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Billet de blog 3 mai 2022

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Près de 90% des femmes autistes déclarent avoir subi des violences sexuelles

La prévalence des abus sexuels pourrait être jusqu'à trois fois plus élevée chez les femmes autistes que chez les femmes non autistes, selon une nouvelle étude française.

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blog.frontiersin.org Traduction de "Almost 90% of autistic women report experiencing sexual violence, often on multiple occasions" - 27 avril 2022

Près de 90% des femmes autistes déclarent avoir subi des violences sexuelles, souvent à plusieurs reprises

Par K.E.D. Coan, rédacteur scientifique

Venetian Carnival, yellow lady © Luna TMG https://www.instagram.com/lunatmg/

La prévalence des abus sexuels pourrait être jusqu'à trois fois plus élevée chez les femmes autistes que chez les femmes non autistes, selon une nouvelle étude française. Il s'agit de la plus grande enquête portant spécifiquement sur la vulnérabilité des femmes autistes et ses résultats permettront d'améliorer les stratégies de traitement des victimes, ainsi que les programmes de prévention dans le monde entier.

En France, neuf femmes autistes sur dix déclarent avoir subi des violences sexuelles, selon une nouvelle étude parue dans "Frontiers in Behavioral Neuroscience". Il s'agit de l'une des plus grandes études à ce jour portant spécifiquement sur cette population. En revanche, des recherches antérieures ont montré que le taux d'agressions sexuelles à l'encontre des femmes non autistes est d'une sur trois, ce qui suggère que les agresseurs sont trois fois plus susceptibles de cibler les femmes autistes. Les résultats ont également révélé que la plupart des victimes avaient été agressées à plusieurs reprises, que cela avait commencé lorsqu'elles étaient jeunes et qu'elles étaient rarement en mesure de signaler les abus ou de recevoir des soins. Ces conclusions permettront d'améliorer les programmes de prévention et de traitement. 

"Ce projet de recherche a été initié par les coauteurs de l'étude (le Dr David Gourion, psychiatre, et le Dr Séverine Leduc, neuropsychologue) qui ont observé dans leur pratique que les femmes autistes et les personnes non binaires étaient plus souvent victimes de violences sexuelles que les autres catégories de patients", a déclaré la coauteure, le Dr Fabienne Cazalis, du pôle sciences sociales du Centre national de la recherche scientifique (CNRS-EHESS). "C'est important car les symptômes de traumatisme sexuel peuvent être négligés chez les personnes présentant des traits autistiques, ce qui fait que ces personnes ne reçoivent pas les soins dont elles ont besoin. Nous espérons que cette recherche aidera les personnes autistes qui ont été victimes de violences sexuelles à être mieux comprises et à recevoir de meilleurs soins."

Une population vulnérable

Cazalis et ses collaborateurs ont utilisé un questionnaire en ligne pour étudier les expériences de 225 femmes autistes qui se sont portées volontaires pour participer (de tous les âges à partir de 17 ans). Cette étude a été instiguée et réalisée en collaboration avec la communauté autiste locale, qui a contribué au recrutement du nombre relativement élevé de participantes.

"Lorsque Gourion et Leduc ont commencé l'étude, les recherches étaient encore un peu rares sur ce sujet spécifique, mais le sujet était néanmoins très discuté au sein de la communauté autiste", explique Cazalis. "Ce sont en fait des défenseurs de cette communauté qui ont attiré notre attention sur l'importance d'étudier ce sujet et, lorsque l'étude a été lancée, ce sont eux qui ont sensibilisé la communauté autistique à ce sujet, ce qui a entraîné une vaste participation en peu de temps."

L'enquête comprenait à la fois une question ouverte et des questions spécifiques. Sur la base de cette conception, il y avait une certaine variation dans les réponses, les questions ouvertes et spécifiques identifiant l'abus chez 68,9% et 88,4% des femmes, respectivement. Cela souligne l'importance de la conception de l'enquête pour aider les victimes à recevoir un traitement.

Améliorer la prévention et les soins

Grâce au questionnaire, l'équipe a également découvert que 75 % des participantes avaient été agressées à plusieurs reprises. Parmi les victimes, deux tiers ont été agressées pour la première fois alors qu'elles avaient 18 ans ou moins, ce qui est corrélé à un risque accru de développer un trouble de stress post-traumatique. Seul un tiers des victimes ont signalé les agressions et, parmi celles-ci, 75 % n'ont fait l'objet d'aucun suivi (que ce soit sous forme de traitement ou de poursuites judiciaires).

En raison du jeune âge de la plupart des victimes au moment de la première agression, les auteurs suggèrent que les stratégies d'éducation ne sont peut-être pas le moyen de prévention le plus efficace. Ils soutiennent plutôt les programmes à grande échelle visant à réduire la violence sexuelle systémique et l'inégalité entre les sexes, comme le proposent l'Organisation mondiale de la santé et le US Center for Disease Control.

