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Billet de blog 28 févr. 2017

Consultation citoyenne de Benoît Hamon: quelles attentes éducatives?

La consultation citoyenne lancée par Benoît Hamon permet de mesurer les évolutions en cours, notamment à propos de l’école, dans une des composantes de la gauche française.

Jean-Pierre Veran
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La consultation citoyenne organisée par Benoît Hamon[1] a recueilli au 28 février 11 heures 1167 propositions sur l’éducation, censées répondre à la question : comment refaire de l’école l’ascenseur social par excellence ?[2]

Il est intéressant d’examiner les dix propositions qui ont recueilli de la part des 2537 participants à la consultation le plus de votes (entre 750 et 108).

On constate d’abord que celles qui ont recueilli le plus de votes émanent de Benoît Hamon, car elles figurent à son programme pour l’éducation : 759 votes pour un service public d’aide aux devoirs à l’école primaire, 450 pour garantir et encourager la scolarisation dès deux ans en réseau d’éducation prioritaire. A notre aussi que leur approbation est nettement majoritaire (77,1% pour la première, 69,8% pour la deuxième) sans que les avis opposés (respectivement 8,7% et 12,9%) ou mitigés (14,2% et 17,3%) ne soient négligeables.

Si l’on cherche une proposition sans opposition aucune, on trouve celle portant sur la réduction des effectifs, qui recueille 94,1% de pour et 5,9% d’avis mitigés. Cette revendication est sans doute celle qui rassemble le plus aisément…

Si l’on cherche à l’inverse les propositions  les moins majoritairement approuvées, deux se distinguent.

La première, qui ne recueille que 50,3% d’opinions favorables, avec 33,5% de contre et 16,1% de mitigés, concerne la suppression des devoirs à la maison à l’école primaire. Il y a là un partage intéressant, qui traduit sans doute une prise de conscience progressive du fait que les devoirs à la maison ne sont pas un facteur d’inégalité en fonction du milieu familial si un service public d’aide aux devoirs est instauré à l’école primaire. C’est l’absence de devoirs à la maison qui risquerait au contraire de profiter à ceux dont le milieu familial est susceptible de compenser ce manque et non aux autres.

La seconde est celle qui consiste à supprimer les écoles privées pour en finir avec l’école à deux vitesses : elle n’obtient que 58,6% de pour, contre 26,7% d’avis opposés et 14,7% d’avis mitigés. C’est dire si l’enseignement privé n’est plus unanimement perçu comme injuste et incompatible avec l’ambition éducative d’une école de la réussite pour tous. Il est vrai que, dès 1791, Condorcet préconisait qu’à côté de l'enseignement d'Etat existât un enseignement privé qui inciterait le premier à rechercher l’excellence, ce dont un monopole l’exempterait[3]. On peut aussi rapprocher ce résultat de la composition sociologique de l’électorat de Benoît Hamon si l’on en croit une étude diffusée par le site Atantico le 24 février : « à ce stade de la campagne électorale,(…) il recueille 14% d’intentions de vote dans les milieux populaires et jusqu’à 18% chez les classes moyennes et supérieures. Plus précisément, c’est auprès des professions intermédiaires (à forte proportion d’emplois publics issus des secteurs de l’éducation et de la santé) qu’il obtient son meilleur score aujourd’hui (21%)[4]». C’est en effet aussi dans les classes moyennes et supérieures que l’enseignement privé est aussi favorablement perçu comme un recours permettant de contourner la sectorisation des établissements publics.

Parmi les propositions ayant recueilli plus de 200 votes,  on relève deux propositions complémentaires touchant à la pédagogie et à la conception même que l’on se fait de l’enseignement, qui recueillent un nombre de votes et des pourcentages équivalents d’accord. Il s’agit d’une part d’ « enseigner des activités manuelles utiles à tous dans la vie de tous les jours », d’autre part de « promouvoir et développer les pédagogies Montessori, Freinet, Steiner ». On peut ajouter à ces propositions la dixième au classement, qui préconise « un concours de recrutement des professeurs fondé sur la capacité à enseigner et non sur le niveau disciplinaire ». Ces trois propositions, par des voies différentes, visent à mettre au cœur du métier d’enseignant non pas les seules connaissances scientifiques qui légitiment sa compétence dans une domaine de savoir donné, mais les connaissances des processus d’apprentissage, de la psychologie de l’enfant et de l’adolescent, seules susceptibles de le légitimer non en tant que savant mais en tant qu’enseignant, effectuant un métier supposant une haute professionnalité complémentaire des compétences scientifiques acquises dans un domaine du savoir. Elles visent aussi, notamment au travers de la première d’entre elles, à diversifier les contenus d’apprentissage à l’école : il ne suffit pas que les élèves y acquièrent des connaissances, mais qu’ils y acquièrent aussi des compétences pour la vie, compétences en termes de méthodes, mais aussi d’habiletés pratiques. On a pu mesurer, dans le dernier numéro de la Revue internationale d’éducation de Sèvres[5], que cette question traverse tous les systèmes éducatifs qui s’interrogent sur ce qu’il convient d’enseigner à tous.

On dispose ainsi, à travers le site du conseil citoyen de Benoît Hamon, d’une photographie des attentes éducatives partagées par celles et ceux qui se reconnaissent dans cette candidature à la présidence de la République. Et cette photographie permet de mesurer les évolutions en cours à propos de l’ école dans une des composantes de la gauche française.


[1] https://conseilcitoyenhamon2017.fr

[2] https://conseilcitoyenhamon2017.fr/project/education/consultation/consultation-2/types/comment-favoriser-la-reussite-de-chacun/votes

[3] Condorcet, Cinq mémoires sur l’instruction publique, 1791, « Enfin, cet établissement d'un enseignement plus libre, placé auprès de celui qui dirige la puissance publique, et les différentes fonctions attribuées à des compagnies savantes sur lesquelles elle n'exerce au- cune autorité, sont autant de moyens de diminuer l'influence que ceux qui gouvernent auraient sur l'instruction, et d'y substituer celle de l'opinion indépendante des hommes éclairés ».

http://classiques.uqac.ca/classiques/condorcet/cinq_memoires_instruction/Cinq_memoires_instr_pub.pdf

[4] http://www.atlantico.fr/decryptage/chaque-categorie-sociale-candidat-nouvelle-lutte-classes-se-cache-dans-intentions-vote-yves-marie-cann-virginie-martin-2973060.html#x8CdYthKPY1GGeup.99

Etude établie par Yves-Marie Cann, politologue, Directeur des études politiques chez Elabe, cabinet d'études et de conseil, et commentée par Virginie Martin, docteur en sciences politiques, professeure-chercheure à Kedge Business School

[5] https://ries.revues.org/5556

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