Jean Vinçot
Association Asperansa
Abonné·e de Mediapart

1399 Billets

0 Édition

Billet de blog 3 juil. 2020

Les résultats positifs du dépistage de l'autisme entraînent rarement un suivi rapide

Les médecins seraient aptes à assurer le constat des résultats positifs de dépistage de l'autisme, mais ils les soupçonnent d'être inexacts, selon une étude américaine !

Jean Vinçot
Association Asperansa
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

spectrumnews.org  Traduction de "Positive autism screening results rarely prompt follow-up" par Peter Hess / 2 juillet 2020

Une information épouvantable : diagnostic, mais pas de suivi. Lorsque les plate-formes de coordination et d'orientation prévues par la stratégie nationale de l'autisme (4ème plan) auront été mises en œuvre partout (en France), on peut espérer que çà ne pourra plus exister. Il y a cependant des points de friction concernant l'intervention des psychologues, ou de blocage pour les éducateurs.

Si on prend l'exemple de l'ex-CEEAL (Centre Expert Autisme du Limousin), on peut voir que la garantie d'un suivi, de la prise en charge d'une intervention après le diagnostic est le principal facteur qui permet un diagnostic presque exhaustif.

Drying Chii Peppers © Luna TMG Instagram

La plupart des tout-petits dont le test de dépistage de l'autisme est positif ne sont pas orientés vers les tests de suivi et les thérapies recommandées, comme le suggère une nouvelle étude portant sur près de 4 500 enfants 1.

L'American Academy of Pediatrics recommande aux médecins de procéder au dépistage de l'autisme chez tous les enfants à partir de 18 mois et d'orienter les enfants dont les tests sont positifs vers un spécialiste de l'autisme pour une évaluation plus approfondie, vers un audiologiste pour un test auditif et vers des services d'intervention précoce pour une thérapie 2.

Ces trois orientations ne concernent qu'environ 4 % des enfants signalés par un outil populaire de dépistage de l'autisme lors des visites de routine chez le médecin, comme le montre le nouvel article.

"Cette étude montre que les gens ne suivent pas [les directives de dépistage de l'autisme], du moins en ce qui concerne l'orientation des patients", déclare Katharine Zuckerman, professeur associé de pédiatrie à l'université de santé et des sciences de l'Oregon à Portland, qui n'a pas participé à l'étude. "Peu importe que vous dépistiez tout le monde si vous n'orientez personne lorsque vous avez un résultat positif au test de dépistage".

Il semble que les médecins n'orientent que certains enfants vers certains services, en fonction de leur sexe, de leur race et d'autres caractéristiques, explique Kate Wallis, co-chercheuse en chef et pédiatre spécialiste du développement comportemental à l'hôpital pour enfants de Philadelphie en Pennsylvanie. Par exemple, son équipe a constaté que les cliniciens sont moins enclins à orienter les filles que les garçons vers une intervention précoce.

"Nous devons trouver des moyens d'améliorer les taux d'orientation afin que tous les enfants puissent être évalués et commencer dans des services de thérapie", déclare Wallis.

Considérations cliniques

Wallis et ses collègues ont analysé les dossiers médicaux électroniques de visites de routine dans 31 cliniques de soins primaires en Pennsylvanie et dans le New Jersey de 2013 à 2016. Les médecins de ces cliniques procèdent au dépistage de l'autisme chez tous les enfants de 16 à 30 mois, à l'aide d'un questionnaire standardisé destiné aux parents, appelé "Liste de contrôle modifiée pour l'autisme chez les enfants en bas âge" (M-CHAT). Les médecins sont censés faire un entretien de suivi avec les parents de tout enfant dont les scores indiquent un "risque modéré" et décider ensuite si l'enfant a été dépisté positif ou négatif.

Les chercheurs ont trouvé 4 442 enfants dont le score au M-CHAT justifiait un entretien de suivi avec leurs parents. Mais cet entretien a eu lieu pour moins de la moitié d'entre eux, soit 1 660 enfants. Les médecins n'ont pas fait d'entretien pour 63 % des enfants, dont 473 qui ont obtenu un score si élevé qu'aucun entretien n'était nécessaire pour confirmer les résultats.

Parmi les enfants dont les parents ont eu des entretiens de suivi, les médecins ont déterminé que 1 560, soit 94 %, avaient obtenu un résultat négatif au dépistage. Cela peut indiquer que les cliniciens effectuent des suivis principalement lorsqu'ils soupçonnent des faux positifs. Les faux positifs sont un problème connu avec le M-CHAT, et l'entretien de suivi est conçu pour les éliminer.

Les familles bénéficiant d'une assurance publique étaient parmi les plus susceptibles de recevoir un entretien de suivi. Les cliniciens sont plus susceptibles d'orienter les enfants vers un entretien de suivi lorsqu'ils savent que l'assurance de la famille le couvrira - comme le font la plupart des assurances publiques, selon les chercheurs. Les résultats ont été publiés en mai dans PLOS One.

Les résultats soulignent la nécessité de comprendre ce qui motive la prise de décision après un dépistage positif de l'autisme, explique Mme Wallis. "Certains pédiatres peuvent ne pas faire confiance aux résultats du dépistage, ils peuvent avoir d'autres priorités de santé concurrentes à traiter pendant la visite, ou ils peuvent ne pas vouloir inquiéter les parents s'ils ne sont pas sûrs qu'un enfant est [autiste]".

