La vie à l’école : qu’est-ce qui bouge, en France et à l’étranger ?

La demi-pension comme les espaces scolaires sont un enjeu de qualité de vie mais aussi de réussite pour les élèves. C’est ce que confirme une étude de trois ans conduite par le conseil national d’évaluation du système scolaire (CNESCO).

Du rapport très complet sur la qualité de vie à l’école publié ce mois-ci par le CNESCO[1], après trois ans de travaux, on retiendra dans ce billet seulement quelques éclairages qui témoignent à la fois des difficultés rencontrées mais aussi des lignes de force de certaines évolutions dont témoignent des expériences françaises et étrangères.

L’enquête menée par le CNESCO s’est focalisée sur la restauration et l’architecture scolaires.

En ce qui concerne la restauration, la France se caractérise par une fréquentation en forte progression des restaurants scolaires : 70% des élèves de collèges publics les fréquentent contre seulement 55% en 1996. Organisés en libre service pour 89% des cas, ils sont 63% à proposer un choix entre au moins deux plats principaux : ces restaurants scolaires n’ont plus grand chose à voir avec les cantines scolaires de naguère. De ce point de vue, l’école française est, à l’international, exemplaire : alors que dans certains pays (Angleterre, Suisse, Autriche, Etats-Unis, Pays Bas…) les élèves amènent leur panier repas préparé à la maison, la France apparaît comme accordant à la restauration une juste place en termes de quantité, de qualité et de temps.

Deux axes de progrès se dégagent. Le premier est celui des inégalités sociales dans ce domaine : si en Finlande ou en Suède, la gratuité de la restauration scolaire en permet l’accès à tous, en France sa fréquentation est corrélée à l’origine sociale des élèves : si 29% des élèves en moyenne ne la fréquentent pas dans les collèges publics, ils sont 75% dans les collèges REP+. Le deuxième est celui de la part de produits frais et bios dans la confection des repas : alors que l’objectif fixé en 2008 était de faire appel à 20% de produits issus de l’agriculture biologique en 2012, seuls 8% des établissements déclarent aujourd’hui utiliser plus de 25% de produits bios. A noter aussi que les repas préparés au sein de l’établissement assurent plus de 25% de produits frais et de produits de saison dans 60% des cas, alors que les repas préparés en cuisine centrale ou par des prestataires privés ne l’assurent que dans 34 à 44% des cas. Quant à l’alternative végétarienne, elle n’est proposée que dans 17% des établissements interrogés.

La restauration scolaire à la française se caractérise aussi, dans une majorité d’établissements, par l’attention portée au gaspillage et à l’équilibre alimentaires, à l’éducation au goût, à la connaissance des cuisines du monde et des produits locaux.

La qualité de ce temps pourrait être améliorée dans certains établissements, en réduisant le temps d’attente pour accéder au restaurant scolaire et le volume sonore à l’intérieur de celui-ci.

Si l’architecture scolaire a évolué positivement avec la décentralisation, il n’en demeure pas moins que la rigidité des espaces peut constituer un frein à la mise en oeuvre de nouvelles modalités pédagogiques. Dans 66% des établissements, il n’y a pas de mobilier permettant de l'adapter à une organisation pédagogique différente le lieu de travail. Certains domaines sont mis en lumière par les personnels et les élèves : isolation thermique et phonique, luminosité, sanitaires (nombre, qualité de l’entretien, fréquence du nettoyage, sécurité), accessibilité pour personnes en situation de handicap, connexion au wifi, mobilier effectivement modulable. 27% d’établissements déclarent que l’aménagement actuel ne contribue pas à un climat propice au travail et à la réussite. En dehors des salles de classe, bien des espaces contribuent à ce climat : le centre de documentation et d’information, la ou les salles d’étude encore trop souvent appelée salle(s) de permanence - y compris dans le rapport du CNESCO, fidèle en cela à une réalité tenace-, foyer, cafétéria co- ou auto-gérée par les lycéens… Pour les enseignants, si la salle des professeurs est quasi générale, l'existence de salles disponibles pour leur travail en équipe est très minoritaire.
Alors que l’expression des élèves est encouragée et constitue un droit, 7% des établissements n’offrent pas la possibilité pour eux d’exercer le droit d’affichage.

