Culture de l’information et politique documentaire : au milieu du gué ?

Les activités principales recensées dans la fiche «enseignant» du Répertoire des métiers de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur[1] comptent deux activités corrélées à la fonction de professeur documentaliste. Elles sont ainsi libellées :

« Contribuer à faire acquérir la maîtrise et la culture de l’information (professeur documentaliste)

Mettre en œuvre la politique documentaire de l’établissement (professeur documentaliste) »

On observera qu’en  novembre 2011 le professeur documentaliste (re)trouve dans le REME sa fonction de professeur, fonction qui n’apparaît pas dans l’arrêté du 12 mai 2010 définissant « les compétences à acquérir par les professeurs, documentalistes et conseillers principaux d’éducation pour l’exercice de leur métier ». On notera toutefois que ce REME, à l’inverse d’un arrêté, « n’a pas de portée juridique et réglementaire » comme l’indique la présentation du document. L’appellation des professeurs documentaliste reste donc flottante. Et ce d’autant plus que la circulaire 86-123 qui définit aujourd’hui encore les « missions des personnels exerçant dans les CDI » ne connaît que les « documentalistes-bibliothécaires ».

On n’épiloguera pas sur l’absence de trait d’union entre professeur et documentaliste, susceptible de susciter des débats passionnés dans certains cénacles.

On observera avec intérêt les fiches consacrées dans le REME aux métiers de bibliothécaire et de documentaliste, dont un emploi–type de débouché est celui de « documentaliste (professeur documentaliste) ». Dans les compétences principales de ces métiers, il n’est question ni de politique documentaire ni de formation à la culture de l’information, seulement, pour celui de documentaliste, d’ « assister, conseiller et former les usagers à l’utilisation des méthodes et des outils de recherche », et, pour celui de bibliothécaire,  d’« organiser l’accueil, l’information et la formation du public (sur place ou à distance) et y participer». Cela confirme bien que ces deux  activités fondent la spécificité du professeur documentaliste.

On s’interrogera plutôt sur le sens des deux verbes employés dans ces deux activités indiquées comme principales.

 

Contribuer… avec qui ?

Il ne fait pas de doute que la nécessité pour l’école de faire acquérir à tous les élèves la maîtrise et la culture de l’information est un impératif encore accru  à l’ère de l’ «infobésité » numérique. Le professeur documentaliste, qui, à la différence des autres professeurs, n’effectue pas un service calculé en heures d’enseignement, n’est pas un professeur d’information-communication. A aucun niveau du collège ou des lycées- hormis en STG-, il n’est prévu d’horaire pour un tel enseignement. La deuxième activité retenue par le REME donne à voir ce qui est attendu du professeur documentaliste, outre l’enseignement.

C’est donc nécessairement avec ses collègues enseignants de discipline, ou encore avec les CPE, qu’il peut organiser non pas seulement des séances ponctuelles mais un parcours de formation développant la culture de l’information des élèves.

Selon le RME, le professeur documentaliste est pourtant le seul à contribuer à l’acquisition de ces compétences en information. N’aurait-il pas été judicieux de mentionner cette activité dans le REME en complétant la parenthèse qui y est associée (notamment professeur documentaliste) ? Cela aurait eu au moins le mérite de la clarté.

 

Mettre en œuvre… seul ?

On est surpris de lire dans le REME que la mise en œuvre d’une politique relève de l’activité principale d’un seul acteur de l’établissement. Si tel est le cas, s’agit-il encore d’une politique, ou plutôt d’un projet personnel ? Là encore, une formulation enrichie de la parenthèse associée (notamment professeur documentaliste) aurait été préférable.

 

Des avancées ou du surplace ?

Tous ceux qui sont conscients des enjeux liés à l’essor d’une société de l’information mondialisée et aux défis qu’il pose pour l’exercice d’une citoyenneté responsable, ne peuvent que se réjouir de voir la maîtrise et la culture de l’information comme la politique documentaire apparaître dans les fiches qui caractérisent le métier d’enseignant.

Mais le fait que ces domaines de formation et d’action ne soient référés qu’à un seul professeur, le professeur documentaliste, réduit la portée de cette avancée.

Certes, la présentation du REME indique bien les limites de ce répertoire.

« L’emploi-type n’est pas un descriptif de poste ou une photographie exacte de toutes les situations professionnelles existantes au ministère et les agents n’y retrouveront pas le reflet complet de leur activité quotidienne. 

En revanche, les responsables hiérarchiques s’y référeront pour définir les profils des agents recherchés pour leur équipe. Pour rédiger leurs fiches de postes, ils s’appuieront sur les descriptions d’activités et de compétences effectuées dans les fiches d’emplois-types et les compléteront et les adapteront en fonction des caractéristiques des organisations locales de travail, de l’environnement ou encore de spécificités ou contraintes particulières qui pourraient s’imposer. »

Il n’en demeure pas moins, quelles que soient les précautions apportées dans cette présentation du REME, qu’on peut lire les indications relatives au professeur documentaliste comme ambivalentes.

-   La reconnaissance du rôle spécifique, indispensable du professeur documentaliste dans le second degré  y est affirmée;

-   L’exclusive responsabilité qui lui est attribuée de la question de la culture d’information et de la politique documentaire, par un effet implicite de sous-traitance, pourrait exonérer de ces préoccupations l’ensemble de ceux qui oeuvrent à la formation des élèves dans les établissements publics locaux d’enseignement.

En quelque sorte, le REME illustre bien qu’en matière de culture de l’information et de politique documentaire, nous sommes… au milieu du gué.

 

 

[1] http://www.education.gouv.fr/cid56479/repertoire-des-metiers-de-l-education-nationale-de-l-enseignement-superieur-et-de-la-recherche.html. Voir aussi  nos deux précédents billets.

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