Un coup double immunitaire met au défi la résistance des souris femelles à l’autisme

Les souris femelles sont moins vulnérables que les mâles aux atteintes de l’environnement pendant leur développement.

Par Bahar Gholipour / 23 Octobre 2019

Icarus © Luna TMG Icarus © Luna TMG

A l’état de foetus, les souris femelles peuvent résister à un anticorps maternel qui déclenche des anomalies et des comportements identiques à l’autisme chez les mâles. Mais lorsqu’une seconde molécule est ajoutée au mélange, les femelles aussi commencent à montrer des difficultés.

Ces résultats sont conformes à l’idée selon laquelle les femelles sont plus résilientes que les mâles par rapport aux atteintes environnementales pendant le développement cérébral – ce qui peut fournir une explication sur le fait que les garçons sont plus vulnérables à l’autisme (article traduit ici) que ne le sont les filles. (Quatre garçons reçoivent un diagnostic d’autisme pour chaque fille).

Nous supposons qu’une deuxième inflammation dans la grossesse force en quelque sorte les choses pour les femelles », déclare Ciara Bagnall-Moreau, stagiaire postdoctorale au labo de Lior Brimberg au Feinstein Institute for Medical Research à Manhasset, New York.

Ciara Bagnall-Moreau a présenté ces résultats inédits aujourd’hui à la Convention annuelle 2019 de la Société pour les Neurosciences à Chicago, dans l’Illinois.

Les preuves abondent pour relier les facteurs immunitaires chez les femmes à des risques accrus d’autisme chez leurs enfants. Les collègues de Ciara Bagnall-Moreau ont constaté qu’environ 10% des femmes qui ont un enfant autiste ont des anticorps dans leur sang qui attaquent les protéines du cerveau. Une de ces protéines, la CASPR2, est encodée par le gène de l’autisme CNTNAP2. Les femmes sont elles-mêmes préservées de ces anticorps, grâce à la barrière hémato-encéphalique, mais les anticorps peuvent traverser le placenta et atteindre le cerveau du fœtus.

Le sexe fausse tout

Dans le cadre d’une étude de 2016, l’équipe a injecté à des souris enceintes des anticorps CASPR2 isolés du sang des femelles. Les petits mâles de la portée montraient des modifications dans leur structure cérébrale, comme un cortex fin. En outre, les petits n’étaient pas intéressés par les nouvelles souris, et ils se livraient à des comportements répétitifs – tels que nettoyer et enterrer des billes de manière frénétique.

Le cerveau et le comportement des petites femelles ne paraissaient pas autant touchés, même si les filles nées des mères auxquelles on avait injecté les anticorps CASPR2 donnaient l’impression de courir plus de risques d’être diagnostiquées autistes.

Dans cette nouvelle étude, l’équipe a cherché à comprendre si des facteurs immunitaires supplémentaires avaient une incidence.

Cette fois-ci, ils ont injecté à des souris, à qui on avait implanté les anticorps CASPR2, la molécule immunitaire interleukine-6, qui reproduit une réaction immunitaire maternelle à l’infection.

Près d’une sur trois des petites femelles a présenté des malformations graves au niveau du cerveau, ont constaté les chercheurs.

On voit apparaître des protubérances dans le cortex, comme si les couches corticales trempaient ensemble, toutes mélangées, » raconte Ciara Bagnall-Moreau. « Nous nous sommes dit : « Est-ce que ça s’est fait en les manipulant ? Est-ce que nous avons perforé leurs cerveaux avec le forceps en les attrapant ? »

Ces résultats ont incité les chercheurs à examiner les souris femelles de manière plus approfondie.

“Cela nous a vraiment secoués », déclare Ciara Bagnall-Moreau. « Cela montre que dans le groupe des femelles, là où nous n’avions pas de comportement qui indique l’existence d’un problème, il nous faut chercher plus loin. »

Son équipe projette d’étudier les parties du cerveau qui se trouvent affectées, et de rechercher si des tests plus sensibles pourraient mettre en évidence des comportements autistiques chez les petites femelles.

 Source : https://www.spectrumnews.org/news/double-immune-hit-challenges-female-mices-resistance-to-autism/ Traduction lulamae

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