Le député, les gendarmes et la sainte : l’union de l’Eglise et de l’Etat ?

Un député, pour qui « le modèle français exige des individus de confiner à la sphère privée ce qui relève de leurs croyances religieuses», participe comme élu de la République à une cérémonie religieuse au cours de laquelle il déclare « respecter nos valeurs et nos traditions ». La laïcité serait-elle pour lui le nom de l’intolérance religieuse ?

On connaît l’attachement viscéral de M. Ciotti au mot de laïcité dans une acception apparemment très stricte : selon lui, « le modèle français exige des individus de confiner à la sphère privée ce qui relève de leurs croyances religieuses[1] ».

Monsieur le député Ciotti n’étant pas un individu comme un autre, l’édition de Nice matin, en date du 28 décembre, nous confirme qu’il s’exonère du prétendu « modèle français ». Devant les gendarmes des Alpes-Maritimes honorant sainte Geneviève à Lantosque, le député se dit « heureux d’être parmi les gendarmes des Alpes-Maritimes pour célébrer la sainte Geneviève à Lantosque », et déclare notamment : « nous sommes les héritiers d’une civilisation judéo-chrétienne : soyons en fiers et préservons cette identité, cette culture. Célébrer sainte Geneviève, c’est respecter nos valeurs et nos traditions ».

Le député de la République, ancien président du conseil départemental et actuel président de la commission des finances départementales et président du groupe majoritaire au conseil départemental, semble donc considérer que mieux vaut l’union de l’Eglise et de l’Etat que la séparation des Eglises et de l’Etat proclamée par la loi du 9/12/1905[2].

 Ce type de cérémonie n’est pas une spécificité azuréenne : de Tarare à Cahors, de Mâcon à Cambrai, en passant par Bagnols sur Cèze, la presse quotidienne régionale s’en fait chaque année l’écho. Ce qui frappe ici, c’est non seulement la présence d’un membre de l’Assemblée nationale à cette cérémonie, mais le discours qu’il y a tenu : le respect des valeurs et des traditions serait-il supérieur au respect de la loi ? L’identité judéo-chrétienne transcenderait-elle l’identité républicaine ?

C’est le même élu qui, dans une proposition de loi constitutionnelle déposée le 6 mai 2016[3], a proposé d’ajouter la laïcité à la devise républicaine -en affirmant qu’en France aucune loi religieuse ne doit s’imposer aux lois de la République-, et de faire référence dans la constitution aux racines et à l’histoire chrétienne de la France.

Selon M. Ciotti, la laïcité serait utile, par exemple, pour interdire les prières de rue (musulmanes)- mais pas les processions (catholiques) ; et les racines chrétiennes de la France justifieraient sa participation active comme élu de la République à une cérémonie religieuse et à la promotion d’une religion particulière, contrairement à l’article 2 de la loi de 1905.

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[1] Dans l’exposé des motifs de sa proposition de loi constitutionnelle enregistrée le 6 mai 2016

http://www.assemblee-nationale.fr/14/propositions/pion3725.asp

[2] https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006070169&dateTexte=20080306

[3] Voir aussi le billet de B. Girard à ce sujet :

https://blogs.mediapart.fr/b-girard/blog/190516/racines-chretiennes-de-la-france-et-laicite-ciotti-la-derive

 

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