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formateur, expert associé France Education International (CIEP), membre professionnel laboratoire BONHEURS, CY Cergy Paris Université

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Billet de blog 25 avril 2022

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« Europe de l’éducation » : sans le collectif ni la démocratie ?

Quand les ministres de l’éducation de l’Union européenne se retrouvent ce mois-ci à l’occasion d’un sommet consacré à l’éducation, ils ne mentionnent ni la démocratie ni la coopération dans leurs objectifs partagés de formation du citoyen.

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Le  conseil de l’Union européenne « éducation, jeunesse, culture et sports », réuni le 5 avril à Luxembourg, a été l'occasion pour les ministres de l’éducation de réaffirmer leur volonté d’ « apprendre les uns des autres pour faire des choix efficaces et ciblés en matière de dépenses éducatives[1] ».

La déclaration commune des 26 ministres ne manque pas d’intérêt. On y lit en effet que « L’objectif des États membres reste inchangé : permettre à chaque citoyen européen de réaliser son potentiel individuel et de contribuer activement à la construction d’une Europe économique et sociale plus forte ».

Cette phrase ne manque pas d’interroger sur les silences qu’elle contient. Chaque citoyen européen est perçu comme un individu, doué d’un potentiel individuel. N’est pas évoquée la dimension collective de la citoyenneté européenne. Quant à l’Europe à construire, elle est caractérisée comme « économique et sociale », mais pas comme démocratique.

Ces absences éclairent la phrase qui suit : « Ils se réjouissent du projet de la Commission européenne de créer un laboratoire d’apprentissage sur l’investissement en éducation associant chercheurs et États membres en vue de construire et d’expérimenter des méthodes d’évaluation de leurs politiques éducatives ». 

Les politiques éducatives à évaluer ne seront pas évaluées en fonction  de leur contribution à l’émergence d’une citoyenneté européenne fondée sur le partage de valeurs et de pratiques démocratiques, mais sur leur contribution à la seule construction économique et sociale de l’Europe. Là résident sans doute l’efficacité, voire l’efficience recherchées par les ministres.

On peut regretter qu’en 2022, les ministres européens de l’éducation ne semblent pas avoir intégré les inflexions apportées par l’OCDE en 2018 au cadre d’apprentissage pour 2030[2]. « Les enfants qui entrent à l’école en 2018 devront, écrit l’OCDE,

  • renoncer à l’idée que les ressources sont sans limites et qu’elles sont là pour être exploitées ;
  • attacher de la valeur à la dimension collective de la prospérité, de la pérennité et du bien-être ;
  • être responsables et autonomes, placer la collaboration avant la division et la durabilité avant les profits à court terme ».

Evoquer la dimension collective, donner la priorité à la collaboration et à la durabilité, voilà des objectifs qui ne sont pas mentionnés en 2022 par les 26 ministres de l’éducation de l’Union européenne. On ne peut que le regretter.

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[1] https://www.education.gouv.fr/investir-pour-des-systemes-educatifs-europeens-efficaces-efficients-et-equitables-un-enjeu-de-340979

[2] https://www.oecd.org/education/OECD-Education-2030-Position-Paper_francais.pdf

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