Justice 9 : Terrorisme du loup solitaire : vulnérabilités et risques dans l'autisme

Deux articles de Clare Allely, dont "Une analyse psychologique du cheminement vers la violence intentionnelle chez les tireurs de masse, Adam Lanza et Anders Breivik"

gillberg.blogg.gu.se Traduction de "Lone Wolf Terrorism : Vulnerabilities and Risks in Autism – GILLBERG’S BLOG" par Clare Allely-17 juillet 2017

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Le terrorisme consiste à commettre des actes violents pour des raisons politiques, religieuses ou idéologiques. Traditionnellement, le terrorisme est caractérisé et compris comme un phénomène de groupe (Nesser, 2012). Relativement récemment, un nouveau type de menace terroriste est apparu : le terrorisme "loup solitaire" (Barnes, 2012). Au cours de la dernière décennie, la montée du terrorisme "loup solitaire" a créé le besoin de comprendre le cheminement de l'idéologie radicale à la violence radicale. Cette compréhension permettrait d'élaborer des stratégies d'identification plus efficaces (Buggy, 2016).

Il est extrêmement rare que des personnes atteintes de troubles du spectre autistique (TSA) soient impliquées dans le terrorisme. On ne connaît pas la fréquence à laquelle les personnes autistes sont attirées ou recrutées par des organisations terroristes. Dans une étude récente, Corner, Gill et Mason (2016) ont identifié cinq personnes autistes (3,3 %) dans leur échantillon de 153 acteurs solitaires, en solo ou en dyade, qui se livrent au terrorisme. Il est important de souligner ici qu'il n'y a pas de lien direct entre les TSA et le terrorisme. Bien qu'il n'y ait pas de preuve concluante soutenant l'idée que les personnes autistes sont plus violentes que les personnes non atteintes, il peut exister des facteurs de risque générateurs et associatifs spécifiques qui peuvent augmenter le risque de délinquance chez les personnes autistes (Im, 2016).

Toutefois, lorsqu'une personne autiste s'associe à des extrémistes ou des terroristes, Al-Attar a souligné le rôle joué par les intérêts particuliers des autistes, la fantaisie, l'obsession, le besoin de routine et de prévisibilité, les difficultés sociales et de communication, les styles cognitifs, la cohérence locale, la systématisation et le traitement sensoriel dans les voies et le modus operandi du terrorisme (Al-Attar, 2016). Ce sont aussi potentiellement les conditions que les extrémistes exploitent de plus en plus chez les individus qu'ils ciblent pour le recrutement et l'entraînement. La recherche d'un "besoin de compter" ou d'un lien social, et le soutien à une personne marginalisée ou sans amis, peuvent également constituer des facteurs de risque. Les personnes autistes peuvent être plus susceptibles d'être attirées par un engagement de plus en plus actif. En effet, les personnes autistes ont tendance à se concentrer sur leurs fascinations/intérêts au détriment d'autres attachements/intérêts de vie. Enfin, le développement d'intérêts fixes pour le terrorisme, la fabrication de bombes et/ou le martyre, lorsqu'il est associé à un désir d'établir des relations avec les autres et à une incapacité à analyser de manière critique la philosophie et les croyances d'un groupe social (et à se concentrer uniquement sur des facettes particulières en raison de difficultés de cohérence centrale), peut entraîner le recrutement ou l'utilisation par des terroristes d'une personne autiste. Il est possible que les personnes présentant cette combinaison de facteurs soient les plus vulnérables.

Je viens de publier avec mon collègue, le Dr Lino Faccini, un article dans le "Journal of Intellectual Disabilities and Offending Behaviour" (Faccini & Allely, 2017) dans lequel nous avons présenté des cas, d'individus autistes, dont l'implication dans le terrorisme était conforme au schéma de "degré de radicalisation" vers le terrorisme de Kruglanski et ses collègues (2014). Des cas ont été présentés d'individus qui sont des partisans passifs et actifs, des combattants, et un cas d'attentat suicide. Nous avons également présenté le cas d'un individu ayant le syndrome d'Asperger fortement suggéré, qui a planifié et commis une attaque complexe de loup solitaire. Nous avons présenté des informations sur des cas spécifiques afin d'illustrer comment le TSA est fonctionnellement lié à la voie qui mène à être inspiré pour agir au nom de la cause d'un terroriste, à rejoindre une organisation terroriste et à s'engager dans des attaques dirigées, ou à s'engager dans un terrorisme de loup solitaire. Notre document souligne clairement la nécessité pour les cliniciens qui effectuent des évaluations médico-légales de personnes autistes ayant commis des actes/comportements terroristes d'examiner si leur symptomatologie de TSA est fonctionnellement liée à leurs actions terroristes (Faccini & Allely, 2017). Au cas par cas, les cliniciens doivent examiner comment le diagnostic de TSA a pu se présenter comme une vulnérabilité contextuelle, et comment il est lié à la dynamique de l'infraction. Les cliniciens doivent également s'assurer que la justice, la réhabilitation et la gestion sont éclairées par une compréhension du diagnostic de TSA de la personne (Al-Attar, 2016).

