Autisme - Agir contre le risque de suicide

En conclusion de cette série d'articles sur autisme et suicide : quelle prise en compte dans le 4ème plan autisme ? Et les autres actions gouvernementales ... Revue de détail.

Ereinté II © Luna TMG Ereinté II © Luna TMG

Une question de genre suivant le 4ème plan ?

Le 4ème plan autisme (« stratégie autisme dans le cadre des Troubles neuro-développementaux ») ne tient pas compte des risques majeurs pour la vie des personnes autistes.

Les causes de mortalité ont été identifiées par une étude suédoise.

Le deuxième risque est le suicide (surtout pour les adultes autistes sans déficience intellectuelle) .

Le 4ème plan n'y fait allusion que par rapport aux femmes : page 94 du 4ème plan

« Les recherches montrent également que les filles présentent des troubles de l’anxiété, des dépressions, voire des risques suicidaires plus importants. »

Il n'est pourtant pas établi qu'il y a plus de morts par suicide chez les femmes que chez les hommes autistes. L'étude britannique de S. Cassidy, S. Baron Cohen et autres ne constate pas de différence.

Il pourrait y avoir des différences selon le genre entre tendances suicidaires et suicides "réussis". On sait que c'est le cas dans la population générale. L'enquête d'Asperansa, avec les biais possibles, montrent des tendances suicidaires plus présentes pour le genre féminin et pour les personnes non-binaires (qui ne se reconnaissent pas dans un seul des deux genres).

Compte tenu de la prévalence écrasante des hommes sans déficience intellectuelle par rapport aux femmes, le risque de suicide est très important chez eux.

Les différents articles publiés me semblent démontrer la nécessité d'actions spécifiques sur ce point. Cela a été clairement défendu dans des groupes de travail pour la préparation de ce 4ème plan.

Et les plans territoriaux de santé mentale ?

L'action 47 du 4ème plan concerne l'« Intégration des TSA dans les Projets territoriaux de santé mentale ». Page 97, il est fait mention, entre autres, de « la prévention et la prise en charge des situations de crise et d’urgence ». Mais l'absence de coordination d'une action au niveau national rendra difficile de prendre en compte la spécificité des TSA dans la prévention du suicide.

D'autant plus qu'au niveau régional, les associations représentant les personnes autistes et/ou leurs familles sont en général écartées de la concertation sur ces projets, parfois malgré des demandes répétées. Comme cela est le cas au plan national.

La formation dans le secteur sanitaire

Une instruction ministérielle du 16 juillet 2018 mentionne le « repérage précoce du risque suicidaire » comme axe de formation dans le secteur hospitalier (fiche 21, page 51).

La même instruction rappelle comme priorité la formation sur les adultes autistes initiée en 2018 (page 5).

Malheureusement, il n'y a pas eu jusqu'à présent beaucoup de préoccupations sur le sujet en France.

La stratégie de santé mentale

On pourrait espérer que la stratégie santé mentale publiée en juin 2018 tiendrait compte de ce problème.

Malheureusement (bis repetita), il n'en est rien.

Action 6 : Prévention du suicide

Dans l'action n°6, page 11, il est fait mention  :

  • Généraliser dans les 2 ans le dispositif de recontact des personnes ayant fait une tentative de suicide, sur l’ensemble du territoire (...=
  • Proposer aux professionnels au contact des personnes à risque suicidaire une formation actualisée(comportant un module spécifique à l'intervention sur la crise suicidaire.).
  • Expérimenter une formation des médecins généralistes à la prise en charge de la dépression incluant le repérage du risque suicidaire.
  • Poursuivre les formations croisées des medias (journalistes et internes en psychiatrie) dans l’objectif de prévenir la contagion suicidaire (déploiement du programme « PAPAGENO »).
  • Intervenir dans les réseaux sociaux pour prévenir la contagion suicidaire.
  • Etudier les conditions de mise en place d’un numéro national de recours pour les personnes en détresse psychique

Si cette action ne tient pas compte des spécificités des personnes autistes, elle sera partiellement à côté de la plaque.

Voir par exemple les propositions dans le document d'Amélie Tsaag Varlen 'Création puis officialisation d'une boîte mail (et, éventuellement, d'une ligne téléphonique) dédiée à la réception des messages de personnes autistes qui rencontrent des problèmes médico-sociaux graves, associée ou non à la diffusion de conseils, permettant à la fois d'aider ces personnes et d'agir pour réduire les tentatives de suicide (TS)' ou les propositions résultant de l'enquête d'Asperansa (pp.51-52) :

Propositions

  1. ​Mise en œuvre d'une enquête épidémiologique
  2. Groupe de travail avec la participation de personnes autistes
  3. Lutte contre le harcèlement scolaire, y compris à l’Université et dans les Grandes Écoles
  4. GEM (groupes d’entraide mutuelle) pour lutter contre l’isolement
  5. Accueil de jour
  6. SAMSAH
  7. Accueil temporaire en foyer de vie (adapté) - sans avoir besoin d’une notification MDPH (urgence)
  8. Campagne de sensibilisation chez les professionnels : SAVS, SAMSAH, urgences psychiatriques, psychiatres et médecins généralistes, plateformes téléphoniques
  9. Pages sur le site internet gouvernemental
  10. Formation des modérateurs de forums ou pages Facebook sur la prévention du risque suicidaire
  11. Plateforme d'accueil, avec contacts possibles par e-mail ou par téléphone;
  12. Lieux de répit
  13. Campagne de sensibilisation du grand public : parents, professeurs, médecins du travail

Action 18 : Réhabilitation psychosociale

L'autisme n'est mentionné que dans l'action 18, p. 21  : Développer une offre de réhabilitation psychosociale sur les territoires

(...) Rendre accessible sur l’ensemble du territoire une offre de soins de réhabilitation pour les personnes présentant des troubles mentaux sévères et persistants, ainsi que pour les personnes présentant un trouble du spectre autistique.

Action 34 : Interventions par les pairs

Mais l'argumentaire de l'action 34, p. 28, est plutôt étonnant. Il parle de renforcer les GEM (groupes d'entraides mutuelles) en direction notamment des personnes bi-polaires, sans évoquer la création de 100 GEM autisme (33 % des GEM existants, 25% des GEM prévus) prévue dans le 4ème plan.

Inclusion ... sauf pour les personnes autistes ?

Si le 4ème plan autisme « au sein des troubles neurodéveloppementaux » intègre dans sa gouvernance les associations représentant les handicaps du type déficience intellectuelle, déficience intellectuelle liée au chromosome X, épilepsie, TDA/H, troubles dys, la "stratégie de santé mentale" n'est pas du tout inclusive. Et écarte les associations représentant les personnes autistes et/ou leurs familles. Si les associations représentant les personnes autistes ou leurs familles étaient représentées dans le comité national de santé mentale, ce n'est plus le cas depuis 2017.

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