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Billet de blog 22 février 2012

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L’édition 2012 des dictionnaires : une ronde instructive…

«(…) L'élève devra être capable d'utiliser des dictionnaires, imprimés ou numériques, pour vérifier l'orthographe ou le sens d'un mot, découvrir un synonyme ou un mot nécessaire à l'expression de sa pensée[1] ; (…) »

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«(…) L'élève devra être capable d'utiliser des dictionnaires, imprimés ou numériques, pour vérifier l'orthographe ou le sens d'un mot, découvrir un synonyme ou un mot nécessaire à l'expression de sa pensée[1] ; (…) »

Socle commun de connaissances et de compétences[2], compétence 1

 Pour vérifier le sens de « conseiller principal d’éducation » et d'« assistant d’éducation », nous nous sommes livrés à une lecture de l’édition 2012 de plusieurs dictionnaires.

Cette ronde des dictionnaires ne manque pas d’intérêt.

Selon le Dictionnaire Hachette 2012, « conseiller principal d’éducation » est défini ainsi : « conseiller principal d’éducation dans un lycée, un collège, fonctionnaire chargé de la surveillance. C’est l’ancien surveillant général (sigle courant : CPE)

Dans le même dictionnaire, à l’article « assistant », on en trouve pas mention d’assistant d’éducation ».

En revanche, à l’article « surveillant », on trouve la mention suivante. « Surveillant, te : personne chargée de surveiller les élèves, de veiller au respect de la discipline dans un établissement scolaire. Surveillant d’internat.

Et, à l’article « pion », mention est faite de « pion, pionne : fam, surveillant ».

Dans le Petit Larousse illustré 2012, on peut lire ce qui suit.

« Conseiller principal d’éducation (CPE) : fonctionnaire qui exerce dans un collège ou un lycée des tâches éducatives et contrôle le personnel de surveillance ».

« Surveillant, e : personne chargée de la discipline dans un établissement d’enseignement »

« Pion, pionne : argot scolaire, surveillant »

Pas plus que dans le Dictionnaire Hachette 2012, il n’est fait mention de l’emploi d’ «assistant d’éducation ».

Dans le Petit Robert 2012, l’article « conseiller, ère » indique l’emploi de « conseiller principal d’éducation (CPE), chargé de l’administration intérieure et de la discipline, dans un collège, un lycée.

L’article « surveillant, ante » date de 1875 le sens de « personne chargée de la discipline, dans un établissement d’enseignement, une communauté, Surveillant d’étude, d’internat » avec renvois à « maître, répétiteur, fam pion ». Mais il convient de lire cet article jusqu’au bout. On trouve en effet, à la fin, mention de l’emploi, signalé comme ancien, de « surveillant(e) général(e), chargé(e) de l’administration intérieure, de la discipline, etc., dans un établissement d’enseignement (argot scolaire, surgé, 1920), appelé(e) conseiller principal d’éducation depuis 1970. »

On va donc  à l’article « pion, pionne » qui date de 1835 l’emploi moderne et familier de « surveillant dans un lycée, un collège, maître d’internat » illustré d’une citation de Daudet : « Je pris possession de l’étude des moyens. J’étais pour eux l’ennemi, le pion ».

Bien entendu, il n’et pas fait mention de l’existence d’assistant d’éducation à l’article « assistant ».

On reçoit ici  confirmation du caractère conservateur des dictionnaires, qui gardent heureusement la trace d’emplois anciens, ou relativement modernes, comme celui de pion, remontant à 1835.

Mais cette courte promenade lexicale confirme également combien certaines nouveautés peinent à s’imposer dans les dictionnaires et sans doute dans la langue : il en va ainsi des assistants d’éducation, créés en 2003, qui n’ont toujours pas droit de cité dans les dictionnaires français de 2012. Il ne s’agit pas là d’une résistance des dictionnaires à un emploi attesté. Il suffit de se rendre dans un établissement scolaire pour percevoir que l’on y parle plus couramment des « surveillants » que des « assistants d’éducation ».

On décernera une distinction particulière au Petit Robert, qui pourrait être le prix de l’humour involontaire. Si l’on confronte en effet les définitions qu’il donne de « surveillant général » d’une part, de « conseiller principal d’éducation » d’autre part, on constate que selon lui, le passage de l’un à l’autre, fort justement daté de 1970 (en référence au décret 70-738 du 12 août 1970 relatif au statut particulier des conseillers principaux d’éducation) n’est qu’un changement d’appellation. Mais un lecteur attentif remarquera que les définitions ne sont pas exactement les mêmes. Si l’un et l’autre sont « chargés de l’administration intérieure et de la discipline dans un collège, un lycée », on observe en effet que, en passant de surveillant général à CPE, le « etc. » a disparu. On se gardera bien de conclure que les CPE ont aujourd’hui des missions moins étendues que les « surgés » de jadis.

Ces observations sont confirmées par la consultation d’un dictionnaire spécialisé cette fois, comme le Dictionnaire de l’éducation, publié aux PuF sous la direction d’Agnès Van Zanten en septembre 2008. L’article « Rôles éducatifs », rédigé par Martine Kherroubi, commence ainsi : « La division du travail éducatif est une des particularités de la forme scolaire du secondaire : le respect du règlement et de la discipline est assuré par un personnel spécialisé, les conseillers principaux d’éducation (CPE) et les surveillants ». Tout se passe encore et toujours comme si, dans bien des esprits, l’objectif quasi exclusif du service de la vie scolaire et de ceux qui y travaillent, était de surveiller. La création des conseillers principaux d’éducation en 1970, celle des assistants d’éducation en 2003, n’auraient-elles été que des tours de passe-passe lexicaux, sans autre effet que cosmétique sur la division du travail éducatif ? C’est ce que pourrait laisser accroire la lecture d’articles des dictionnaires de 2012.

[1] Les caractères gras sont le fait de l’auteur du billet

[2] Le décret du 11 juillet 2006 définit l’ensemble des compétences que chaque élève doit maîtriser à la fin de la scolarité obligatoire

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