l’accent mis par le ministre précédent sur « les fondamentaux », mais aussi une inflexion qui ne les réduit pas au « lire, écrire, compter, respecter autrui » puisqu’arts et activités physiques sont « essentielles ».
Pourquoi, ce renforcement est-il nécessaire ? « Le niveau en sortie de 3e est faible, en particulier en mathématiques et langues vivantes ». Mais attention, renforcer ne signifie pas nécessairement des heures d’enseignement supplémentaires : le ministre observe en effet qu’en mathématiques « ce n’est pas une question d’heures de cours, qui sont déjà conséquentes, du CP à la 3e, mais plutôt de méthode pédagogique ».
Là encore, le ministre se démarque de son prédécesseur, en n’annonçant pas un nouveau livre expliquant aux enseignants comme il faut enseigner les mathématiques, comme il y en a eu pour la lecture, mais qu’on va « faire confiance aux forces locales », « insuffler de l’air dans un système historiquement vertical ». Insuffler de l’air, ce sera notamment, par le biais d’un appel à projets, favoriser l’éclosion de projets pédagogiques en autorisant la souplesse par rapport à des programmes très contraignants : « on ne ne fera rien sans les professeurs » répète le ministre.
Ces propos sont sans aucun doute précieux pour les professionnels de l’éducation rudoyés durant les cinq années précédentes.
Pour autant, cette approche va se traduire sans doute par quelques aménagements de la réforme des contenus d’enseignement au lycée général, une refonte plus forte du lycée professionnel, et une réforme du collège, l’ « homme malade du système ». Rappelons que la précédente réforme du collège a eu lieu en 2016[2] et, que, dès 2017, elle a été revue à sa façon par le ministre Blanquer. Les réformes du collège n’ont pas manqué, mais elles n’ont pas atteint leur objectif affiché de « faire réussir tous les élèves »…
On le voit, la question des contenus d’enseignement continue d’être abordée de façon sectorielle, partielle, sans que jamais elle ne soit abordée dans son ensemble, et non pas en retouchant ici ou là, de manière cosmétique, les contenus d’enseignement déjà là.
Si on ne s’interroge pas sur la cohérence de l’ensemble de la scolarité, de trois à dix-huit ans, si on ne remet pas en question la juxtaposition et la hiérarchisation des enseignements et des « éducations à », si on n’examine pas la légitimité des choix et organisations disciplinaires actuelles héritées d’une longue histoire, pas plus qu’on ne remet en question les modes actuels d’évaluation des savoirs acquis ou d’orientation des élèves, si on ne pose pas au préalable la question du bagage culturel dont nous voulons équiper chaque citoyen individuellement et collectivement, et, par conséquent, celle du type de société que nous souhaitons, conforme aux valeurs républicaines ou à celles du marché, si on ne veille pas, par exemple, à ne pas constituer dès la sixième un collège à deux vitesses, il n’est pas sûr que l’on réussisse à modifier en profondeur les caractéristiques profondes de notre école. Quand le ministre s’insurge contre « les filières qui mènent droit à Pôle emploi », on voudrait pouvoir penser que les injustices des destins scolaires cesseront rapidement. Mais, si rien ne change dans la politique des savoirs qui assigne les uns et les autres à de savoirs distincts malgré un socle commun de connaissances, de compétences et de culture[3] passé par pertes et profits et absent du discours du ministre, on ne peut que douter du succès de l’entreprise ministérielle. Non pas dans la pacification des relations au sein d’une institution malmenée ces dernières années, mais dans la mise ne œuvre d’une politique des savoirs démocratique, en rupture avec la politique des savoirs actuelles dont on refuse de parler en acceptant ipso facto le moule qu’elle impose aux contenus d’enseignement.
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[2] https://www.gouvernement.fr/action/le-college-2016-faire-reussir-tous-les-eleves
[3] https://www.education.gouv.fr/le-socle-commun-de-connaissances-de-competences-et-de-culture-12512