mot de passe oublié
11 euros par mois

Construisez avec nous l'indépendance de Mediapart

Souscrivez à notre offre d'abonnement à 11€/mois et découvrez notre application mobile disponible sur Android et iOS.

Je m'abonne
Le Club de Mediapart mer. 25 mai 2016 25/5/2016 Dernière édition

Morale à l’école : (re)fonder une gouvernance éthique de l’éducation ?

La lettre des ministres adressée aux personnels de l’éducation nationale le 7 septembre[1] pour les inciter à « participer et faire partager à nos concitoyens leur expérience et leurs idées pour la refondation de l'École »  s’inscrit parfaitement dans un processus de gouvernance, qui associe notamment tous les acteurs d’une organisation à la réflexion préparant les prises de décisions politiques.

La lettre des ministres adressée aux personnels de l’éducation nationale le 7 septembre[1] pour les inciter à « participer et faire partager à nos concitoyens leur expérience et leurs idées pour la refondation de l'École »  s’inscrit parfaitement dans un processus de gouvernance, qui associe notamment tous les acteurs d’une organisation à la réflexion préparant les prises de décisions politiques. Les ministres rappellent que « cette initiative est l'occasion de rassembler toute la Nation - parents d'élèves, organisations représentatives des personnels, responsables associatifs, mouvements d'éducation populaire, collectivités locales, milieux économiques - autour de son École et de sa jeunesse ».  Les vingt groupes de travail ont été composés à l’image de la diversité des parties prenantes de l’éducation.

On peut donc considérer que le processus de refondation de l’école s’inscrit dans une démarche de gouvernance procédurale, attentive à s’appuyer dans l’élaboration des lignes de force de la prochaine loi d’orientation sur une démocratie participative associant aux élus du suffrage universel, les experts, professionnels, réseaux, communautés, comme chaque citoyen désireux de faire part de son point de vue.

Les ministres évoquent aussi le contenu du site internet dédié www.refondonslecole.gouv.fr.

Ils soulignent notamment que « sur ce site, qui présente chacun des thèmes de discussion et les enjeux qui s'y rapportent, sont rassemblés des documents dressant un état des lieux : études, constats chiffrés, éléments de comparaison internationale... » Constats chiffrés, éléments de comparaisons internationale, indicateurs et statistiques diverses relèvent bien de ce que l’on appelle la gouvernance instrumentale, dont les maîtres mots sont l’efficacité qui mesure le rapport entre les résultats et le fonctionnement, l’efficience qui mesure celui entre les coûts et fonctionnement, et le rendement, qui mesure celui entre la dépense et les résultats. On se souvient d’avoir eu avec le ministre Luc Chatel un tenant convaincu de cette gouvernance instrumentale, assurant que l’on pouvait chaque année améliorer le résultats à moindre coûts salariaux en ne remplaçant pas un fonctionnaire sur deux de l’éducation nationale partant à la retraite.

Les ministres  insistent d’entrée de jeu : « refonder l'École et refonder la République par l'École, tels sont nos objectifs ». En plaçant la démarche de refondation de l’Ecole dans le cadre de l’ambitieux projet de refonder la République, ils ouvrent une perspective capitale. La gouvernance instrumentale est une nécessité économique et financière majeure. La gouvernance procédurale est une nécessité démocratique fondamentale. Mais l’une et l’autre ne sauraient suffire. Ce qui leur donne un sens républicain, c’est une gouvernance morale, exigeante au regard du respect et de la mise en œuvre des valeurs de la République. Au travers de cadres économiques et budgétaires exigeants, et de processus consultatifs et délibératifs transparents,  la politique de refondation de l’école et de la République  n’atteindra ses objectifs que si elle adosse ses indicateurs et tableaux de bord aux valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité.

Ces valeurs sont indissociables l’une des autres sous peine de faire mourir la République et son école.

« La liberté seule tue l’égalité et la fraternité, l’égalité imposée tue la liberté sans réaliser la fraternité, la fraternité, nécessité fondamentale pour qu'il y ait un lien communautaire vécu entre citoyens, doit réguler la liberté et réduire l'inégalité, mais elle ne peut être ni promulguée, ni instaurée par loi ou par décret » écrivait E. Morin en 2010[2].

Celui qui pousserait au bout la liberté de choix de l’école aboutirait logiquement à remplacer l’institution scolaire par un service public d’éducation et de formation délégué à des organismes et sociétés privées. Cela pourrait représenter pour l’Etat des gains salariaux non négligeables. On voit combien la seule gouvernance instrumentale, associée à la référence à une seule valeur de la devise républicaine, pourrait avoir des conséquences néfastes pour la République, l’égalité et la fraternité.

Est-ce à dire qu’une gouvernance référée à l’éthique serait utopique, faute d’indicateurs mesurables ? Certainement pas. Les résultats de l’enquête PISA de l’OCDE attestent que l’école française ne tient pas du tout sa promesse d’égalité des chances puisque les parcours scolaires y sont plus fortement que dans d’autres pays corrélés à l’origine sociale des élèves. Il existe donc des indicateurs utiles pour évaluer la mise en œuvre effective à l’école de la valeur républicaine d’égalité. Il en va de même pour les données sur  le climat scolaire : si environ 30% des élèves se sentent en situation d’injustice dans le système scolaire français selon Marie Duru-Bellat et Denis Meuret[3], c’est sans doute aussi que la fraternité n’y est pas souveraine.

 Les ministres forment le vœu « que la refondation que nous allons conduire soit aussi la vôtre. » Elle le sera d’autant plus que les objectifs fixés, et les indicateurs choisis pour évaluer leur atteinte seront référés aux exigences de l’éthique républicaine. En réunissant ainsi les citoyens autour de l’école des valeurs de la République, on assurera aussi la refondation de la République elle-même.

 

 


[1] http://www.education.gouv.fr/cid61437/refondons-l-ecole-de-la-republique-lettre-des-ministres-aux-enseignants.html

[2] Morin, Edgar, Ma gauche, François Bourin éditeur, 2010, p. 107

 

[3] Duru-Bellat, Marie, Meuret, Denis, Les sentiments de justice à et sur l'école. Bruxelles : De Boeck, 2010.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

Toute frontière est aussi mobile, au cours de l'histoire. Et des jeux de frontières, comme ceux que notre corps présente, cellulaires, tissulaires, organisques, corporelles,extra-corporelles ( sensitives, perceptives, idéelles), permettent ou non des itinéraires; acceptent ou non  telle ou telle "entrée" ; mettent en oeuvre telle ou telle "expulsion". On peut trouver là une image de la vie sociale...

Construisez l'indépendance de Mediapart

onze euros par mois

Souscrivez à notre offre d'abonnement à 11€/mois et découvrez notre nouvelle application mobile.
Je m'abonne

L'auteur

Le blog

suivi par 67 abonnés

Le blog de Jean-Pierre VERAN

À propos du blog
https://static.mediapart.fr/etmagine/default/files/blog/565427fdedca6.JPG