La majorité des personnes autistes n'ont jamais eu affaire au système de justice pénale. Cependant, un petit sous-groupe le fait. Il est essentiel que nous explorions les vulnérabilités potentielles de ce petit sous-groupe qui pourraient les exposer à un risque accru d'être impliqués dans des crimes particuliers ou d'être recrutés par d'autres pour adopter des comportements délinquants.

L'une des principales raisons de cette évolution est de mieux comprendre les vulnérabilités de certains crimes afin de mettre en place des stratégies préventives pour protéger certaines de ces personnes. Les recherches actuelles ne montrent pas de lien direct, mais les personnes autistes peuvent être plus susceptibles de soutenir ou de s'engager dans le terrorisme. Pour ceux qui se trouvent confrontés à de telles accusations, il est impératif de mener des recherches et de comprendre comment leurs caractéristiques d'autisme peuvent avoir contribué à leur comportement (l'accusation à laquelle ils sont confrontés). Malgré la nature sensible de ces sujets, il est néanmoins crucial de poursuivre les recherches.

Lien vers Faccini, L., & Allely, C.S. (2017). Rare instances of individuals with autism supporting or engaging in terrorism. Journal of Intellectual Disabilities and Offending Behaviour, 8, 70-82.

REFERENCES

  • Al-Attar, Z. (2016). Autism & Terrorism Links–Fact or Fiction. In 15th International Conference on the Care and Treatment of Offenders with an Intellectual and/or Developmental Disability. National Autistic Society.
  • Barnes, B.D. (2012). Confronting the one-man wolf pack: Adapting law enforcement and prosecution responses to the threat of lone wolf terrorism. Boston University Law Review, 92, 1613-1662.
  • Buggy, K. (2016). Under the Radar: How might Australia enhance its policies to prevent ‘lone wolf’ and ‘fixated person’ violent attacks? Indo-Pacific Strategic Papers. Available from: http://www.defence.gov.au/ADC/Publications/IndoPac/Buggy_IPSP_Final.pdf
  • Corner, E., Gill, P., & Mason, O. (2015). Mental health disorders and the terrorist: A research note probing selection effects and disorder prevalence. Studies in Conflict and Terrorism, 39, 560-568.
  • Faccini, L., & Allely, C.S. (2017). Rare instances of individuals with autism supporting or engaging in terrorism. Journal of Intellectual Disabilities and Offending Behaviour, 8, 70-82.
  • Im, D. S. (2016). Trauma as a Contributor to Violence in Autism Spectrum Disorder. The Journal of the American Academy of Psychiatry and the Law, 44m 184-192.
  • Kruglanski, A. W., Gelfand, M. J., Bélanger, J. J., Sheveland, A., Hetiarachchi, M., & Gunaratna, R. (2014). The psychology of radicalization and deradicalization: How significance quest impacts violent extremism. Political Psychology, 35, 69-93.
  • Nesser, P. (2012). Research note: single actor terrorism: scope, characteristics and explanations. Perspectives on Terrorism, 6, 61-73.

gillbergcentre.gu.se Traduction de "A Psychological Analysis of the Pathway to Intended Violence in Mass Shooters, Adam Lanza and Anders Breivik" par la chercheuse GNC Clare Allely 02 mars 2017 

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Une analyse psychologique du cheminement vers la violence intentionnelle chez les tireurs de masse, Adam Lanza et Anders Breivik

L'année dernière, j'étais la chercheuse principale d'une équipe qui a recherché la présence de troubles du spectre autistique (TSA) dans un échantillon de 75 tueurs de masse sélectionnés par "Mother Jones" (une organisation de presse à but non lucratif et soutenue par des lecteurs qui a fait la sélection afin d'éviter les biais potentiels inhérents à la sélection des tueurs par nous-mêmes). Nous avons trouvé six cas - soit 8 % du nombre total de tueurs en série dans l'échantillon - qui avaient reçu un diagnostic d'autisme ou dont la famille et les amis soupçonnaient qu'ils étaient atteints d'un TSA. Bien que ce taux soit environ huit fois plus élevé que le taux de TSA dans la population générale, les résultats ne suggèrent pas que les personnes autistes soient plus susceptibles de devenir des tueurs de masse. Les TSA peuvent influencer, mais ne provoquent pas, la commission d'actes extrêmement violents tels qu'un épisode de fusillade de masse (Allely, Wilson, Minnis, Thompson, Yaksic et Gillberg, 2016). Ce que nous avons décrit jusqu'à présent dans un très petit sous-groupe d'individus autistes a récemment été mis en évidence par Faccini (2016) dans son article théorique où il a appliqué deux modèles différents afin de tenter de comprendre la violence de masse visée dans le cas du tueur de masse Adam Lanza qui a été diagnostiqué autiste. Les trois facteurs que sont les troubles autistiques, la psychopathologie et le développement psychosocial déficient ont été adaptés pour inclure le "chemin vers la violence intentionnelle", afin de comprendre le chemin possible vers le meurtre de masse dans un très petit sous-groupe de personnes autistes.

