Autisme, vaccins (4/4) - Le lien du vaccin ROR à l'autisme était frauduleux

En conclusion de cette série d'articles publiée par le BMJ, un éditorial tirant les leçons de la fraude financièrement intéressée d'Andrew Wakefield.

Editorial - Wakefield’s article linking MMR vaccine and autism was fraudulent
L'article de Wakefield reliant le vaccin ROR à l'autisme était frauduleux

  1. Fiona Godlee, editor in chief,
  2. Jane Smith, deputy editor,
  3. Harvey Marcovitch, associate editor


La preuve manifeste de la falsification des données doit maintenant fermer la porte à cette peur dommageable du vaccin

«La science est à la fois la plus interrogative et . . . la plus sceptique des activités et aussi celle de la plus grande confiance ", a déclaré Arnold Relman, ancien rédacteur en chef du New England Journal of Medicine, en 1989. "Elle est extrêmement sceptique sur la possibilité d'une erreur, mais totalement confiante quant à la possibilité de fraude." Cela n'a jamais été aussi vrai que pour l'article de 1998 du Lancet qui a impliqué un lien entre le vaccin de la rougeole, des oreillons et de la rubéole (ROR) et un "nouveau syndrome" de trouble de l'autisme et de l'intestin.

Rédigé par Andrew Wakefield et 12 autres personnes, les limites scientifiques de l'article étaient claires quand il est paru en 1998. Comme la peur du vaccin qui s'en est suivi a décollé, les critiques ont rapidement fait remarquer que le document était une petite série de cas sans groupe contrôle, liés à trois conditions communes, et reliés aux souvenirs et croyances des parents. Au cours de la décennie suivante, les études épidémiologiques n'ont jamais trouvé de preuve d'un lien entre le vaccin ROR et l'autisme. Au moment où l'article a été finalement rétracté 12 ans plus tard, après une dissection médico-légale lors de l'audition la plus longue jamais faite sur une pratique au General Medical Council (GMC), peu de gens pouvaient nier que c’était voué à l'échec à la fois scientifiquement et éthiquement. Mais il a fallu le scepticisme diligent d'un homme, situé à l'extérieur de la médecine et de la science, pour montrer que l'article était en fait une fraude élaborée.

Dans une série d'articles à partir de cette semaine, et sept ans après la première recherche sur la peur du ROR, le journaliste Brian Deer montre maintenant l'ampleur de la fraude de Wakefield et la façon dont elle a été commise. S'appuyant sur des entretiens, des documents et des données rendues publiques lors des audiences du GMC, Deer montre comment Wakefield a modifié de nombreux faits au sujet des antécédents médicaux des patients afin de soutenir sa prétention d'avoir identifié un nouveau syndrome, comment son institution, la « Royal Free Hospital and Medical School » à Londres, l'a soutenu quand il cherchait à exploiter pour un gain financier la peur du ROR qui s'en est suivie, et comment les principaux acteurs ont négligé d'enquêter à fond dans l'intérêt public lorsque Deer le premier a fait part de ses préoccupations.

Deer a publié sa première enquête concernant l'article de Wakefield en 2004. Celle-ci révélait la possibilité d'une fraude dans la recherche, d'un traitement d'enfants contraire à l'éthique, et les conflits d'intérêt de Wakefield à travers sa participation à une action en justice contre les fabricants du vaccin ROR. S'appuyant sur ces constatations, le GMC a lancé sa propre procédure qui visait à déterminer si la recherche était éthique. Mais tandis que le comité de discipline examinait les dossiers médicaux des enfants en public, Deer les a comparés avec ce qui a été publié dans le Lancet. Son objectif était maintenant de savoir si la recherche était fidèle.

L'Office of Research Integrity aux États-Unis définit la fraude comme la fabrication, la falsification ou le plagiat. Deer a découvert des preuves claires de la falsification. Il a constaté que pas un seul des 12 cas rapportés dans l'article de 1998 du Lancet n’était exempt de fausses déclarations ou de retouche non révélée, et que dans aucun cas les dossiers médicaux ne pouvaient être pleinement conciliés avec les descriptions, les diagnostics, ou les histoires publiés dans le journal.

Qui a perpétré cette fraude? Il ne fait aucun doute que c’était Wakefield. Est-il possible qu'il avait tort, mais qu’il n’était pas malhonnête : qu'il était si incompétent qu'il a été incapable de décrire le dossier d’une manière acceptable, ou même de signaler l'un des 12 cas d’enfants avec précision? Non. La grande partie de la pensée et de l'effort devait étre rentrée dans la rédaction de l’article pour obtenir les résultats qu'il voulait : les anomalies conduisaient toutes dans une direction; les fausses déclarations étaient flagrantes. En outre, bien que l'importance des 217 jours de séance du GMC excluait des chefs d’accusation supplémentaires axés directement sur la fraude, le jury l’a reconnu coupable de malhonnêteté concernant les critères d'admission de l'étude, son financement par le Bureau d'aide juridique, et ses déclarations à ce sujet par la suite.

En outre, Wakefield a eu largement l'occasion soit de reproduire les résultats de l’article, soit de dire qu'il s’était trompé. Il a refusé de le faire. Il a refusé de se joindre à 10 de ses co-auteurs en rétractant l'interprétation de l’article en 2004, et a nié à plusieurs reprises avoir fait rien d’incorrect. Au lieu de cela, bien que maintenant déshonoré et dépouillé de ses certificats clinique et académique, il continue à mettre en avant son point de vue.

