Professeurs-documentalistes et nouveau collège : un état des lieux et des ambitions ?

La journée de grève du 26 janvier contre la réforme du collège a été l’occasion d’évoquer les disciplines d’enseignement à qui la nouvelle organisation du collège impose des changements d’horaire, de contenu et d’organisation pédagogique. Une enquête réalisée auprès des professeurs-documentalistes par la FADBEN fournit des éléments pour un état de lieux les concernant, un an avant la réforme.

La journée de grève importante du mardi 26 janvier contre la réforme du collège, a été, une nouvelle fois, l’occasion d’évoquer les langues anciennes, les langues vivantes, et plus globalement, les disciplines d’enseignement à qui la nouvelle organisation du collège[4] impose des changements d’horaire, de contenu[5] et d’organisation pédagogique. En revanche, il a été fort peu question, hors de la profession même, des professeurs-documentalistes et de leur rôle auprès des élèves et de leurs collègues.

Le Café pédagogique vient de publier une circulaire académique[6] visant à rappeler leur place dans la mise en œuvre de la réforme du collège. Une enquête réalisée par la FADBEN[7] en 2015, publiée en novembre, est à ce titre intéressante, car elle fournit des éléments pour un état de lieux, un an avant la mise en place de la réforme.

On déjà souligné, dans ce blog, l’événement non négligeable que constitue la présence, dans les programmes du cycle 4, de l’éducation aux médias et à l’information. L’introduction du programme est claire : « (…) Tous les professeurs, dont les professeurs documentalistes, veillent collectivement à ce que les enseignements dispensés en cycle 4 assurent à chaque élève :

  • une première connaissance critique de l'environnement informationnel et documentaire du XXIe siècle ;
  • une maitrise progressive de sa démarche d'information, de documentation ;
  • un accès à un usage sûr, légal et éthique des possibilités de publication et de diffusion. »

Le programme distingue 4 grandes compétences, liées chacune à un ou plusieurs domaines du socle commun de connaissances, de compétences et de culture. Ces grandes compétences se développent à l’occasion de travaux dans les différentes disciplines, dans le cadre des enseignements pratiques interdisciplinaires, et se cultivent notamment avec l’appui du professeur-documentaliste dans les différentes recherches d’information et productions nécessitées par les  parcours proposés à chaque collégien : parcours avenir, parcours citoyen, parcours d’éducation artistique et culturelle, parcours éducatif en santé.

Mais elles se cultivent aussi au travers l’engagement des collégiens dans la vie de leur établissement. Outre la généralisation des conseils de la vie collégienne, l’existence d’un média collégien est vivement recommandée dans les mesures prises en janvier 2015, et la ministre a insisté à ce propos sur le rôle des professeurs documentalistes : « Le ministère veillera à ce qu‘un média – radio, journal, blog ou plateforme collaborative en ligne – soit développé dans chaque collège et dans chaque lycée. Les professeurs documentalistes seront tout particulièrement mobilisés à cette fin.[8]»

La nouvelle organisation du collège rend donc plus vitale que jamais la concertation en conseil pédagogique sur la politique documentaire de l’établissement. Cette politique documentaire ne saurait se borner à recenser les acquisitions à faire, les abonnements à souscrire, les équipements complémentaires à acquérir, les modalités, année après année, de l’éducation aux médias et à l’information. Elle s’inscrit aussi pleinement dans la politique éducative de l’établissement et  s’intéresse donc aux évolutions nécessaires pour que les élèves apprennent et travaillent mieux dans l’établissement, y développent leur capacités de citoyens en devenir dans la société de l’information,  et le sens de l’engagement collectif. Comment penser des espaces et des temps d’étude et de travail, de recherche et de projet propices à la réalisation de parcours, de projets, de travaux de recherche et de production d’information ? Cette question concerne la communauté éducative toute entière : les élèves, au travers notamment du conseil de vie collégienne, tous les enseignants et CPE, au travers notamment du conseil pédagogique, l’ensemble des parents, des élèves, des personnels et les partenaires, au travers du comité d’éducation à la santé et à la citoyenneté et, avec le conseil départemental, au travers du conseil d’administration qui vote le projet d’établissement.

