Tenue vestimentaire : le lycée en «jambes libres» ?

Des lycéen.ne.s manifestant devant leur établissement pour obtenir un débat au conseil de vie lycéenne sur la tenue vestimentaire exigée au lycée : c’est une réalité encore en 2018, quand on sait pourtant que les élu.e.s collégien.ne.s et lycéen.ne.s élus doivent être associé.e.s à l’élaboration du règlement intérieur.

A l’approche des beaux jours, il ne passe pas d’année sans qu'ici et là, en collège comme en lycée,  n’éclatent des conflits à propos de la tenue vestimentaire des élèves. En ce printemps, c’est le lycée Raynouard de Brignoles qui est médiatisé sur cette question[1].

Le règlement intérieur des établissements scolaires, qui s’applique à tous –personnels compris- prescrit en général "une tenue correcte". Mais, si l’accord est facile sur une formulation aussi vague,  l’unanimité sur son interprétation est exceptionnelle.

On pourrait penser d’abord que l’ensemble des personnels devraient dans ce domaine être exemplaires. Quand un proviseur accueille à la prérentrée les personnels en pantacourt et sandales, quand un professeur vient enseigner en débardeur et pantalon baggy découvrant largement ses hanches, quand un assistant d’éducation assure son service en bermuda et chaussé de tongs, on est parfois loin de cet objectif.  Ce que supportent mal les élèves, c’est déjà cette inégalité de traitement, qui fait que l’on contrôle leur tenue quand celle des professionnels qui les encadrent n’est elle-même pas toujours conforme à la règle qu’on veut leur appliquer.

On observera ensuite que, sur cette question, les établissements où éclatent des conflits se caractérisent par la place insuffisante accordée la démocratie collégienne ou lycéenne. Au lycée de Brignoles, ce sont bien les élus lycéens du CVL (conseil de vie lycéenne) qui sont à l’origine de la manifestation visant à obtenir que la question soit inscrite à l’ordre du jour d’une réunion de leur instance. Pourquoi a-t-il fallu qu’ils manifestent devant le lycée pour obtenir un engagement de la direction sur cette requête parfaitement légitime ? Tout simplement, parce que la direction de l’établissement n’a pas pris en compte auparavant leur parole d’élus lycéens. Pourtant, le ministère rappelle, en gras dans le texte, que « les lycéens élus peuvent faire des propositions sur tous les sujets de la vie quotidienne[2] ». Dans le même texte, il est dit du conseil de vie collégienne qu’il est « une instance d'échanges et de dialogue entre élèves et entre les élèves et les membres de la communauté éducative. Il est un lieu d'expression pour les élèves ».

Ces manifestations traduisent donc la difficulté persistante d’accorder aux élèves et à leurs représentant.e.s dans nos établissements scolaires, toute la place que le reconnaît le code de l’éducation. La loi du silence imposée aux élèves du lycée napoléonien pèse encore dans la culture éducative française.

Bien entendu, de tels événements font ressurgir du passé le port de la blouse, abandonné dans les collèges au début des années 70 du siècle dernier, ou, dans le débat politicien, la question du port de l’uniforme par les élèves. Il est tout de même frappant que l’on préfère toujours recourir à des formes imposées plutôt qu’à un débat éducatif sur ce que l’on peut considérer comme une tenue correcte dans un établissement scolaire du début du 21siècle. En associant élèves, parents, personnels, au débat, puis à la prise de décision, on aurait sans doute un meilleur résultat en terme de tenue vestimentaire correcte et de climat scolaire positif qu’en procédant à des contrôles aléatoires, qui favorisent le sentiment d’injustice et l’incompréhension devant l’interdiction de porter une tenue jugée trop courte pour telles élèves ou trop longue pour telles autres, ou à des mesures autoritaires qui n’aident en rien les élèves et leurs parents  à percevoir les enjeux de la tenue vestimentaire dans un lieu d’apprentissage.

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[1]http://www.liberation.fr/france/2018/04/20/liberez-nos-jambes-un-lycee-du-var-se-mobilise-pour-la-liberte-vestimentaire_1644759?xtor=EPR-450206&utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=quot

[2]http://www.education.gouv.fr/cid52685/les-representants-des-eleves-au-college-et-au-lycee.html

 

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