Enseignement agricole : quelles spécificités éducatives ?

D’un arrêté à l’autre, les compétences reconnues au conseiller principal d'éducation (CPE) dans l’éducation nationale et dans l’enseignement agricole présentent quelques nuances. Ces nuances seraient-elles révélatrices de spécificités éducatives de l’enseignement agricole ?

Le Journal officiel du 22 novembre a publié l’arrêté du 10 novembre 2017 portant modification de l'arrêté du 13 juillet 2016 relatif au référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l'éducation au sein de l'enseignement agricole[1]. Globalement, ces modifications visent à intégrer dans cet arrêté les compétences spécifiques aux conseillers principaux d’éducation, telles qu’elles ont été définies dans l’arrêté du 1er juillet 2013 définissant le référentiel de compétences professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation[2]. Mais les quelques retouches apportées au texte de 2013 méritent qu’on s’y arrête, dans la mesure où certaines engagent autre chose que l’adaptation aux réalités institutionnelles et pratiques de l’enseignement agricole.

Un premier élément est frappant : la place accordée à la communauté éducative. De la première compétence à la huitième, il est fait mention de la communauté éducative là où l’arrêté de 2013 s’abstient de le faire :

  • veiller et contribuer à la sécurité des élèves, dit-on à l’éducation nationale, …avec l'ensemble de la communauté éducative, précise-t-on dans l’enseignement agricole ;
  • contribuer au repérage des incivilités, des formes de violence et de harcèlement, et à la mise en œuvre de mesures qui permettent de les faire cesser avec le concours des équipes pédagogiques et éducatives, dit-on à l’éducation nationale, le concours de l'ensemble de la communauté éducative élargit-on dans l’enseignement agricole ;
  • assurer la formation des délégués élèves, écrit-on à l’éducation nationale ; contribuer à la formation des délégués, en lien avec l'équipe éducative prescrit-on dans l’enseignement agricole ;
  • contribuer à l'élaboration du volet éducatif du projet d'établissement, indique-t-on à l’éducation nationale ; avec la communauté éducative souligne-t-on dans l’enseignement agricole.

On sera sensible à cette insistance et à ce qu’elle signifie notamment quand « assurer » est remplacé par « contribuer en lien avec la communauté éducative ». La communauté éducative n’est certes pas une inconnue dans l’éducation nationale. Le code de l’éducation est fort clair à ce sujet.

Article L111-3 : « Dans chaque école, collège ou lycée, la communauté éducative rassemble les élèves et tous ceux qui, dans l’établissement scolaire ou en relation avec lui, participent à l’accomplissement de ses missions ».

Art. L111-4 : « Les parents d’élèves sont membres de la communauté éducative… ».

Il semble donc bien que, pour l’enseignement agricole, la communauté éducative ait une réalité plus tangible que pour l’éducation nationale, sinon pour les EPLE qui relèvent de ce ministère.

L’exemple de l’élection des délégués est également frappant : du côté de l’éducation nationale cette mission incombe entièrement aux CPE, dans l’enseignement agricole ils y contribuent en lien avec les équipes éducatives, ils ne sont pas seuls en charge de cette opération qui concerne l’ensemble des équipes, les enseignants comme les autres personnels. Il semble donc que l’éducation nationale soit davantage historiquement marquée par la césure entre enseignements et vie scolaire, les questions éducatives étant pendant longtemps traitée hors des enseignements et prises en charge par la vie scolaire.

On notera aussi une autre approche, concernant les relations entre personnels de direction et CPE. Que l’on se réfère à l’arrêté de juillet 2013 ou à la circulaire de mission des CPE du 10 août 2015[3], l’éducation nationale ne mentionne pas, à la différence de l’enseignement agricole, que « participer au recrutement des assistants d'éducation ainsi que des auxiliaires de vie scolaire en liaison avec la direction » fait partie des attributions des CPE. Bien évidemment, dans les EPLE, les CPE sont très souvent associés à ce recrutement, voire chargés de celui-ci, par délégation du chef d’établissement. Mais cela n’est pas acté dans les textes officiels.

En revanche, si la circulaire de mission des CPE de l’éducation nationale indique que les CPE« participent, avec le(s) professeur(s) documentaliste(s), et dans le respect des missions de chacun, à la prise en charge des élèves hors du temps de classe pour favoriser les apprentissages, notamment en mettant à leur disposition les espaces et les ressources nécessaires », cette réflexion partagée sur les espaces et les ressources nécessaires au travail des élèves, qui ne figurait pas dans l’arrêté de 2013, ne figure pas plus dans celui de 2017. Pourtant, les nouvelles manières d’apprendre et d’enseigner devraient inciter partout à « repenser la forme scolaire », comme nous y invite le rapport de Catherine Becchetti-Bizot[4] remis au ministre de l’éducation nationale en mai dernier.

On pourrait donc conclure de cette rapide comparaison que dans l’enseignement agricole la communauté éducative semble avoir une consistance plus forte, que les questions éducatives y paraissent davantage prises en charge de manière partagée, et que les responsables des services de vie scolaire y bénéficient, « dans les domaines de compétences du CPE », d’une reconnaissance renforcée de leur contribution à la vie de l’établissement.

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[1] https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=FE6C7BF46AC871AC9E16F72500446239.tplgfr39s_3?cidTexte=JORFTEXT000036069026&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id&idJO=JORFCONT000036068791

[2] http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=73066

[3] http://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=91890

[4] Catherine Becchetti-Bizot, Repenser la forme scolaire à l’heure du numérique, Rapport N° 2017-56, mai 2017

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Documents/formescolaire17.pdf

 

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