Après la publication de la circulaire du 10 août 2015 définissant les missions des conseillers principaux d’éducation[1] et abrogeant la circulaire du 28 octobre 1982, on était en droit d’attendre qu’une nouvelle circulaire définisse les missions des professeurs documentalistes, missions toujours définies jusqu’ici par la circulaire 86-123 du 13 mars 1986 qui cadrait les missions des « personnels  exerçant dans les CDI », les professeurs documentalistes n’ayant été recrutés par un CAPES section documentation qu’à partir de 1989. C’est chose faite avec la circulaire n° 2017-051 du 28-3-2017[2].

Il faut saluer l’aboutissement d’un travail de mise à jour tenté  à de multiples reprises et qui n’avait jusqu’ici pas pu aboutir. Au cours de ce quinquennat, les conseillers principaux d’éducation et les professeurs documentalistes auront vu la définition de leur mission entrer dans le siècle où ils les exercent. Et les établissements scolaires disposent désormais de repères utiles pour élaborer leur politique éducative et  leur politique documentaire.

Pour percevoir les enjeux de la publication de cette nouvelle circulaire, il est  utile de procéder à une lecture comparée des deux textes : la circulaire  n° 86-123 du 13 mars 1986[3]et celle du 28 mars 2017.

Notons d’abord que, la circulaire de 1986 définissant « les missions des  personnels exerçant dans les CDI», il ne semble pas superflu d’abroger un texte de trente ans d’âge, qui ignore à la fois les évolutions de recrutement, de formation et de statut des personnels concernés ainsi que les évolutions survenues depuis en matière de ressources documentaires, d’accès à l’information et de diffusion de celle-ci, comme en matière éducative.

En 1986, la circulaire souligne certes « l'appartenance du documentaliste-bibliothécaire à la catégorie des personnels enseignants » mais ajoute aussitôt que cela « exige que sa mission, de nature essentiellement pédagogique, soit conduite en étroite liaison avec les professeurs de l'établissement ». Pour ce qui concerne ce qu’on appelle alors « une initiation et une formation des élèves à la recherche documentaire », la circulaire précise : « A l'intention des nouveaux élèves et en liaison avec les professeurs, les personnels d'éducation, les chefs de travaux, les assistants, il organise un cycle d'initiation à l'utilisation des ressources du centre (…) Ces activités sont organisées en fonction des possibilités matérielles du C.D.I. et selon des modalités établies en collaboration avec les professeurs : plage horaire, classe entière ou demi-groupe, durée du cycle...».

La circulaire de mars 2017 va bien au delà de ce texte. D’abord, il n’est plus question d’un « cycle d’initiation à l’intention des nouveaux élèves » mais d’un « enseignement (qui) s’inscrit dans une progression des apprentissages de la classe de sixième à la classe de terminale, dans la voie générale, technologique et professionnelle ».

Ensuite, alors que la circulaire de 1986 fait de l’étroite liaison avec les professeurs, les personnels d’ éducation, les chefs de travaux, les assistants, de la collaboration avec les professeurs un fondement de la mission pédagogique des documentalistes-bibliothécaires, celle de 2017 pose que « « le professeur documentaliste peut intervenir seul auprès des élèves dans des formations, des activités pédagogiques et d’enseignement, mais également de médiation documentaire, ainsi que dans le cadre de co-enseignements, notamment pour que les apprentissages prennent en compte l'éducation aux médias et à l'information. ». Sur le champ pédagogique, en 2017, on est donc bien au delà du champ défini par la circulaire de 1986 qui faisait des personnels exerçant dans les CDI plutôt des vicaires pédagogiques que des pédagogues de plein exercice.

Les missions données au professeur documentaliste, « enseignant et maître d’œuvre de l’acquisition par tous les élèves d’une culture de l’information et des médias, maître d’œuvre de l’organisation des ressources pédagogiques et documentaires de l’établissement et de leur mise à disposition, et acteur de l’ouverture de l’établissement sur son environnement éducatif, culturel et professionnel » font de lui un acteur clé de l’établissement scolaire. Le maître d’œuvre, si l’on en croit le dictionnaire Robert, est au sens propre la « personne  physique ou morale responsable de l’exécution des travaux » et, au sens figuré « la personne qui dirige un travail intellectuel ». En exemple, le dictionnaire cite « le maître d’œuvre d’une encyclopédie ». Caractériser le professeur documentaliste comme maître d’œuvre de l’éducation aux médias  et à l’information de tous les élèves, et maître d’oeuvre de la politique de ressources de l’établissement, présente une avancée remarquable par rapport au cadre de 1986.

