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formateur, expert associé France Education International (CIEP), membre professionnel laboratoire BONHEURS, CY Cergy Paris Université

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Billet de blog 30 septembre 2023

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Le contrôle par les « données fiables » : le management selon M. Attal.

Dans une lettre aux personnels de direction des collèges et lycées, le ministre donne à lire sa conception du management : le contrôle plutôt que la confiance, la bureaucratie plutôt que la démocratie.

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Le 20 septembre 2023, M. Attal a écrit aux personnels de direction des collèges et lycées.

S’il n’oublie pas de rendre un hommage appuyé aux « cadres respectés » qui, par leur « éthique exemplaire » savent « traduire en actes les intentions des gouvernements successifs », et salue leur « rôle clé », ce courrier met l’accent sur une nouveauté de cette rentrée : « Pour la rentrée, Pronote a livré une version comprenant la remontée hebdomadaire des données. Ce qui nous intéresse, c’est de pouvoir piloter ensemble la réussite du chantier de remplacement. C’est aussi de pouvoir disposer de données statistiques fiables, objectives, qui permettent de mesurer nos progrès au service des élèves. Sans cette mesure, nous ne serions pas en capacité de dire si le remplacement fonctionne ou s’il ne fonctionne pas ».

Ainsi donc, pour pouvoir « disposer de données statistiques fiables, objectives » et être « en capacité de dire si le remplacement fonctionne ou s’il ne fonctionne pas », le ministre compte davantage sur le logiciel Pronote que sur les « cadres respectés » dont il vient de saluer « l’éthique exemplaire ». Eux pourraient renseigner quantitativement et qualitativement le ministère sur les replacements de courte durée, mais apparemment, ce qui compte c’est de faire du chiffre, rien que du chiffre pour la communication ministérielle.

Ce courrier est éclairant car il révèle le double langage du ministère.

Le remplacement de courte durée est prioritaire, mais il repose sur l’engagement des professeurs dans le « pacte » qui leur est proposé. Il en va de même avec l’opération « Devoirs faits », obligatoire pour les élèves de 6e, alors que la participation des professeurs à leur encadrement relève de leur choix de s’engager dans le « pacte » enseignant.

On voit ce qui se dessine. Si des heures de cours ne sont pas remplacées, si « Devoirs faits » n’est pas assuré, si des élèves sortant de collège à la fin de la classe de 3e sont toujours sans affectation en septembre, ce sont les « cadres respectés » des directions d’établissements qui affronteront la colère des parents mécontents comme l’incitation de l’autorité académique à faire plus et mieux. Comme l’écrit le ministre, en effet, « Ce sont davantage les progrès réalisés que nous regarderons et ils ne seront jamais motifs à sanction ». Monsieur le ministre est trop bon !

Sa lettre aux chefs d’établissement témoigne ainsi des caractéristiques du management actuel de l’éducation : au nom de l’efficacité, les « données probantes » sont le nerf de la guerre. Qu’importe finalement la qualité des heures de remplacement assurées et leur apport à la formation effective des élèves ? Les finalités émancipatrices de l’éducation ne sont pas statistiquement mesurables dans le temps court d’une année scolaire. Au nom encore et toujours de l’efficacité et de l’objectivité des données, mieux vaut faire confiance à des remontées de chiffres via une application qu’à la parole de cadres susceptibles de fournir une analyse fine de la réalité. Et, comme la culture du contrôle par les chiffres est la mieux partagée au sein de l'administration éducative, les chefs d'établissement n'ont pas manqué de recevoir de leur autorité académique la demande d'envoyer pour le 29 septembre leur plan pour les remplacements de courte durée.

Finalement, le ministère fait ce qu’il sait faire le mieux depuis longtemps : renforcer le contrôle bureaucratique de l’organisation éducative plutôt que d’approfondir sa respiration démocratique. On ne dit plus « école de la confiance » ?

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