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Billet de blog 26 mars 2020

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Confinement des élèves et continuité éducative: quelles leçons en semaine 2?

Privilégier la continuité éducative en ne pensant pas exclusivement à une continuité pédagogique consistant en une succession de travaux scolaires à distance, telle est sans doute une des priorités en cette semaine 2 de fermeture des établissements scolaires et de confinement des élèves chez eux. Il y a là un véritable enjeu d’égalité entre tous les élèves.

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On s’attachera dans ce billet à formuler quelques observations issues de ce qu’on constate chez les élèves, et chez ceux qui les accompagnent habituellement dans le soutien scolaire associatif.

Les mesures de fermeture des établissements scolaires et de confinement de la population ont eu un double impact.

D’une part, la transformation de la relation pédagogique et éducative des élèves et de leurs enseignants, qui passe désormais exclusivement par les réseaux numériques ; d’autre part, une transformation équivalente des dispositifs associatifs d’aide aux devoirs.

La transformation numérique de la relation pédagogique se traduit par l’envoi régulier via le dispositif de communication privilégié dans l’établissement scolaire (Pronote, ENT, mais aussi réseaux sociaux), de fichiers d’activités qui supposent soit d’être renseignés en ligne, soit d’être imprimés, renseignés sur papier, puis, selon les cas, scannés et retournés numériquement ou conservés en attendant réception du corrigé numérique pour autocorrection à la maison.

Cette pratique repose sur un double implicite social : l’équipement informatique et numérique de la famille de chaque élève, et des conditions de travail scolaire favorable au sein du logement. Les associations en charge de soutien scolaire en connaissent le revers. Dans bien des familles, le seul accès au réseau est le smartphone, et le confinement se traduit parfois par une vie de famille, parents et enfants à cinq dans un studio. Comment, dans ces conditions, réussir la « continuité pédagogique » ?

L’aide au devoir se faisant désormais également à distance, le téléphone peut en être un moyen privilégié, mais il butte, lui aussi, sur les conditions de vie familiale, peu propices à des échanges prolongés dans le calme favorable à la concentration. Et, d’autre part, comment faire quand certains questionnaires comportant des images ou des tableaux ne sont accessibles que par un écran de smartphone, sans possibilité d’agrandissement sur un écran ou par impression ? Le travail scolaire demandé s’en trouve empêché. Le découragement menace, accentuant alors l’inégalité de réussite scolaire d’origine sociale.

On n’en comprend que mieux l’appel à la raison de la FCPE  Paris dans son communiqué du 24 mars[1] :

« D’un côté, des enfants qui disposent d’un espace pour travailler, qui ont accès à un ordinateur, qui peuvent se connecter via une connexion internet stable, qui peuvent se faire aider par leurs parents, de l’autre, des enfants qui n’ont pas d’outils numériques adaptés, pas de connexion suffisante pour travailler leurs cours à distance, pas de soutien scolaire à domicile. Les familles manquent de matériel, de moyens pour télécharger, imprimer, scanner et envoyer le travail en respectant les formats demandés. Tous n’ont pas les codes, ni la connaissance des techniques informatiques nécessaires, tous n’ont pas les mêmes conditions de travail (taille du logement, de la fratrie, possibilité de s’isoler dans un lieu calme…). »

Aussi l’association de parents d’élèves demande-t-elle que «  des instructions claires soient annoncées par le Ministre de l’Education Nationale concernant la continuité pédagogique :

  • Cette période de confinement doit être exclusivement consacrée aux révisions et à la consolidation des acquis ;
  • Aucun nouvel apprentissage ne doit être demandé aux élèves ;
  • Aucune évaluation ne doit être prise en compte durant cette période ;
  • Aucun élève ne doit être pénalisé pour travaux non rendus ou rendus en retard ;

La FCPE Paris appelle aussi à ce que les enseignants :

  • Puissent se coordonner pour échanger les bonnes pratiques imposées par cette situation inédite, et harmoniser leur communication auprès des élèves et de leurs familles ;
  • Disposent des moyens matériels et numériques pour accomplir leur mission de continuité pédagogique ».

Il y a là une question de fond. Comme l’a justement rappelé le ministre de l’éducation nationale, la priorité est qu’« aucun enfant ne (soit) laissé au bord du chemin ». Le risque est grand, si on n’y prend garde, de voir se creuser davantage encore les inégalités scolaires d’origine sociale. Dans chaque école ou établissement scolaire, nul doute que les personnels partagent cette préoccupation et mobilisent tout leur savoir-faire professionnel pour assurer prioritairement une communication bienveillante et attentive avec chaque élève, comme  avec chaque famille, de façon que la demande de travail scolaire garde tout son sens pour toutes et tous. Il y a là un enjeu républicain prioritaire : la continuité éducative est seule garante de la continuité pédagogique.

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[1] https://www.fcpe75.org/continuite-pedagogique-la-fcpe-paris-appelle-a-la-raison/

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