Comme «  maître d’œuvre » de la politique de ressources de l’établissement, la circulaire de 2017 souligne le rôle clé du professeur documentaliste qui veille notamment à « la diversité des ressources et des outils mis à disposition des élèves et des enseignants » et « organise de manière complémentaire les ressources pédagogiques issues de fonds physiques et numériques en s'appuyant sur la situation particulière de chaque établissement (collège, lycée général et technologique, lycée professionnel) ». La circulaire rappelle l’ambition de la politique documentaire de l’établissement :

« La politique documentaire comprend la définition des modalités de la formation des élèves, le recensement et l'analyse de leurs besoins et de ceux des enseignants en matière d'information et de documentation, la définition et la gestion des ressources physiques et numériques pour l'établissement ainsi que le choix des leurs modalités d'accès au CDI, dans l'établissement, à la maison et en mobilité. La politique documentaire s'inscrit dans le volet pédagogique du projet de l'établissement et ne se limite ni à une politique d'acquisition de ressources, ni à l'organisation d'un espace multimédia au sein du CDI ».

En cohérence avec la circulaire de mission des CPE, cette circulaire rappelle que «  le professeur documentaliste pense l'articulation du CDI (et son utilisation) avec les différents lieux de vie et de travail des (salles de cours, salles d'étude, internat) en lien avec les autres professeurs et les personnels de vie scolaire ».

Le professeur documentaliste participe également à « la définition du volet numérique du projet d’établissement » : il « joue un rôle de conseil pour le choix et l'organisation de l'ensemble des ressources accessibles en ligne pour les élèves et les enseignants de l'établissement».

Comme « acteur de l’ouverture de l’établissement sur son environnement éducatif, culturel et professionnel  », le professeur documentaliste « entretient des relations avec les librairies, les diverses bibliothèques et médiathèques situées à proximité, le réseau CANOPE, les établissements d’enseignement supérieur, les associations culturelles, les services publics, les collectivités territoriales, les médias locaux, le monde professionnel afin que l’établissement puisse bénéficier d’appuis, d’informations et de ressources documentaires».

Le rôle éducatif des professeurs documentaliste est explicite : « Le professeur documentaliste contribue à l'éducation culturelle, sociale et citoyenne de l'élève. Il met en oeuvre et participe à des projets qui stimulent l'intérêt pour la lecture, la découverte des cultures artistiques, scientifiques et techniques en tenant compte des besoins des élèves, des ressources locales et du projet d'établissement. Il peut participer à l'organisation, à la préparation et à l'exploitation pédagogique en relation avec les autres professeurs et les conseillers principaux d'éducation, de visites, de sorties culturelles et faciliter la venue de conférenciers ou d'intervenants extérieurs. Il participe notamment au parcours citoyen et au parcours d'éducation artistique et culturelle au sein de l'établissement ».

Le professeur-documentaliste peut être en outre « référent numérique »  et « référent culture » de l’établissement. Si on rapproche ces éléments de ce que la circulaire de 1986 dit de la contribution des personnels exerçant dans les CDI à « l’activité pédagogique de l’établissement » , le contraste est net : « L'action du documentaliste-bibliothécaire peut ainsi revêtir des formes variées : mise à disposition d'éléments de documentation et d'instruments nécessaires à la réalisation d'un travail individuel ou collectif, participation à la conduite d'un P.A.E., organisation de visites, de rencontres, élaboration de dossiers, préparation d'expositions. Dans tous les cas, il est amené à travailler en étroite collaboration avec les professeurs concernés ».

Cette lecture comparée permet de percevoir qu’en effet, entre 1986 et 2017, on est passé de bibliothécaires-documentalistes à des professeurs-documentalistes, dont les responsabilités et missions sont plus larges, et plus fortement pédagogiques. La circulaire du 27 mars 2017 constitue certes d’abord une mise à jour et une clarification, mais elle conforte surtout  du rôle majeur qui est depuis longtemps déjà celui des professeurs-documentalistes dans les établissements scolaires.


[1] http://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=91890

[2] http://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=114733

[3] https://www.reseau-canope.fr/savoirscdi/

BO n°12, 27 mars 1986

 

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