A lire le sommaire du livret éducation de la France insoumise[1], on retrouve des éléments connus et assez largement partagés à gauche sur le constat - une école appauvrie, des inégalités qui s’aggravent-, le projet –instruire et qualifier tous les enfants de la République- et les propositions : une école où il fait bon apprendre, instruire dans l’école commune, une école creuset pour combattre les inégalités, accroître la qualification pour répondre aux défis de demain, l’école de la citoyenneté, une école laïque et libérée des influences.

La lettre de J-L Mélenchon aux enseignant.e.s qui termine le livret se démarque nettement de cette vision plutôt consensuelle, en dénonçant d’entrée de jeu  « l’idéologie du socle commun » qui « défait » « le lien aux savoirs », ou « les mises en cause de la liberté pédagogique » pourtant garantie par l’article 48 de la loi Fillon de 2005 et l’article L. 912-1-1 du code de l’éducation : « la liberté pédagogique de l’enseignant s’exerce dans le respect des programmes et des instructions du ministre chargé de l’éducation nationale et dans le cadre du projet d’école ou d’établissement avec le conseil et sous le contrôle des membres des corps d’inspection. Le conseil pédagogique prévu à l’article L. 421-5 ne peut porter atteinte à cette liberté ».

Au nom de « l’école de l’égalité » et de la restauration du cadre républicain le candidat abrogera « les contre-réformes du lycée et du collège mais aussi le décret Peillon sur les rythmes scolaires ». En une phrase, c’est la refondation de l’école, un des emblèmes du quinquennat finissant, qui est jetée aux orties. Pas tout à fait cependant, car il reste quelques traces de la loi de refondation dans les propos qui suivent : « l'école doit s’affirmer comme un espace de coopération et d’échanges et non de concurrence et de compétition[2]. Creuset du peuple en formation, laïque, elle doit devenir le lieu de l’éducation à l’intérêt général où l’individu se prépare à l’exercice d’une citoyenneté enrichie de nouveaux droits. À l’heure du défi climatique, l’école doit jouer un rôle décisif dans la préparation de la transition écologique ». Plus loin, le candidat envisage d’étendre un dispositif phare de la loi de refondation« Nous généraliserons le dispositif « plus de maîtres que de classes » en CP et CE1 ».

Le candidat aborde ensuite la question de la revalorisation salariale (+7% tout de suite et négociation salariale ensuite) et du recrutement des personnels, reprenant l’engagement de François Hollande en 2012 de recruter « 60000 enseignant.e.s supplémentaires dont une part à travers un dispositif de pré-recrutement ». Il s’engage à « garantir le principe de la liberté pédagogique », le code de l’éducation n’étant sans doute pas suffisant en ce domaine à ses yeux. On comprend mieux de quoi il retourne vraiment quand, dans la phrase suivante, est annoncée l’intention de « mettre fin à l’évaluation par compétences ». On peut s’étonner au passage qu’un ancien ministre délégué à l’enseignement professionnel rejette une évaluation qui a été d’abord mise en œuvre dans l’enseignement professionnel. La liberté pédagogique se réduirait-elle à pouvoir noter les élèves sans référer l’évaluation de leurs acquis à autre chose qu’une moyenne ? Les « nouvelles perspectives de carrière » proposées sont en revanche plus tournées vers l’avenir avec notamment « dans  le  premier  degré  un  temps  autogéré  pour  un  travail  collaboratif  avec  vos  collègues » ou la proposition faite « à celles et ceux d’entre vous qui parviennent au terme de leur carrière de pouvoir, sur une base volontaire, se consacrer au suivi des élèves en difficulté, à la coordination des projets de l’établissement et à la formation des enseignant·e·s stagiaires ».

Si le chapitre des convergences est consistant avec certaines orientations déjà engagées par la loi de refondation pendant le quinquennat – comme la pause méridienne de une heure 30, les espaces parents, le dispositif plus de maîtres que de classes, l’encouragement à la coopération, « l’éducation critique aux médias dans les programmes d’enseignement moral et civique »- et certaines propositions de Benoît Hamon (« établir une carte scolaire intégrant les établissements privés », « soutien scolaire gratuit par le service public d’éducation », « instruction obligatoire à partir de trois ans », effectif maximum de 20 élèves dans les écoles d’éducation prioritaire par exemple), les divergences sont fortes sur des orientations fondamentales touchant à l’évaluation des acquis ses élèves, à la conception des contenus d’enseignement (« replacer les disciplines au coeur des apprentissages »), au redoublement conçu comme « un droit à favoriser ».

Il ressort de la lecture de ce projet éducatif une double orientation quelque peu contradictoire : une approche résolue des inégalités scolaires afin de les réduire par diverses mesures, et un retour  à des pratiques d’enseignement, d’évaluation et d’orientation qui ont si bien servi ces mêmes inégalités scolaires. Une volonté sans doute de concilier réponse aux aspirations à la démocratisation de l’accès à la formation par des mesures progressistes et prise en compte du malaise enseignant en préconisant le retour à une organisation pédagogique plus traditionnelle.


[1] https://www.avenirencommun.fr/le-livret-education/

[2] voir l’article 2 de cette loi : « Le service public de l'éducation fait acquérir à tous les élèves le respect de l'égale dignité des êtres humains, de la liberté de conscience et de la laïcité. Par son organisation et ses méthodes, comme par la formation des maîtres qui y enseignent, il favorise la coopération entre les élèves».

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Merci de m'avoir appris quelque chose d'important sur la Mayenne...