Les déclarations à l’occasion d’une rentrée solaire opposent sans surprise ceux qui expriment opposition ou déception aux propos ministériels en général beaucoup plus optimistes.
La rentrée 2013 n’échappe à cette règle.
Dans Le Figaro, en date du 20 août, par exemple, l’éditorial d’Yves Thénard crie au « décervelage » à propos de « l’offensive des partisans de la théorie du genre » dénoncée en titre de une à l’occasion de la rentrée scolaire.
Le secrétaire général du syndicat majoritaire des personnels de direction dénonce l’aspect démobilisateur de la lenteur du processus de refondation[1] . Il critique notamment l’absence de décision sur la carte scolaire, qui ne fait que renforcer des inégalités scolaires criantes. Le recrutement exceptionnel de nouveaux professeurs, mesure a priori bénéfique aux établissements, se traduirait selon lui par une inconnue pour les emplois du temps : à quelques jours de la rentrée, on ne saurait pas si les recrutés de la session exceptionnelle devront effectuer des heures d’enseignement.
Sur la page d’accueil du site du ministère[2], on met en avant quelques points forts de cette rentrée, directement liés à la mise en œuvre de la loi de refondation :
- accompagnement des élèves en situation de handicap : la reconnaissance d'un vrai métier
- lancement des Écoles supérieures du professorat et de l'éducation.
Alors, une rentrée comme les autres, en apparence ?
Ce serait perdre de vue les conséquences des mesures réparatrices prises depuis l’alternance de 2012. Elles ont produit un incontestable effet d’apaisement des tensions qui avaient marqué les rentrées précédentes. La fin du non renouvellement d’un départ à la retraite sur deux, les créations massives de postes programmées sur la durée du quinquennat, commencent en cette rentrée à faire sentir leur effet bénéfique pour l’encadrement des élèves dans les écoles et les établissements scolaires.
Ce serait aussi négliger la nouvelle donne en matière de formation initiale des personnels d’enseignement et d’éducation. Cette formation professionnelle, mise à mal à compter de 2010, va contribuer à donner à ceux qui entrent dans le métier et aux élèves qu’ils ont en charge de meilleures conditions de travail.
Ce serait faire peu de cas aussi de la transformation des contrats à durée déterminée des auxiliaires de vie scolaire chargés d’accompagner les élèves handicapés en contrats à durée déterminée à l’issue de leurs six années sous le statut d’assistants d’éducation. Comme le souligne le site du premier ministre, « cette mesure constitue une avancée considérable pour ces personnels en leur permettant d’accéder à un statut de salarié pérenne, dans l’intérêt même des enfants qu’ils accompagnent. Ces personnels, qui se seront formés au cours de leurs années d’exercice, pourront désormais poursuivre leur activité au-delà des six ans qui étaient jusque-là la durée limite des contrats. Il est ainsi mis fin à une situation absurde et inacceptable.[3] »
On pourrait donc se dire que, si cette rentrée paraît ennuyeuse à certains commentateurs friands de tensions, c’est parce que les efforts entrepris en ont fait, pour la première fois depuis quelques années une rentrée normale.
Pourquoi, alors, ce sentiment que la refondation de l’école de la République, malgré le vote le 8 juillet 2013 de la loi qui porte fièrement ce titre, n’a pas vraiment commencé ?
Assurer une rentrée normale ne suffit pas à amorcer ce qu’on attend d’une refondation de l’école. Lors de la concertation qui a précédé l’élaboration de la loi, les ambitions de la refondation avaient été clairement énoncées. On ne retiendra ici que quelques-uns des objectifs visés.
Pour mettre « les élèves au cœur de la refondation », les premières propositions étaient de « rénover l’espace éducatif » et de proposer « des rythmes éducatifs adaptés et respectueux de besoins des enfants ». Dans les collèges, les lycées et lycées professionnels, les élèves et les personnels qui les forment vont retrouver les mêmes espaces, les mêmes emplois du temps. Ces mêmes espaces et emplois du temps sont sans doute un des facteurs qui explique le diagnostic porté lors de la concertation sur « une école qui peine à entrer dans le XXIe siècle ». Quelle place est-il possible d’accorder à une nouvelle culture, quelle prise en compte des mutations sociales profondes est-il possible d’envisager quand l’organisation des espaces et du temps scolaires demeure inchangée ? Il s'agissait de "refonder par la pédagogie". Quelle refondation pédagogique en cette rentrée ?
Pour rendre l'école « efficace et juste », il fallait sortir notre système éducatif « des inégalités qui se creusent dans l’École et mettent en danger le projet républicain » et d’« une concurrence scolaire exacerbée ». En cette rentrée 2013, il semble malheureusement que demeurent les disparités de parcours scolaires en fonction des milieux sociaux, des territoires et des établissements. Le système scolaire à plusieurs vitesses a encore de beaux jours devant lui.
En cette rentrée 2013, comment ne pas avoir présentes à l'esprit les ambitions de la refondation ?
Bonne rentrée à tous !
[1]
[1] http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2013/08/27082013Article635131855875193205.aspx
[2]
[2] http://www.education.gouv.fr/
[3] http://www.gouvernement.fr/presse/accompagnement-des-eleves-en-situation-de-handicap-la-reconnaissance-d-un-vrai-metier