Un adulte autiste sur cinq est susceptible de souffrir d’un trouble anxieux

Trouble mis sous silence : l’anxiété des personnes autistes est souvent non-diagnostiquée.

Traduction par Curoiuser de "One in five autistic adults may have an anxiety disorder"

Par JACLYN JEFFREY-WILENSKY / 21 novembre 2019

Une nouvelle étude1 suggère que, par rapport aux adultes typiques, les personnes autistes sont au moins deux fois plus susceptibles de recevoir un diagnostic de trouble anxieux. Leurs frères et sœurs non autistes ont également plus de probabilités, par rapport à la population générale, d’être diagnostiqués avec un trouble anxieux.

C’est une des plus vastes études examinant la prévalence de l’anxiété chez les adultes autistes. Et contrairement à bien des études faites plus tôt, elle prête attention à des troubles anxieux spécifiques, tels que le trouble de stress post-traumatique et le trouble panique2, 3.

On sait peu de choses sur la prévalence de ces troubles chez les adultes autistes, indique Dheeraj Rai, expert-conseil et maître de conférences au département de psychiatrie à l’université de Bristol, au Royaume-Uni. «  Nous sommes encore très loin du compte en ce qui concerne la façon dont nous mesurons [l’anxiété] chez les adultes autistes.  »

Cette nouvelle étude souligne également la nécessité pour les cliniciens et le personnel soignant d’opérer un suivi de l’anxiété chez les adultes autistes.

«  Quiconque travaillant avec des personnes autistes devrait se montrer particulièrement attentif à la question de l’anxiété  », déclare Mikle South, professeur de psychologie et de neurosciences à l’Université Brigham Young de Provo, dans l’Utah, qui n'a pas participé à ces travaux.

Troubles anxieux Troubles anxieux

Forte anxiété

Rai et ses collègues ont étudié les dossiers de santé de personnes âgées de 18 à 27 ans au sein de la cohorte de jeunes de Stockholm. Sur les 221  694 personnes qu’ils ont suivies, 4  049 avaient un diagnostic d’autisme.

L'équipe a croisé les données des dossiers de santé avec celles concernant les personnes ayant reçu un diagnostic psychiatrique, afin d’identifier les adultes souffrant de troubles anxieux.

Ils ont constaté que 20% des adultes autistes avaient un trouble anxieux, contre moins de 9% des adultes typiques. Près de 3,5 % des adultes autistes présentaient un trouble obsessionnel compulsif et environ 3 % une phobie sociale, alors que ce pourcentage est d'environ 0,5 % pour chaque trouble chez les personnes témoins. Cette recherche est parue en octobre dans le Journal de l’autisme et des troubles du développement (Journal of Autism and Developmental Disorders).

Les experts affirment que ces écarts pourraient en réalité être bien plus importants car l’anxiété est souvent non identifiée chez les personnes autistes.

«  La plupart des outils utilisés pour évaluer et diagnostiquer l’anxiété ont été développés sur des populations neurotypiques, ce qui conduit le reste d’entre nous à se demander dans quelle mesure ils sont fiables et valables pour les autistes  », indique John Herrington, professeur adjoint de pédopsychiatrie à l'Université de Pennsylvanie, qui n’a pas participé à cette recherche

Des facteurs familiaux

Selon les chercheurs, le fait que les adultes autistes aient des frères et sœurs non-autistes présentant des risques plus élevés de souffrir d’anxiété par rapport à la population générale suggère que les gènes ou des facteurs environnementaux communs pourraient contribuer au recoupement de ces deux troubles.

Les diagnostics de troubles anxieux sont plus fréquents chez les adultes autistes sans déficience intellectuelle ou à haut potentiel. Cela pourrait s’expliquer par le fait qu’il est particulièrement difficile de diagnostiquer l’anxiété chez les adultes présentant une déficience intellectuelle, et susceptibles d’avoir un faible niveau verbal.

«  Être capable de diagnostiquer l’anxiété nécessite que la personne vous en parle  », indique South. «  Si le langage est limité, la capacité à rendre compte de l’anxiété sera vraiment moindre.  »

Ces nouveaux résultats coïncident avec ceux d’une précédente étude menée sur la cohorte des Suédois, dans laquelle la même équipe a constaté que les risques de dépression étaient plus élevés chez les adultes autistes sans déficience intellectuelle ou à haut potentiel que chez ceux présentant une intelligence inférieure à la moyenne.

La prochaine étape, aux dires des chercheurs, est de comprendre pourquoi l’anxiété est si répandue chez les personnes autistes, et de trouver de meilleures méthodes d’évaluation et de traitement.

Références :

  1. Nimmo-Smith V. et al. J. Autism Dev. Disord. Epub ahead of print (2019) PubMed
  2. Mazefsky C.A. et al. Autism Res. 1, 193-197 (2008) PubMed
  3. Russell A.J. et al. Autism 20, 623-627 (2016) PubMed

La traduction a déjà été publiée par Phan Tom. Il y a en plus le graphique traduit par Curiouser.

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