La douleur, l’impulsivité peuvent contribuer à l’auto-mutilation dans l’autisme

L'auto-mutilation ne résulterait pas seulement d'un comportement acquis afin d'aboutir à un résultat, mais aussi des douleurs supportées et de l'impulsivité.

par Nicolette Zeliadt

8 mars 2017

Pain, impulsivity may motivate self-harm in autism

La cicatrice © Luna TMG La cicatrice © Luna TMG

Une nouvelle étude1 suggère que les personnes avec autisme qui souffrent de troubles digestifs douloureux ou de difficultés à contrôler leurs propres pulsions sont particulièrement sujets à se blesser eux-mêmes.

Jusqu’à la moitié des personnes avec autisme se frappent, se mordent ou se griffent. Une théorie principale remontant aux années 90 suggère que quelques enfants apprennent inconsciemment à s’auto-mutiler par l’expérience. Par exemple, un enfant pourrait découvrir que l’auto-mutilation est un moyen efficace pour obtenir l’extinction d’une lampe ou la coupure d’un son qu’il trouve agressifs, ou pour attirer l’attention de ses parents.

La nouvelle étude suggère que l’auto-mutilation est non seulement un comportement acquis, mais qu’il est parfois involontaire.

«  Le comportement n’est peut-être pas entièrement en leur contrôle,  » dit la chercheur principale, Caroline Richards, psychologue clinicienne à l’Université de Birmingham, au Royaume Uni. L’étude suggère que la douleur peut être un déclencheur de ce comportement involontaire.

Les conclusions indiquent des stratégies pour le traitement et la prévention de l’auto-mutilation chez les enfants avec autisme. Par exemple, des médicaments pour atténuer la douleur ou une formation pour améliorer le contrôle des pulsions pourrait aider à diminuer l’auto-mutilation chez les personnes avec autisme.

«  C’est une affection qui a été très réfractaire aux traitements, et elle est très éprouvante pour les familles,  » dit James Bodfish, professeur de psychiatrie et de sciences du comportement à l’Université Vanderbilt de Nashville, au Tennessee, qui n’a pas participé à l’étude. «  Ici, le véritable engouement est que cela nous offre de nouvelles pistes pour un traitement potentiel.  »

Une influence douloureuse

Richards et son équipe ont collecté des données sur l’auto-mutilation et d’autres comportements chez 208 enfants et 216 adultes avec autisme. Les participants étaient âgés de 6 à 61 ans et vont dans les écoles ou bénéficient de services de la National Autistic Society, au Royaume Uni.

Les soignants et les enseignants ont complété trois questionnaires, qui évaluaient les niveaux de capacité et d’activité pour : l’auto-mutilation, l’impulsivité, le contrôle de soi, les soins personnels. Les questionnaires sondaient aussi les problèmes de santé, comme les infections de l’oreille, les affections cutanées, les problèmes gastriques ou dentaires.

Les chercheurs ont trouvé que presque la moitié des enfants et des adultes avec autisme s’infligent une auto-mutilation. Ces chiffres sont en ligne avec d’autres estimations publiés ces dix dernières années2.

Des affections cutanées douloureuses comme l’eczéma, des problèmes gastriques comme le reflux, et de hauts niveaux d’hyperactivité et de comportements impulsifs sont tous associés à l’auto-mutilation. Les analyses statistiques ont confirmé que les personnes présentant un de ces éléments sont plus susceptibles de s’auto-mutiler que ceux ne les présentant pas.

Ensemble, ces facteurs peuvent représenter une «  tempête parfaite  » pour faire émerger l’auto-mutilation, dit Jill Fodstad, professeur assistant de psychologie clinique à l’Université Indiana, Indianapolis, qui n’a pas participé à l’étude. «  Si vous avez des problèmes de santé qui vous causent de la douleur et un inconfort, et un faible niveau [de contrôle de vos pulsions], alors on comprend pourquoi l’auto-mutilation va survenir.  »

Les conclusions rejoignent celles d’une autre étude, publiée le 12 février dans Autism. Cette étude a montré que les enfants avec autisme ayant des problèmes gastro-intestinaux sont presque deux fois plus susceptibles de rencontrer des difficultés de sommeil ou de comportement que d’autres enfants avec autisme3.

Faire preuve de retenue

L’étude de Richards a aussi révélé que plus de 40% des enfants et des adultes avec autisme pratiquent le ’self-contrôle’ - se raccrochant à eux-mêmes, à d’autres personnes ou à des objets. Paradoxalement, les personnes avec autisme qui s’infligent des blessures sont plus susceptibles de faire preuve de ‘self-contrôle’ que d’autres avec autisme.

Ces résultats contredisent la théorie principale des années 90 qui suggérait que les personnes s’infligeaient des blessures pour attirer l’attention. «  Si c’est le cas, vous ne voudriez ou n’auriez jamais besoin de bloquer le comportement,  » dit Richards. Au lieu de ça, ils pourraient chercher à s’empêcher de blesser leur corps. Les conclusions suggèrent que l’automutilation n’est pas entièrement sous leur contrôle, dit-elle.

Une limitation de l’étude est que l’équipe de Fodstad (Richards ?) n’a pas mesuré l’intelligence. La déficience intellectuelle est un facteur de risque pour l’automutilation indépendant de l’autisme, dit Bodfish. «  Un véritable atout ici, est que c’est une étude vaste, mais la faiblesse est qu’ils n’ont pas pu faire tant de choses dans une enquête,  » dit-il.

La prochaine étape, dit Richards, sera de comparer les compétences cognitives et le contrôle des pulsions chez les enfants avec autisme qui s’infligent des blessures.

––––––––––––––––––––––––––––––––

1 Richards C. et al. J. Autism Dev. Disord. Epub ahead of print (2017)

2 Richards C. et al. J. Intellect. Disable. Res. 56, 476-489 (2012)

3 McCue L.M. et al. Autism Epub ahead of print (2017)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.