Risque accru pour les personnes avec autisme de devenir sans domicile fixe

Dans une ville britannique, les chercheurs ont trouvé 12% de personnes ayant des traits autistiques chez les sans-abri. La recherche suggère également que les personnes autistes sans-abri ont besoin d’un soutien sur-mesure qui prenne en compte leurs forces et leurs faiblesses à partir de leur mode de fonctionnement spécifique. Une mesure du 4ème plan devrait prendre en compte cette question.

theconversation.com  Traduction par Curiouser "Autistic people at greater risk of becoming homeless – new research"

William Mandy

Sepia Despair II © Luna TMG Sepia Despair II © Luna TMG

Tony a vécu dans la rue pendant 45 ans, son état physique se dégradant de plus en plus ces dernières années.

Malgré cela, il refusait tout type d’aide, et il était devenu évident, pour les travailleurs sociaux qui s’en occupaient, que toute forme d’interaction sociale provoquait chez lui un stress très important.

Ce n’est qu’à partir du moment où il fut reconnu comme personne avec autisme que l’équipe a été capable de prendre des mesures adaptées à son cas afin de l’aider à quitter la rue pour rejoindre un hôtel.

Peu d’études se sont penchées sur la possibilité d’une surreprésentation des personnes autistes parmi la population des sans domicile fixe. L’autisme est un trouble qui se caractérise par des différences au niveau du développement cérébral, les personnes autistes présentant des difficultés au niveau des interactions sociales, des perceptions sensorielles inhabituelles, ainsi qu’une propension à être non-flexibles et à avoir des intérêts restreints.

De nombreuses personnes avec autisme, moyennant des soutiens adaptés, peuvent mener une existence pleinement satisfaisante. Malheureusement, de tels soutiens manquent souvent, et beaucoup d’adultes autistes peinent à trouver et garder durablement un logement et un emploi.

Mes collègues Alasdair Churchard, Morag Ryder, Andrew Greenhill et moi-même pensions que cela augmentait pour eux le risque de devenir sans domicile fixe. Et c’est justement ce que nous avons découvert dans cette nouvelle étude.

Nous n’avons pas cherché à obtenir de diagnostic officiel d’autisme, étant donné que cela nécessite des bilans poussés impliquant la famille, chose impossible pour la plupart des gens sans domicile fixe. À la place, nous nous sommes concentrés sur le fait de recueillir des données quant à la présence de symptômes autistiques chez les personnes sans-abri, à partir d’entretiens approfondis avec les personnes leur venant en aide.

Nous avons ainsi mené notre enquête auprès de l’ensemble des sans-abri recourant à un service d’aide spécifique, situé dans un des quartiers du centre-ville d’une commune britannique.

Cela nous a permis d’établir la première estimation complète de la surreprésentation possible des autistes au sein de la population des sans domicile fixe.

Prévalence des traits autistiques

Sur les 106 sans-abri que comptait notre étude, 13 montraient des signes importants de traits autistiques qui pourraient concorder avec un diagnostic de TSA. Soit donc 12,3%, ce qui est un chiffre bien plus élevé que les 1% de gens autistes que l’on trouve dans la population générale. Nos résultats tendent à suggérer fortement qu’il existe pour les personnes autistes un plus grand risque de devenir sans domicile fixe.

Les sans-abri, de manière générale, sont beaucoup plus susceptibles d’avoir des troubles psychiques. L’une de nos craintes, avant de réaliser l’étude, était que les entretiens ne détectent des problèmes relevant communément de troubles mentaux, plutôt que de traits spécifiques à l’autisme. Ainsi, si une personne n’établit pas de contact visuel, la cause peut en être l’autisme, mais cela peut aussi renvoyer à des troubles psychotiques sous-jacents, à une dépression ou à un usage abusif de drogues.

Cependant, les traits identifiés lors des entretiens étaient, généralement, nettement autistiques. Par exemple, une des personnes que nous avons observées établissait des listes de musiciens peu connus et possédait une vaste collection d’appareils électroniques hors d’usage. Cela semblait être une démonstration claire d’une tendance à avoir des intérêts restreints, qui est l’une des caractéristiques de l’autisme. On nous a décrit une autre personne qui parlait comme un personnage tiré d’un roman du XIXe siècle, illustrant en cela la tendance des autistes à avoir une intonation inhabituelle et à recourir à des expressions lues ou entendues.

Nous avons trouvé qu’il existait des différences importantes entre les sans-abri possédant des traits autistiques et ceux qui en étaient dépourvus. Les premiers étaient moins susceptibles d’avoir des problèmes de drogue, et avaient plus tendance à être socialement isolés. Ce sont là des caractéristiques que nous nous attendions à trouver chez les personnes autistes.

Des services conçus pour aider

Les résultats obtenus insistent sur la nécessité de protéger les personnes autistes du risque de devenir sans-abri. Il est vital que des investissements de plus grande ampleur soient effectués pour que des services puissent aider significativement ce groupe, en s’assurant qu’ils rencontrent moins de difficultés professionnelles et puissent conserver durablement un logement.

Il semble également probable que les services publics territoriaux, conçus pour aider les gens à ne pas finir à la rue, ne connaissent pas suffisamment bien l’autisme.

Cela pourrait signifier que les personnes autistes ne reçoivent pas l’aide requise lorsqu'elles font face au risque de devenir sans-abri. Des mesures relativement simples pourraient les aider à coopérer avec les services ou à leur éviter dès le départ de se retrouver à la rue. Par exemple, on pourrait prendre en compte les besoins sensoriels de la personne avec autisme : si cette dernière connaît une surcharge sensorielle à cause de fortes lumières, un moyen aussi simple que lui donner la possibilité de se rencontrer dans un endroit faiblement éclairé pourrait aider.

Notre recherche suggère également que les personnes autistes sans-abri ont besoin d’un soutien sur-mesure qui prenne en compte leurs forces et leurs faiblesses à partir de leur mode de fonctionnement spécifique.

Des preuves empiriques existent sur l’efficacité de cette méthode. Tony, qui avait passé 45 ans dans la rue, a bénéficié d’un soutien adapté qui prenait en compte son autisme afin qu’il ne dorme plus dehors, à la dure. On lui a assigné une chambre dans un petit hôtel où il y avait moins de personnes et moins de bruit, et où on ne lui demandait pas d’assister à de longues réunions ou à des rendez-vous bilans.

De nombreuses autres personnes sont dans le cas de Tony : n’ayant pas été identifiées comme étant autistes, elles ne peuvent pas avoir accès aux aides qui leur seraient nécessaires pour sortir de la rue.

Nous espérons que notre travail constituera un premier pas dans l’évaluation et la prise en compte de cette problématique spécifique non reconnue jusque-là.


Extraits 4ème plan autisme

Mesure 39 : Amélioration de la connaissance des personnes autistes en situation de grande précarité par la formation des équipes de maraude - menée par le Ministère Solidarité et Santé - A partir de 2019 (page 58)

Améliorer la connaissance des personnes autistes en situation de grande précarité

Au-delà de la mise en œuvre de ces plans de repérage des personnes en établissement sanitaire et médico-sociaux dans les régions, il sera nécessaire d’améliorer la connaissance des personnes autistes en situation de grande précarité. Un plan de sensibilisation des équipes d’hébergement d’urgence et de maraudes au repérage des personnes autistes sera travaillé (page 94)

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