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formateur, expert associé France Education International (CIEP), membre professionnel laboratoire BONHEURS, CY Cergy Paris Université

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Billet de blog 23 mai 2013

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Cultures numériques : après la conférence nationale de Lyon, quels axes de réflexion ?

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Il serait vain de vouloir en un billet  résumer la richesse de deux jours de travaux où tables rondes, ateliers et posters ont ouvert de multiples angles d’approche de la question et de riches perspectives[1].

Dans ce foisonnement inépuisable, on peut toutefois dégager, parmi d’autres possibles, trois axes de réflexion[2].

Le premier consiste à dissiper des illusions et à clarifier des enjeux. Les illusions sont nombreuses, d’ordre techniciste, social, méthodologique, ou pédagogique. Les défis posés à l’école sont pour certains antérieurs au surgissement de l’ère numérique. Ce qui importe, c’est de partir de l’idée que l’information est un bien commun, et que les véritables enjeux sont donc civiques, politiques, économiques, juridiques et éthiques. Une démarche de formation des élèves aux médias et  à l’information ne peut être fondée que sur la complexité, la progressivité, la transversalité. Elle suppose d’engager les élèves à maîtriser de nouvelles formes de lecture-écriture, et à exercer « l’art de filtrer » (Umberto Eco) et de publier.

Le deuxième suppose de refonder la légitimité de l’école non par la clôture, la fermeture, mais par l’ouverture. La culture populaire, standardisée, mainstream est déjà là, dans la tête des élèves, et il faut en tenir compte, et non se contenter de la rejeter au nom des objectifs émancipateurs de l’école. L’école ne peut pas agir seule en ce domaine, mais en cohérence avec d’autres services de l’Etat, avec les collectivités territoriales, le mouvement associatif, les professionnels des médias et de l’édition.  C’est dans un contexte ouvert que l’école pourra répondre au défi des médias numériques en développant chez les élèves une culture humaniste intégrant la dimension numérique.

Le troisième incite à revoir l’architecture de la forme scolaire, marquée par la verticalité et le cloisonnement, quand l’ère numérique se caractérise par l’horizontalité et la réticularité. Le moment n’est il pas venu de modifier les temps, les espaces, les programmes scolaires, en partant des apprentissages plutôt que des enseignements, dans une logique centrée sur les élèves, et leur accès effectif à la culture du citoyen, de l’homme et de la femme du 21e siècle ? Une intervenante a ainsi suggéré d’organiser l’école plutôt autour de la bibliothèque scolaire que de la classe.

Donner aux collégiens et aux personnels en charge de leur formation du temps scolaire pour développer des projets pluridisciplinaires de coopération avec les écoles et les lycées, les médias de proximité, pour apprendre à s’informer, publier, échanger, débattre sur la Toile et les réseaux sociaux dans le respect des valeurs ; permettre aux lycéens d’approfondir ces connaissances en développant leur engagement et leur responsabilisation dans une vie lycéenne sortie des marges où elle est souvent contrainte : n’y aurait–il pas là des objectifs utiles à la refondation de l’école ? Ce serait en tout cas une manière de marquer la fidélité de notre école à la finalité que Condorcet fixait à l’instruction publique en 1791 : « Le but de l’instruction n’est pas de faire admirer aux hommes une législation toute faite, mais de les rendre capable de l’apprécier et de la corriger. » 


[1] Le site de la conférence en donne une idée éloquente : http://emiconf-2013.ens-lyon.fr/

Voir aussi notre précédent billet : http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-pierre-veran/170513/eduquer-aux-medias-quels-medias-quelle-education-et-quelle-forme-scolaire

[2] Pour éviter de réduire la pensée des intervenants qui ont inspiré ce billet, on citera notamment pour reconnaître ce qu’on leur doit sans déformer leur propos :  Claire Bélisle (consultante), Odile Chenevez (CLEMI), Xavier Delaporte (France Culture), Christian Gautellier (CEMEA), Luisa Marquardt (Université de Rome), José Manuel Pérez Tornero (Université autonome de Barcelone), Philippe Quéau (UNESCO), Jean-François Rouet (CNRS), Kenneth Ruthven (Université de Cambridge), Jean-Michel Salaün (ENS Lyon), Alexandre Serres (URFIST Université Rennes 2)…

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