Empressons-nous de rassurer ceux qui s’inquiéteraient de l’annulation du conseil des ministres en cette semaine post-électorale marquée par une Assemblée nationale sans majorité absolue. Le bureaucratie veille et continue de produire ses recommandations à ses agents.
Empressons-nous aussi de doucher l’optimiste de ceux qui pourraient croire que cette même bureaucratie a tiré quelque leçon de la crise sanitaire récente, qui a conduit ses agents à poursuivre leur mission en télétravail. En période de canicule, quand la température dans certains bureaux excède 33 degrés, il ne saurait être question d’envisager d’y recourir.
Les recommandations d’une administration sont fort claires, pour faire face à l’alerte canicule.
Comme les fonctionnaires n’y auront sans doute pas pensé, il convient de leur rappeler d’abord la nécessité d’ « aérer l'espace de travail aux heures les plus fraîches ; fermer les rideaux, stores ou volets en journée » et de « boire régulièrement de l'eau non glacée ».
Dans sa grande sagesse vivifiée par la climatisation de ses bureaux, l’administration observe que « du fait de l’absence de climatisation, des personnels peuvent légitimement témoigner souffrir de la chaleur et faire part de symptômes tout à fait significatifs » dont elle établit la liste. Elle invite donc chefs de division et de service à «inviter les personnels qui en éprouvent le besoin à cesser temporairement leur activité, et le cas échéant pour répondre à une situation d'urgence, à regagner leur domicile » ("temporairement" et "pour répondre à une situation d'urgence" sont soulignés dans le texte). Ils ont même la possibilité d’ « augmenter les fréquences des pauses et procéder à des aménagements d’horaires permettant aux agents de débuter plus tôt et d’effectuer une journée en continue ». Enfin, l’administration bienveillante demande que les personnels soient informés de l’ouverture d’une aire de repos climatisée dans les locaux.
Voici donc un petit chef d’œuvre de gouvernement bureaucratique.
Les auteurs de cette note sont-ils venus à la rencontre des agents affectés par la canicule dans leurs bureaux ? Ont-ils cherché à percevoir ce que leurs conditions de travail peuvent avoir d’insupportable ? Les ont-ils écoutés ? Ce serait accepter de penser que, de son bureau de commandement climatisé, on ne serait pas le mieux placé pour prendre la bonne décision dans l’intérêt du service.
Voici, comment, en 2022, la bureaucratie continue de recommander sans écouter ni aller voir, au risque que les agents concernés aient le sentiment que leur direction a plus confiance en elle-même qu’en eux.