Anders Breivik Anders Breivik
L'année dernière, j'ai fait équipe avec le Dr Lino Faccini, un psychologue basé aux États-Unis, pour appliquer ce modèle de cheminement vers la violence afin de comprendre le cheminement vers la violence intentionnelle dans le cas d'Anders Breivik (Faccini & Allely, 2016). Le 22 juillet 2011, ce Norvégien de 32 ans a posé une bombe sur des bâtiments gouvernementaux à Oslo, puis s'est livré à une fusillade sur l'île d'Utøya, tuant 77 personnes. Pourquoi Breivik a-t-il tué ? Après avoir étudié les évaluations détaillées du terroriste d'extrême droite, ainsi que le manifeste que Breivik a lui-même publié, nous avons découvert qu'une condition connue sous le nom de "décompensation narcissique" pourrait être à l'origine de sa conviction qu'il menait une guerre personnelle et politique. Dans notre article, publié l'année dernière dans la revue "Aggression and Violent Behavior", nous avons souligné qu'à l'âge de 27 ans, les expériences de vie d'Anders Breivik jusqu'à ce point ont abouti à des tentatives infructueuses pour obtenir des positions de statut et de pouvoir, l'acceptation et l'admiration des autres. Ensuite, à 27 ans, Breivik retourne vivre chez sa mère et connaît une "décompensation narcissique". Une décompensation narcissique peut se produire lorsqu'une personne souffrant d'un trouble de la personnalité narcissique (TPN) traverse des crises importantes et subit des blessures majeures à l'estime de soi. La décompensation narcissique peut consister en une dépression marquée par un retard psychomoteur, des troubles du sommeil, une persévérance dans la parole ou les écrits, la poursuite d'une dépendance et l'expression d'un sentiment d'indignation. En conséquence, la personne s'isole en raison de la dure réalité qu'elle ne jouit pas d'un grand pouvoir ou d'un grand prestige et peut se tourner vers elle-même pour nourrir sa propre grandeur en lui fournissant son propre sentiment d'adoration et d'attention.

Compte tenu de la prévalence plus élevée des traits narcissiques ou des TPN chez les tueurs de masse (par exemple, Bondü & Scheithauer, 2014) et de la prévalence présumée plus élevée des TSA chez les tueurs de masse (Allely et al., 2016), il peut être important d'étudier le chevauchement entre ces deux troubles/traits chez les tueurs de masse. Il est possible que la cooccurrence des TSA et du narcissisme soit une combinaison particulièrement "explosive", une combinaison qui rend une personne autiste plus à risque d'adopter un comportement extrêmement violent. Cependant, il est important d'avertir ici que les traits narcissiques ne sont pas une condition nécessaire pour motiver une fusillade. De même, le simple fait d'avoir un diagnostic de TSA combiné à un TPN ne propulsera pas nécessairement un individu sur le chemin de la violence intentionnelle. Nous soulignons qu'il existe d'autres facteurs supplémentaires qui sont nécessaires, tels que les facteurs de stress psychosocial, les facteurs négatifs de l'enfance, etc.

Le chemin vers la violence - et les facteurs qui poussent certains à devenir des tueurs de masse - nécessitent une enquête urgente et détaillée. Si nous pouvons identifier des modèles de comportement précoces qui peuvent être reconnus et signalés, nous pourrions potentiellement prévoir les individus qui courent un risque accru de commettre des actes extrêmement violents.

Références :

  • Allely, C. S., Wilson, P., Minnis, H., Thompson, L Yaksic, E., & Gillberg, C. (2016). Violence is rare in autism: when it does occur, it is sometimes extreme? Journal of Psychology, 151, 49-68.
  • Bondü, R., & Scheithauer, H. (2014). Narcissistic symptoms in German school shooters. International Journal of Offender Therapy and Comparative Criminology, 59, 1520–1535.
  • Faccini, L., & Allely, C. S. (2016). Mass violence in individuals with autism and Narcissistic Personality Disorder: A case analysis of Anders Breivik using the “Path to Intended and Terroristic Violence” model. Aggression and Violent Behavior, 31, 229-236.
  • Faccini, L. (2016). The application of the models of autism, psychopathology and deficient Eriksonian development and the path of intended violence to understand the Newtown shooting. Archives of Forensic Psychology, 1, 1–13.

A voir : Wikipedia - Violence dans l'autisme

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