Pendant ce temps les dégâts pour la santé publique se poursuivent, alimentés par les reportages déséquilibrés des médias et une intervention inefficace du gouvernement, des chercheurs, des revues, et de la profession médicale. Bien que les taux de vaccination au Royaume-Uni ont légèrement repris de leur bas niveau de 80% en 2003-2004, ils sont encore en dessous du seuil de 95% recommandé par l'Organisation mondiale de la santé pour assurer l'immunité générale. En 2008, pour la première fois en 14 ans, la rougeole a été déclarée endémique en Angleterre et au Pays de Galles. Des milliers d'enfants au Royaume-Uni sont actuellement sans protection en raison de la panique, et la bataille pour restaurer la confiance des parents dans le vaccin est en cours.

L’effet de la panique sur l'incidence des oreillons reste en question. En cas d'épidémie au Royaume-Uni, aux États-Unis et aux Pays-Bas, le pic de prévalence était dans les 18-24 ans, dont 70-88% avaient été vaccinés avec au moins une dose du vaccin ROR. Toute conséquence d'une chute dans l’utilisation après 1998 ne peut se manifester que dans les cohortes d'enfants affectés ayant atteint l’adolescence. Un indice vient d'une épidémie dans une école d’Essen, en Allemagne, fréquentée par des enfants dont les parents étaient opposés à la vaccination. Sur les 71 enfants infectés par les oreillons, 68 n'avait pas été immunisés.

Mais peut-être aussi important que l'effet de la panique sur les maladies infectieuses est l'énergie, l'émotion, et l'argent qui ont été détournés au détriment des efforts déployés pour comprendre les causes réelles de l'autisme et savoir comment aider les enfants et les familles qui vivent avec.

Il y a pour beaucoup de leçons difficiles dans cette saga très dommageable. Tout d'abord, pour les coauteurs. Le jury du GMC a été clair que c'était Wakefield seul qui avait écrit la version finale de l’article. Ses co-auteurs semblent avoir eu connaissance de ce qu'il faisait sous le couvert de leur nom et de leur réputation. Comme le jury du GMC l’a entendu, ils ne savaient même pas de quel enfant il s’agissait dans le texte et les tableaux anonymisés de l’article. Toutefois, cela ne les absout pas. Bien que seulement deux (John Walker-Smith et Simon Murch) ont été accusés par le GMC, et un seul, l'auteur principal de l’article Walker-Smith, a été jugé coupable d'inconduite, ils ont tous manqué à leurs devoirs en tant qu'auteurs. La satisfaction d'ajouter à son CV ne doit jamais porter atteinte à la responsabilité de veiller à ce que personne ne soit partie pour duper par une fraude. Cela signifie que les co-auteurs devront vérifier la source de données des études plus profondément que beaucoup ne le font actuellement - ou encore de décrire dans la déclaration du contributeur de quels parties précisément de la source de données ils assument la responsabilité.

Deuxièmement, les commissions d’éthique de la recherche doivent non seulement examiner les propositions, mais avoir des systèmes pour vérifier que ce qui est fait est ce qui est permis (avec une piste de vérification pour les changements) et travailler à une procédure de gouvernance qui peut imposer des sanctions lorsqu'une publication éventuelle prouve que ce n'était pas le cas. Enfin, il y a des leçons pour le Royal Free Hospital, la revue The Lancet, et l'ensemble de la communauté scientifique. Ceux-ci seront pris en compte dans les articles à venir.

Et les autres publications de Wakefield ? À la lumière de ces nouvelles informations, leur véracité doit être interrogée. L'expérience nous apprend que l'inconduite en recherche est rarement un comportement isolé. Au fil des ans, le « BMJ » et ses revues soeurs « Gut » et « Archives of Disease in Childhood » ont publié un certain nombre d'articles, y compris les lettres et les résumés, de Wakefield et ses collègues. Nous avons écrit au vice-recteur de l'UCL, John Tooke, qui a maintenant la responsabilité de l'ancien établissement de Wakefield, pour demander une enquête sur l'ensemble de son travail afin de décider si plus d’articles doivent être rétractés.

L'article du Lancet a bien sûr été rétracté, mais pour une faute bien plus étroite que celle qui est maintenant évidente. La déclaration de retrait cite les conclusions du GMC suivant lesquelles les patients n'ont pas été adressés consécutivement et l'étude n'avait pas eu l'approbation éthique, laissant la porte ouverte pour ceux qui veulent continuer à croire que la science, si imparfaite qu'elle ait toujours été, est encore debout. Nous espérons qu’en affirmant que l’article est une fraude, cela fermera la porte pour de bon.

Articles sur la présentation de VAXXED au Parlement Européen

http://www.francetvinfo.fr/sante/politique-de-sante/la-deputee-et-le-fraudeur_2050995.html

http://www.sciencesetavenir.fr/actualite/sante/20110107.OBS5892/vaccination-et-autisme-histoire-d-un-faux.html

http://www.francetvinfo.fr/sante/soigner/il-n-y-a-pas-de-lien-entre-autisme-et-vaccination_2051265.html

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