Le mémento publié en décembre 2025 Évaluer les élèves de 3e dans le cadre des nouvelles modalités d’attribution du diplôme national du brevet (DNB)[1] est très révélateur de la manière dont le ministère envisage la question de l’évaluation.
On notera d’abord que le titre contient une première révélation : il ne s’agit pas d’évaluer les savoirs acquis par les élèves, mais, tout simplement, d’ « évaluer les élèves », évaluer donc des personnes et non le résultat des apprentissages effectués par les élèves à la fin de leur scolarité collège. Pour « poser les principes d’une évaluation au service des apprentissages », le mémento cite à juste titre le Code de l’éducation : . « Comme le dispose l’article D. 331-25 du Code de l’éducation : "l’évaluation des acquis de l’élève (…) a pour fonction d’aider l’élève à progresser et de rendre compte de ses acquis. Les élèves ainsi que les parents ou le responsable légal sont informés des objectifs, des modalités et des résultats de cette évaluation. Le bilan des acquis est régulièrement communiqué à l’élève et à ses représentants légaux (…) En fonction de ce bilan, les enseignants proposent des modalités d’accompagnement afin de permettre à l’élève d’atteindre les objectifs du cycle" ». Il est pour le moins dommage que les rédactrices et rédacteurs du mémento n’aient pas retenu que le Code de l’éducation parle bien d’ « évaluation des acquis des élèves » et de « rendre compte de (leurs) acquis » jamais d’ « évaluation des élèves ».
Mais l’étude de l’occurrence des termes employés dans le mémento est également très révélatrice. Si, en effet, on note 148 occurrence du terme « évaluation », on découvre bien vite sur quoi cette évaluation se fonde. On compte en effet 65 occurrences du terme « moyenne », 58 du terme « note ». En revanche on ne trouve que 15 occurrences du terme « compétence », 13 du terme « acquis ». C’est beaucoup moins que « notes » et « moyennes », mais beaucoup plus que « culture » qui n’apparaît que 7 fois dans le mémento. On garde bien entendu le record pour la fin : il n’y a qu’une seule occurrence du terme « savoir », et encore ne s’agit-il pas du ou des savoirs acquis par les élèves mais du seul « savoir-faire des équipes » d’évaluateurs.
On ne s’étonnera pas que le mémento indique que « le contrôle continu n’est donc plus fondé sur le niveau de maîtrise des huit composantes du socle commun de connaissances, de compétences et de culture établi au dernier conseil de classe au regard de la scolarité en cycle 4 ».
S’il fallait une preuve supplémentaire que l’ambition d’une culture commune à tous les collégiens n’est plus, dans la réalité des faits, portée par le ministère, et que ce qui compte, ce sont non pas les savoirs mais les chiffres accumulés, on mesurera le sens absolument éclairant sur les acquis effectifs des élèves dans cette autre phrase du mémento : « La moyenne annuelle de chaque enseignement obligatoire est issue des moyennes trimestrielles ou semestrielles obtenues durant l’année de 3e. Pour le calcul de cette moyenne, à la somme des moyennes annuelles des enseignements obligatoires, peuvent s’ajouter les points supérieurs à 10 sur 20 de la moyenne obtenue dans l’un des enseignements facultatifs ou un enseignement en langue des signes française ». Ne voilà-t-il pas une belle manière d’entrer à reculons dans l’évaluation sérieuse des acquis des élèves, en réduisant l’évaluation à la notation ?
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[1] https://eduscol.education.fr/document/69050/download?attachment