Bien-être des élèves: quelles caractéristiques françaises?

Des élèves qui se sentent plutôt bien, dont le sentiment d’appartenance à l’école est moindre que dans d’autres pays et qui expriment une forte dépendance à l’internet, telles sont quelques unes des tendances marquant les réponses des jeunes français de 15 ans à l'enquête PISA 2015.

La publication par l’OCDE du volume trois des résultats de PISA 2015 permet de disposer d’une fiche consacrée à la France[1] qui aide à caractériser le bien-être de nos élèves par rapport aux autres pays membres de l’OCDE.

Quatre dimensions de bien-être sont examinées au travers des questions auxquelles répondent les élèves de 15 ans : physique, psychologique, sociale et cognitive.

Pour chacune de ces dimensions, une donnée est mise en avant, susceptible de caractériser la spécificité des élèves français par rapport aux élèves des autres pays de l’OCDE. Ensemble, ces données peuvent aider à caractériser notre modèle d’éducation.

Au plan physique, les élèves français se caractérisent par une pratique sportive régulière moindre que celle de leurs homologues : alors que la moyenne de l’OCDE est de 78%, ils ne sont que 72% à déclarer pratiquer une activité physique modérée deux jours au moins par semaine.

Au plan psychologique, alors que la moyenne de l’OCDE est de 71%, ils sont 78% à se déclarer satisfaits de leur vie.

Au plan social, les élèves français déclarent un sentiment d’appartenance à leur école inférieur à la moyenne de l’OCDE. Cela tiendrait-il par exemple au fait qu’ils sont 12%  à déclarer avoir été ridiculisés par un enseignant au moins quelques fois par mois, contre 10% en moyenne dans l’OCDE, ou 22% à avoir le sentiment d’avoir été noté injustement, contre 18% en moyenne dans l’OCDE ? En tout cas, pour ce qui concerne l’utilisation d’Internet en dehors de l’école, les garçons français déclarent y passer 128 minutes par jour en semaine contre 147 en moyenne dans l’OCDE, et les filles 125 contre 145 ; le week end, garçons et filles français sont au dessus de la moyenne de l’OCDE : 194 contre 186, 187 contre 182. En revanche, filles et garçons sont 80% à déclarer se sentir très mal si aucune connexion à Internet n’est possible, contre 54% en moyenne de l’OCDE.

Au plan cognitif, 78% des élèves atteignent le seuil de compétences en France, contre 79%en moyenne dans l’OCDE.

Il y a d’abord une certaine satisfaction à constater que, globalement, nos élèves de 15 ans, vont plutôt bien psychologiquement. De ce point de vue, leur environnement scolaire et familial est plus favorable que celui de la moyenne des pays de l’OCDE.

Ensuite, ce n’est pas sur le plan des connaissances et compétences que les élèves français s’écartent nettement de la moyenne, même si leur niveau moyen n’a rien à voir avec la réussite des meilleurs, plaçant les résultats globaux de nos élèves dans une petite moyenne internationale.

C’est sans doute le plan social qui nous interroge. Si les données concernant le harcèlement, selon la définition retenue par l’OCDE, placent les jeunes français un point en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE (18% se déclarant victime de harcèlement contre 19% en moyenne OCDE), celles concernant les relations entre élèves et enseignants ne sont pas optimales. Les données concernant la vie en ligne des jeunes français de 15 ans semblent témoigner aussi d’une dépendance forte à l’égard d’Internet, avec un effet de manque bien plus massif qu’en moyenne dans l’OCDE. Mais il faudrait pouvoir mesurer le taux de fiabilité des réseaux selon les pays, qui peut jouer dans le creusement de cet écart.

Ces données comparatives internationales relativisent les propos alarmistes comme les propos triomphalistes sur notre scolarité obligatoire comme sur le rôle éducatif des parents. Elles justifient en tout cas la préoccupation qui se manifeste actuellement dans notre pays, à travers publications et colloques, sur un sujet longtemps négligé, le bien-être des élèves. On sait désormais en effet qu’il a une influence positive sur leurs résultats et sur la qualité des conditions d’enseignement. 

___________________________________________________________ 

[1] https://www.oecd.org/pisa/PISA2015-le-bien-etre-des-eleves-France.pdf

Au total, environ 540 000 élèves, représentatifs des quelque 29 millions d'elèves âgés de 15 ans scolarisés dans les 72 pays et économies participants, ont passé les épreuves PISA en 2015.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.