Le collège selon Blanquer : l’autonomie pour fil conducteur ?

Les propositions de Jean-Michel Blanquer pour le collège sont conformes à l’esprit présidentiel : donner un signe de justice à l’égard des milieux populaires, et, en même temps, donner des gages aux catégories socio-professionnelles favorisées, dans un cadre réglementaire allégé.

Invité de la matinale de RTL, le nouveau ministre de l’éducation nationale a exposé ses choix prioritaires[1].

Il a mis l’accent sur une politique nationale de soutien scolaire, proposée partout aux familles, pour permettre à ceux qui le souhaitent de pouvoir faire leurs devoirs au collège et, ultérieurement, à l’école également. Ces travaux pourront être encadrés par des professeurs, des assistants d’éducation, des associations labélisée d’aide aux devoirs. Chaque établissement définira, en fonction de son contexte, les modalités de ce soutien scolaire.

En faisant un travail personnel, l’élève acquiert de l’autonomie, et J-M Blanquer souhaite responsabiliser l’ensemble des acteurs, élèves, enseignants, parents, avec l’objectif de « tirer tout le monde vers le haut ». L’autonomie est pour lui "au service de la lutte contre les inégalités". C’est elle, par exemple,  qui peut permettre aux équipes pédagogiques d’entamer des expérimentations pour que les élèves réussissent mieux.

Par conséquent, le ministre propose aux établissements de déterminer ce qu’ils souhaitent conserver de la réforme du collège, et ce qu’ils souhaitent restaurer ou expérimenter. Les enseignements pratiques interdisciplinaires sont une possibilité, mais plus une obligation, la restauration des classes bilangues devient une priorité, l’enseignement précoce des langues anciennes pourra être prévu avec l’appui de l’institution. Quant au redoublement, s’il doit intervenir le moins souvent possible, il peut être une solution : le décret de 2014[2] pourrait donc faire l’objet d’une récriture.

Dans cet entretien, le ministre annonce clairement l’orientation qu’il souhaite donner à la politique éducative : tirer tout le monde vers le haut en donnant plus de responsabilité à tous les acteurs.

Il renoue nettement avec ce qui avait été une des mesures fortes de Xavier Darcos, l’accompagnement éducatif, expérimenté dès la rentrée 2007 dans les collèges d’éducation prioritaire[3]. Il octroie aux établissements scolaires la possibilité de s’affranchir du cadre de la réforme du collège de 2016 et de revenir au statu quo ante. Il joue la même partition au sujet du redoublement.

Il n’est pas sûr que ce qui n’a pas permis de réduire les inégalités au collège avant 2016 puisse le faire à partir de 2017. M. Blanquer, qui aime s’appuyer sur la preuve scientifique, n’en apporte aucune, par exemple, pour justifier le retour en arrière sur le redoublement : les études scientifiques menées sur le sujet n'abondent pas dans ce sens[4]. Mais en a-t-il besoin ? On ne manque pas d’exemples d’anciens élèves qui pensent avoir tiré parti d’un bon redoublement…

Si le dispositif « devoirs faits » est sans doute porteur d’une réduction des inégalités familiales au collège, les restaurations envisagées pourraient donner les gages qu’attendent les électeurs des CSP favorisées qui ont voté largement pour le président en mai dernier.


[1] http://www.rtl.fr/actu/politique/education-blanquer-detaille-les-differents-chantiers-du-quinquennat-7788761440

[2] http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=84055

[3] http://www.education.gouv.fr/bo/2007/28/MENE0701447C.htm

[4] http://www.cnesco.fr/fr/redoublement/ 

 

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