Plus que jamais, les professeurs-documentalistes sont donc au cœur d’un collectif aux configurations multiples, animé d’une volonté commune : renforcer la contribution de tous les espaces et les temps scolaires à la formation et la réussite de chacun des élèves, en leur permettant d'acquérir une culture de l'information à l'ère numérique.

Par rapport à ces objectifs, l’enquête de la FADBEN permet d’apporter une vision indicative[9] de l’état des lieux du point de vue des professeurs-documentalistes.

  • Sur la place des ressources numériques : La répartition des fonds documentaires fait apparaître que les ressources numérique payantes représentent 0,37% des ressources disponibles en collège, contre 0,96% en lycée général et technologique (LGT) et 0,79% en lycée professionnel (LP). Cette part extrêmement réduite, confirmée par celle des abonnements numériques (0,6% en collège, 1,3% en LP et 1,8 en LGT),  devrait lever les inquiétudes de ceux qui se lamentent sur la disparition de l’imprimé au profit du numérique dans les centres de documentation et d’information, et provoquer un questionnement sur ces pourcentages tout à la fois insignifiants et significatifs.
  •  Sur la politique documentaire : « il apparaît que certaines académies sont plus propices à la politique documentaire que d'autres (…) », de 61à  27 %. Il y a par ailleurs davantage de formalisation d'une politique documentaire quand on participe au conseil pédagogique (42,8 % contre 30,5 % font une politique documentaire), et de manière générale quand on participe aux instances pédagogiques ou administratives de l'établissement (5 à 10 points d'écart à chaque fois), sans pour autant jamais dépasser la moitié d'un panel. (…) Pour ceux qui ont mis en place une progression pédagogique[10], on atteint 57,7 % de politique documentaire ».
  • Sur les médias scolaires : « Pour la production avec les élèves, notons d'abord qu'il n'y a aucun média utilisé parmi les six proposés chez la moitié des collègues (693 réponses). Pour le reste, c'est surtout le journal imprimé[11] et le blog ou le site web qui ont la cote, avec un journal en ligne qui s'est finalement peu développé, de la web-radio plutôt utilisée en comparaison de son histoire encore a contrario récente et des exigences en matériel et compétences».
  • Sur les parcours : « Le PDMF ou PIIODMEP (parcours Avenir, désormais) est investi par 47,5 % des collègues exerçant en collège (52,1 % en2014, 49,3 % en 2013)» ; «le PEAC, parcours d'éducation artistique et culturelle, qui suppose des engagements pluriels, concerne 20,6 % des répondants en lycée professionnel, 14,8 % en lycée GT, 13,2 % en collège et 6,5 % en cité scolaire ».
  • Sur l’accompagnement personnalisé que la réforme du collège prévoit d’étendre, « l'accompagnement personnalisé concerne 33,3 % des collègues de collège (28,6 % en 2014, 25 % en 2013) »
  • Sur la l’évolution des CDI vers des centres de connaissances et de culture (3C) fédérant espaces d’étude et espaces documentaires : globalement plus de 16% des répondants y sont favorables, 40% ne se prononcent pas, 46% se disent contre, mais « les collègues qui ont mis en place une «  politique documentaire  » dans leur établissement sont globalement plus favorables aux 3C que les autres, à 22,5 contre 12,4 % ». Pour les premiers,  dont certains expérimentent cette évolution, « ce qui ressort largement, toutefois, c'est une meilleure collaboration avec la vie scolaire dans le cadre des 3C (21). (…) On trouve ensuite l'idée d'un lieu plus ouvert (9), avec l'ajout de l'amplitude horaire (4), avec la possibilité plus évidente de déléguer la surveillance des élèves aux AED (9), et donc de se recentrer sur la pédagogie (6), avec à la clé une meilleure reconnaissance (5). A contrario, dans le cadre d'un travail du professeur documentaliste, c'est le moyen de créer une nouvelle dynamique, d'obtenir de la visibilité, des moyens (4), dans le cadre d'une évolution de notre société, autour du numérique et de l'accès à l'information (10), avec un accompagnement des élèves vers l'autonomie (9), un accueil plus important des professeurs (7), un service à la carte qui s'adapte au public (6), que ce soit pour une meilleure ouverture culturelle (8). » Pour ceux qui l’ont expérimentée, l’évolution vers des 3C est perçue positivement[12].