Combattre les disparités

L'équipe a ensuite analysé les dossiers de 2 882 enfants dont le test de dépistage était positif : environ 11 % ont été orientés vers des spécialistes pour une évaluation complète de l'autisme, et environ 11 % ont été orientés vers un audiologiste. Environ 31 % ont été orientés vers des services d'intervention précoce, et 26 % ont déjà bénéficié d'une intervention précoce.

L'étude montre que certains groupes mal couverts bénéficient d'une certaine manière du dépistage universel de l'autisme, explique Tiffany Baffour, professeure associée de travail social à l'université de l'Utah à Salt Lake City, qui n'a pas participé à l'étude. Par exemple, les enfants noirs ont plus de chances que les enfants blancs d'être orientés vers un audiologiste, bien qu'ils aient moins de chances d'être orientés vers une intervention précoce.

Mais certaines familles orientées vers une intervention précoce ou un dépistage plus poussé ont refusé de donner suite, ce qui soulève de nouvelles questions, selon Baffour. Pour accroître la valeur du dépistage universel, les chercheurs doivent identifier les obstacles, tels que le transport ou les finances, qui empêchent certaines familles d'être orientées vers un spécialiste.

L'équipe de Mme Wallis prévoit d'examiner si les disparités dans les orientations après le dépistage faussent le diagnostic de l'autisme et les taux de prévalence. Afin d'augmenter le nombre de pédiatres qui suivent les directives cliniques, ils prévoient également d'examiner la manière dont les cliniciens prennent les décisions concernant les orientations pour l'évaluation et le traitement après un dépistage positif.

 Références:

  1. Wallis K.E. et al. PLOS One 15, e0232335 (2020) PubMed
  2. Johnson C.P. et al Pediatrics 120, 1183-1215 (2007) PubMed

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Politique
Pap Ndiaye fait déjà face au cyclone raciste
La nomination de Pap Ndiaye au ministère de l’éducation nationale a fait remonter à la surface le racisme structurel de la société française et de sa classe politique, une vague qui charrie avec elle la condition noire et la question coloniale. La réaction de l’exécutif, Emmanuel Macron en tête, donnera une première indication sur la tonalité du quinquennat.
par Ilyes Ramdani
Journal — États-Unis
Dans le Missouri, l’avortement a déjà presque disparu
En juin prochain, la Cour suprême des États-Unis abrogera probablement l’arrêt « Roe v. Wade », qui a fait de l’accès à l’IVG un droit constitutionnel. Mais dans le Missouri, État conservateur du Midwest, cela fait des années que les interruptions volontaires de grossesse se réduisent à peau de chagrin.
par Alexis Buisson
Journal — Violences conjugales
Johnny Depp/Amber Heard : un risque que les procès en diffamation sapent #MeToo
Le procès en diffamation qui oppose depuis plusieurs semaines Johnny Depp à son ex-épouse, l’actrice Amber Heard, ne cesse de susciter le malaise. Outre le côté spectacle, la diffamation apparaît ici détournée de son objectif premier. Au risque de bâillonner de potentielles victimes dans d’autres affaires. 
par Patricia Neves
Journal — International
« Sauver l’Amérique », huit ans dans les pas de ceux qui prêchent l’intolérance
Qui sont ces prédicateurs qui tentent d’imposer leur radicalisation religieuse aux États-Unis ? Qui parviennent, alors qu’une majorité d’Américains soutiennent l’IVG, à guider le bras de la Cour suprême dans un projet de décision très défavorable au droit constitutionnel à l’avortement ? Thomas Haley a suivi l’un d’entre eux, filmant ses prêches, ses actions, sa vie de famille. Glaçant.
par Thomas Haley

La sélection du Club

Billet d’édition
Pour une alimentation simple et saine sans agro-industrie
Depuis plusieurs décennies, les industries agro-alimentaires devenues des multinationales qui se placent au-dessus des lois de chaque gouvernement, n’ont eu de cesse pour vendre leurs produits de lancer des campagnes de communication aux mensonges décomplexés au plus grand mépris de la santé et du bien-être de leurs consommateurs.
par Cédric Lépine
Billet de blog
Marche contre Monsanto-Bayer : face au système agrochimique, cultivons un autre monde !
« Un autre monde est possible, et il est déjà en germe. » Afin de continuer le combat contre les multinationales de l’agrochimie « qui empoisonnent nos terres et nos corps », un ensemble d'activistes et d'associations appellent à une dixième marche contre Monsanto le samedi 21 mai 2022, « déterminé·es à promouvoir un autre modèle agricole et alimentaire, écologique, respectueux du vivant et juste socialement pour les paysan·nes et l'ensemble de la population ». 
par Les invités de Mediapart
Billet de blog
Rapport Meadows 9 : la crise annoncée des matières premières
La fabrication de nos objets « high tech » nécessite de plus en plus de ressources minières rares, qu'il faudra extraire avec de moins en moins d'énergie disponible, comme nous l'a rappelé le précédent entretien avec Matthieu Auzanneau. Aujourd'hui, c'est Philippe Bihouix, un expert des questions minières, qui répond aux questions d'Audrey Boehly.
par Pierre Sassier
Billet de blog
L'effondrement de l'écologie de marché
Pourquoi ce hiatus entre la prise de conscience (trop lente mais réelle tout de même) de la nécessité d’une transformation écologique du modèle productif et consumériste et la perte de vitesse de l’écologie politique façon EELV ?
par jmharribey