L’isolation insuffisante des neurones pourrait contribuer à l’autisme

Les gènes participant à la formation de la myéline, une substance grasse qui gaine les neurones, se trouvent modifiés dans le tissu cérébral provenant de personnes autistes et chez plusieurs souris modèles.

Par Nicholette Zeliadt  /  23 Octobre 2019

Enveloppe défectueuse : les gènes qui participent à l’enrobage des neurones avec de la myéline jouent peut-être un rôle dans l’autisme. © Jose Calvo / Science Photo Library Enveloppe défectueuse : les gènes qui participent à l’enrobage des neurones avec de la myéline jouent peut-être un rôle dans l’autisme. © Jose Calvo / Science Photo Library

Les gènes participant à la formation de la myéline, une substance grasse qui gaine les neurones, se trouvent modifiés dans le tissu cérébral provenant de personnes autistes et chez plusieurs souris modèles. On trouve également chez ces souris des fibres nerveuses insuffisamment myélinisées.

Les chercheurs ont présenté les résultats inédits hier au Rassemblement annuel 2019 de La Société pour les Neurosciences à Chicago, dans l’Illinois.

On trouve de façon générale, sur toute l’étendue du spectre, un défaut de la myélinisation » affirme Brady Maher, chercheur principal au Lieber Institute for Brain Development de Baltimore, dans le Maryland.

La myélinisation est le processus par lequel les fibres neuronales sont enrobées de myéline. La myéline est produite par des cellules du cerveau appelées oligodendrocytes, et elle rend possible une signalisation neuronale rapide.

Brady Maher et son équipe ont décelé des signes d’une perturbation de la myéline dans le syndrome de Pitt-Hopkins, un trouble apparenté à l’autisme, qui est causé par des mutations d’un gène appelé TCF4. Les enfants qui naissent avec ce syndrome sont lents à acquérir la marche, et nombre d’entre eux sont peu verbaux ; certains sont autistes.

Les chercheurs ont analysé les schémas d’expression des gènes chez cinq souris modèles de ce syndrome, chacune avec une mutation différente du TCF4. Les résultats obtenus ont montré que chez toutes ces souris, les gènes impliqués dans la myélinisation figuraient parmi ceux dont l’expression était modifiée.

En examinant les cerveaux d’un de ces modèles, ils ont observé que, chez ces souris, on comptait peu d’oligodendrocytes matures, et davantage d’oligodendrocytes immatures que les contrôles n’en avaient.

Faible circulation

A partir de coupes de cerveau de ces souris mutantes, les chercheurs ont exploré la structure et la fonction d’un faisceau de fibres nerveuses appelé corps calleux, qui fait la jonction entre les deux côtés du cerveau. Ils ont constaté des niveaux anormalement faibles de circulation électrique le long des sections myélinisées de ce faisceau. Des analyses plus poussées ont montré que ces souris avaient des fibres nerveuses comportant des quantités normales de myéline, mais une quantité insuffisante de ces fibres myélinisées.

Cela nous conduit à penser que les cellules qui font la myélinisation jouent correctement leur rôle, simplement elles ne sont pas en nombre suffisant », explique Joseph Bohlen, chercheur associé dans le laboratoire de Brady Maher, qui a présenté l’étude.

Les chercheurs ont ensuite comparé les schémas d’expression des gènes des souris mutantes avec ceux de deux autres souris modèles de l’autisme : des souris avec des mutations du MECP2 ou PTEN. Les trois souris modèles ont présenté des modifications dans l’expression d’un ensemble partagé de 34 gènes, dont la plupart participaient à la myélinisation.

Ces mêmes gènes présentent une expression atypique à l’intérieur de deux bases de données d’expression de gènes provenant de sujets autistes, ont établi les chercheurs.

Brady Maher précise que son équipe est en cours de recherche sur les raisons pour lesquelles les souris mutantes TCF4 ont trop peu d’oligodendrocytes. Ils cherchent également à savoir si les médicaments qui renforcent la myélinisation annulent les problèmes chez ces souris.

Source : https://www.spectrumnews.org/news/loss-of-insulation-on-neurons-may-contribute-to-autism/

Traduction lulamae

Pour d'autres rapports de la réunion annuelle 2019 de la Society for Neuroscience, veuillez cliquer ici

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