Tous ces éléments, qui dessinent un tableau nuancé de l’état des lieux, confortent le propos de la circulaire académique du 4 janvier : « les professeurs documentalistes ont une place, voire une responsabilité toute particulière, dans la mise en œuvre d’ensemble de la réforme ».

 


[1] Définie par le décret n°2015-544 du 19 mai 2015 relatif à l'organisation des enseignements au collège et l'arrêté du 19 mai 2015 relatif à l'organisation des enseignements dans les classes de collège, la nouvelle organisation du collège entre en vigueur, pour tous les niveaux d'enseignement, à compter de la rentrée scolaire 2016. La circulaire n° 2015-106 du 30-6-2015 en détaille le contenu :

http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=90913

[2] Les nouveaux programmes des cycles 3 et 4 ont été publiés au Bulletin officiel spécial n°11 du 26 novembre 2015 : http://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?pid_bo=33400

[3] Le professeur documentaliste, le CDI et l’ouverture culturelle, enquête réalisée par la FADBEN ( fédération des enseignants documentalistes de l’éducation nationale)en 2015

http://apden.org/IMG/pdf/enquete_gestion_quadra.pdf

[4] Définie par le décret n°2015-544 du 19 mai 2015 relatif à l'organisation des enseignements au collège et l'arrêté du 19 mai 2015 relatif à l'organisation des enseignements dans les classes de collège, la nouvelle organisation du collège entre en vigueur, pour tous les niveaux d'enseignement, à compter de la rentrée scolaire 2016. La circulaire n° 2015-106 du 30-6-2015 en détaille le contenu :

http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=90913

[5] Les nouveaux programmes des cycles 3 et 4 ont été publiés au Bulletin officiel spécial n°11 du 26 novembre 2015 : http://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?pid_bo=33400

[6] http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2016/01/26012016Article635893819566678253.aspx

[7] Le professeur documentaliste, le CDI et l’ouverture culturelle, enquête réalisée par la FADBEN ( fédération des enseignants documentalistes de l’éducation nationale) en 2015

http://apden.org/IMG/pdf/enquete_gestion_quadra.pdf

[8] http://www.education.gouv.fr/cid85644/onze-mesures-pour-un-grande-mobilisation-de-l-ecole-pour-les-valeurs-de-la-republique.html#Mesure_3%20:%20Cr%C3%A9er%20un%20nouveau%20parcours%20%C3%A9ducatif%20de%20l%27%C3%A9cole%20%C3%A9l%C3%A9mentaire%20%C3%A0%20la%20terminale%20:%20le%20parcours%20citoyen

[9] « Le panel final retenu se compose ainsi de 749 réponses, dont 691 sont complètes, 58 réponses partielles étant maintenues. Il représente environ 6 % de la profession (contre 12 % et 8,5 % en2014 et 2013), sur une base de 13 000 professeurs documentalistes au niveau national » indiquent les auteurs de l’enquête.

[10] Ils sont 35% en collège

[11] Plus de 20% des réponses, contre moins de 20 au site web ou blog, 10 pour le journal en ligne, et près de 10 pour la web-radio.

[12] « Une collègue de collège, dans l'académie de Grenoble, explique que, dans son établissement, « nous fonctionnons déjà dans l'esprit d'un 3C. Lors de l'extension / restructuration du collège, j'ai eu carte blanche pour réaménager le CDI : espaces et mobiliers modulables, pour favoriser une occupation "à géométrie variable", compatible aussi bien avec du travail de groupe que des activités individuelles, des séances encadrées et de l'accueil impromptu. Même si j'ai toute latitude pour accueillir les élèves au CDI et en gérer l'emploi du temps, je collabore avec les collègues CPE et les AED pour l'accueil pendant les séances pédagogiques et la gestion des flux d'élèves (jours de grève, etc.). Même pendant les séances pédagogiques, il m'arrive d'accueillir d'autres élèves occupés en autonomie. J'ai demandé au CG des liseuses pour le CDI, je travaille étroitement avec l'assistant numérique territorial (accueilli au CDI sur ses permanences), et je réfléchis à un projet d'introduction de tablettes au CDI, en lien avec d'autres collègues. Et même si nous n'avons pas encore de progression info-doc formalisée de la 6e à la 3e, nous en menons une de fait, grâce à une collaboration sur tous les niveaux avec des collègues de toutes les disciplines, et avec les CPE. »

 

 

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