On pourra regretter que le rapport n’évoque les cours de récréation que comme un « espace non surveillé » « particulièrement anxiogène pour les plus jeunes » sans prendre en considération la dimension essentielle de la cour de récréation, une récente étude québécoise affirmant que « pour réussir à l’école, mieux vaut ne pas manquer la récréation [2]».

Dans le domaine des espaces scolaires on retiendra quelques exemples frappants donnés en France et à l’étranger.

Le lycée expérimental pour le bien-être des élèves à Shanghai dispose par exemple de salles de jeux de défoulement en accès libre pour les lycéens pendant les pauses ( punching ball, espace de hurlement…) et comporte un centre de consultation pour la santé psychologique de élèves. Un collège de Bagnolet a transformé un passage entre deux cours, lieu de tensions, en un jardin éphémère propice au repos et créé, avec les élèves des « toilettes indétrônables ». L’IREPS des Pays de Loire propose un dispositif proche des programmes d’apprentissage social et émotionnel à l’école aux Etats-Unis (social and emotional learning, SEL). A Thiers, des lycéens professionnels ont transformé le parking devant leur établissement pour en faire un espace de vie accueillant. Dans un collège de Belfort, la transformation du CDI en espace de culture et de connaissances connecté a permis aux élèves de réinvestir des espaces oubliés et de gagner ainsi progressivement en autonomie… Dans un collège REP de Nîmes la mise en place d’activités à la pause méridienne et de la possibilité de déjeuner au restaurant scolaire au ticket repas et pas seulement au forfait trimestriel a permis de gagner 12% d’élèves supplémentaires à la demi-pension. Un collège du Val de Marne a ouvert un Espace CréationS, éduquant à la prise d’initiative, encourageant la créativité et réduisant d’autant le décrochage scolaire...

De la lecture de ce rapport, des comparaisons internationales et des projets innovants qu’il présente, on retire d’abord confirmation du fait que les établissements scolaires ne sont pas que des lieux d’enseignements, mais aussi des lieux de vie, dont la qualité est très étroitement corrélée aux résultats proprement scolaires des élèves comme au bien-être professionnel des personnels. On observe aussi les inégalités persistantes dans ce domaine entre les établissements d’une part et les élèves qu’ils accueillent d’autre part. L’autonomie des établissements permet à ceux qui s’en emparent de changer positivement la donne, mais ce n’est pas le cas partout. Il reste donc aux autorités ministérielles et académiques, comme aux collectivités régionales et départementales, non seulement à encourager les établissements qui expérimentent et innovent dans ce domaine, mais à accompagner tous les autres pour améliorer partout la qualité de vie et viser ainsi la réussite de tous. Depuis longtemps déjà, de recherches ont montré que, « pour permettre de s’engager dans des pédagogies actives, il est alors nécessaire de penser les lieux d’apprentissages formels avec une superficie de 20 à 30% supérieure à ce que les cadres législatifs et techniques imposent aux bailleurs de fonds[3] ».

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[1] http://www.cnesco.fr/wp-content/uploads/2017/10/171002Dossier_Synthese_Qualite_de_vie_def.pdf

[2] Goudreault, M. et Guimont, M.-H. 2017. Pour réussir à l’école, mieux vaut ne pas manquer la récréation. Le rôle essentiel de la récréation pour favoriser la réussite éducative et la santé des jeunes. Direction régionale de santé publique du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Commission scolaire de Montréal. 16 p.

https://centdegres.ca/wp-content/uploads/2017/08/dsp-recreation-fr-2017.pdf

[3] Laurent Jeannin, « La forme scolaire à l’épreuve de son environnement, avant tout, une question d’acteurs ?» in Cultures numériques , éducation aux médias et à l’information, CANOPE, 2017 (dir : Mireille Lamouroux, Luc Trouche)

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