Autisme, Trump - La poudre aux yeux et le comité de sécurité des vaccins de R.Kennedy

Trump semble s'intéresser à l'autisme par le biais de la phobie anti-vaccins. Mais les politiques qu'il veut mener permettront-elles d'améliorer la situation des personnes autistes ? Un point de vue américain, à prendre en compte dans notre contexte électoral.

Une prise de position intéressante sur le site Spectrum News.

Le plus important n'est pas les belles paroles sur un sujet donné, mais la compatibilité entre les promesses et les politiques d'ensemble.

A nous de voir si les politiques concernant l'éducation nationale, la santé, la sécurité sociale, le nombre de fonctionnaires, l'emploi, le logement, la lutte contre les discrimnations ... permettront l'application des belles paroles sur le handicap.


 David Mandell, Professeur , Université de Pennsylvanie -  12 janvier 2017

Traduction de Smoke, mirrors and Robert Kennedy Jr.’s vaccine safety panel / Spectrumnews

Vous en avez peut-être déjà entendu parler: le président élu Donald Trump va apparemment nommer Robert F. Kennedy Jr. à la tête d'une commission sur la sécurité des vaccins et l'intégrité scientifique, en mettant l'accent sur l'autisme.

J'ai une formation d'épidémiologiste et de chercheur en Santé publique et je mène des recherches sur l'autisme depuis près de 20 ans. Je suis convaincu que le président élu n'aurait pas pu trouver quelqu'un de moins qualifié pour ce rôle. Mais je vous en prie, ne laissez pas cette nomination nous distraire de la lutte contre les nombreux changements politiques que l'administration entrante propose, qui pourraient avoir des conséquences désastreuses pour les personnes souffrant d'autisme et d'autres handicaps.

Kennedy est un complotiste anti-vaccin. En 2005, il a écrit "Deadly Immunity", publié conjointement dans le magazine Rolling Stone et sur Salon.com. L'article affirmait que le thimérosal, qui jusqu'en 1998 a été utilisé pour conserver les vaccins, provoque l'autisme. Kennedy allait jusqu'à prétendre que les CDC (centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies) ont travaillé avec des compagnies pharmaceutiques pour cacher les risques associés au thimérosal. Rolling Stone et Salon.com ont rétracté l'article en 2011 en raison d'erreurs factuelles, mais Kennedy continue de répandre ses théories.

Le président élu a associé les vaccins à l'autisme lors du deuxième débat présidentiel républicain en utilisant une vague anecdote, donnant ainsi un souffle immérité à cette théorie discréditée. Comme le souligne Paul Offit , l'un des meilleurs experts en vaccins au monde, parmi toute l'expertise exceptionnelle à sa disposition, M. Trump a choisi l'incroyablement non qualifié Kennedy pour le conseiller.

L'American Academy of Pediatrics affirme que les vaccins sauvent des vies et sont parmi les innovations médicales les plus importantes de notre temps.

Pourquoi le président élu s'engage-t-il avec un complotiste et un pseudo-scientifique pleinement discrédité pour rouvrir une question réglée? Sa décision a le potentiel de mettre des millions de vies d'enfants en danger, si leurs parents choisissent de ne pas les faire vacciner.

Appelons ce stratagème comme ce qu'il est : une distraction des réelles propositions politiques de l'équipe de Trump qui ont le potentiel de détruire le système de soins pour des millions de personnes autistes.

Lien mince

Comme le disait l'écrivain Julie Beck dans un article de septembre 2015 dans The Atlantic , il n'est plus intéressant ni utile de débattre du lien entre les vaccins et l'autisme . Une myriade d'études bien menées montrent que les vaccins ne causent pas l'autisme, et que le risque d'accident vaccinal est largement dépassé par les vies sauvées par les vaccins. Même une étude financée par Safe Minds, un groupe anti-vaccin, a découvert que les vaccins ne causent pas de symptômes autistiques ou de neuropathologie semblable à l'autisme.

Malgré cette pléthore de preuves scientifiques, un tiers des parents américains pensent que les vaccins peuvent causer l'autisme. Cela en soi suggère que les scientifiques et les professionnels de la santé ont beaucoup plus de travail à faire dans la diffusion de la science de haute qualité. Mais en attirant davantage l'attention sur ce lien discrédité, Trump crée l'illusion qu'il investit pour garder nos enfants en sécurité et pour soutenir les personnes handicapées et leurs familles. En fait, l'ordre du jour qu'il a proposé et les positions déclarées de ses membres au sein du Cabinet indiquent exactement le contraire.

Par exemple, Trump a proposé de réduire considérablement le financement de Medicaid, qui est le plus grand financeur pour les soins de santé des personnes atteintes d'autisme. Il a également proposé de remplacer le financement de Medicaid par une subvention d'État, ce qui signifie que les États n'auraient pas à suivre les règlements du Center for Medicaid Services, comme celui qui stipule que Medicaid devrait couvrir les traitements comportementalistes pour l'autisme.

États de danger

Trump propose également d'ouvrir les marchés de l'assurance maladie au-delà des frontières d'Etat. Si cela se produit, les sociétés d'assurance d'autres États ne seraient pas tenues de respecter les règlements de l'État. Les États auraient des incitations importantes à abroger leurs règlements pour rester concurrentiels sur les prix, déclenchant une course vers le bas. Les règlements qui exigent des assureurs santé qu'ils couvrent les services d'autisme risqueraient d'être supprimés, surtout si les employeurs choisissent des régimes d'assurance seulement chez des assureurs d'États sans règlement.

La Loi sur l'éducation des personnes handicapées garantit aux enfants handicapés une éducation publique gratuite et adaptée. C'est peut-être le droit civil le plus important accordé aux enfants atteints d'autisme. Le sénateur Jeff Sessions, procureur général de Trump, a appelé cette loi «le problème le plus irritant pour les enseignants partout en Amérique aujourd'hui» et «une cause importante de l'accélération du déclin de la civilité et la discipline dans les salles de classe partout en Amérique». Qu'est ce que ça veut dire d'avoir un procureur général qui n'appliquera pas ce droit ?

Betsy DeVos, choisie par Trump pour le secrétariat de l'éducation, est une ardente défenseuse des écoles privées, qui n'ont aucune obligation de soutenir les enfants handicapés. Mon propre travail dans les écoles publiques suggère que de nombreuses écoles privées inscrivent initialement les enfants handicapés et les renvoient ensuite dans les écoles publiques de leur quartier dès que l'école privée a reçu le financement pour cet étudiant.

Ne perdez pas votre objectif de vue, messieurs-dames. Bien que nous soyions tenus de dénoncer toute fausse science, rappelez-vous qu'il y a des enjeux très élevés ici, et que nous devrions investir l'essentiel de notre énergie dans la lutte pour la santé et l'éducation que méritent les personnes avec autisme ou tout handicap.

David Mandell est professeur de psychiatrie et de pédiatrie à l'Université de Pennsylvanie et directeur du Centre for Mental Health Policy and Services Research.

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