Cazalis a reconnu le risque de biais de sélection dans l'étude, mais a souligné la force des résultats.

"Les personnes ayant été victimes de violences sexuelles auraient pu être plus disposées à participer à l'étude que les personnes n'ayant pas été victimes, ce qui aurait conduit à une surreprésentation des victimes, mais nous pensons que ce biais n'est peut-être pas trop fort, puisque nos résultats sont très cohérents avec ceux des études précédentes", a déclaré Cazalis.

"Nous attendons des cliniciens et des professionnels qu'ils reconnaissent l'importance d'enquêter sur la victimisation sexuelle potentielle lorsqu'ils travaillent avec des femmes et des personnes non binaires du spectre", a-t-elle ajouté. "Nous souhaitons également que cette étude contribue à améliorer la sensibilisation générale à la violence sexuelle, afin de contribuer à la prévenir dans la mesure du possible."

DIRECTIVES DE REPUBLICATION : Le libre accès et le partage de la recherche font partie de la mission de Frontiers. Sauf indication contraire, vous pouvez republier les articles publiés sur le blog d'actualité de Frontiers - à condition d'inclure un lien vers la recherche originale. La vente des articles n'est pas autorisée.


Traduction du résumé de "Evidence That Nine Autistic Women Out of Ten Have Been Victims of Sexual Violence"

Preuve que neuf femmes autistes sur dix ont été victimes de violences sexuelles.
Fabienne Cazalis1*†, Elisabeth Reyes2†, Séverine Leduc3 et David Gourion4

    1 Centre d'Analyse et de Mathématique Sociales, CNRS-EHESS, Paris, France
    2 Auticonsult, Paris, France
    3 Praticien indépendant, Paris, France
    4 GHU Paris Psychiatrie & Neurosciences, Hôpital Sainte Anne, Paris, France

Contexte : Les recherches indiquent que la violence sexuelle touche environ 30% des femmes dans la population générale et entre deux et trois fois plus pour les femmes autistes.

Matériels et Méthodes : Nous avons étudié la prévalence de la violence sexuelle, les traits autistiques et une série de symptômes, en utilisant une enquête en ligne adressée aux femmes de la communauté autistique française (n = 225). Nous avons évalué la victimisation par une question ouverte et par un questionnaire spécifique, dérivé du Sexual Experiences Survey-Short Form Victimization.

Résultats : Les deux méthodes d'identification des cas ont donné des chiffres élevés : 68,9% de victimisation (question ouverte) contre 88,4% (questionnaire standardisé). Deux tiers des victimes étaient très jeunes lorsqu'elles ont été agressées pour la première fois : parmi les 199 victimes, 135 avaient 18 ans ou moins et 112 participantes avaient 15 ans ou moins. 75% des participantes incluses dans notre étude ont rapporté plusieurs agressions. Les analyses indiquent que la primo-victimisation est fortement corrélée à la revictimisation et que le fait d'être jeune augmente ce risque. Les jeunes victimes avaient également un risque plus élevé de développer un trouble de stress post-traumatique. Un tiers des victimes ont signalé l'agression. 25% d'entre elles ont pu porter plainte (n = 12) et/ou recevoir des soins (n = 13). Pour les 75% restants, le signalement n'a pas donné lieu à une action.

Discussion : Ces résultats indiquent une très grande proportion de victimes d'agressions sexuelles chez les femmes autistes, ce qui est cohérent avec les recherches précédentes. L'Organisation mondiale de la santé affirme sans ambiguïté que la violence sexuelle est systémique et que les personnes vulnérables sont de préférence ciblées par les agresseurs. Nous postulons donc qu'il serait erroné de considérer que la victimisation des femmes autistes est principalement due à l'autisme. Au contraire, l'autisme semble n'être qu'un facteur de vulnérabilité. Certains auteurs proposent qu'éduquer les victimes potentielles à mieux se protéger permettrait de prévenir les abus. Nous avons examiné cette proposition à la lumière de nos résultats et avons constaté qu'elle était impossible à appliquer puisque plus de la moitié des victimes étaient en dessous ou à l'âge du consentement. La littérature sur la violence sexuelle est discutée. Les programmes de prévention à grande échelle proposés par l'Organisation mondiale de la santé et le Center for Disease Control visent des changements culturels afin de diminuer l'inégalité entre les sexes, qu'ils identifient comme la racine même de la violence sexuelle.

Texte intégral (anglais)


Ces femmes qui se découvrent autistes

lemonde.fr Julie Zaugg (Le Temps)
Le nombre d’autistes a crû de façon spectaculaire, surtout parmi les adultes et les femmes, selon une récente étude britannique. Cette augmentation serait essentiellement due à un élargissement de la définition de ce trouble du développement. Témoignages.

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