Mélatonine - Est-il sûr de prendre de la mélatonine pour le décalage horaire ?

Le nombre d’Américains recourant à ce supplément a doublé en cinq ans - mais il est controversé et n’est pas disponible en vente libre au Royaume Uni. Alors, est-ce que ça marche ? Un article du Guardian (30 janvier 2017)

En complément de Mélatonine - Remboursement ou non pour les personnes autistes  et de  Mélatonine - La prison circadienne - Michelle Dawson

Est-ce que c'est sûr de prendre de la mélatonine pour le décalage horaire ?

Nic Fleming - 30 janvier 2017 - The Guardian

Le nombre d’Américains recourant à ce supplément a doublé en cinq ans - mais il est controversé et n’est pas disponible en vente libre au Royaume Uni. Alors, est-ce que ça marche ?

Le décalage horaire peut être bien plus qu’un inconvénient pour les voyageurs sur de longues distances. Arriver à une destination lointaine, où l’heure ne correspond plus à votre horloge corporelle interne, peut causer l’insomnie, la léthargie et une vigilance réduite. Ce qui est loin d’être l’idéal si vous devez présenter une conférence importante ou tenter de conclure un gros contrat.

Il est peu surprenant alors qu’un nombre de plus en plus important de personnes prennent des pilules pour contrer les effets du décalage horaire. Une étude gouvernementale publiée l’année dernière a découvert que 3,1 millions d’Américains (1,3% de la population) prennent des suppléments de mélatonine pour le décalage horaire et d’autres difficultés de sommeil. Son usage a plus que doublé aux États-Unis d’Amérique entre 2007 et 2012.

L’usage de la mélatonine est moins courant au Royaume Uni, où elle n’est autorisée que dans une forme à diffusion lente pour le traitement de troubles du sommeil aux personnes âgées de 55 ans ou plus, et ne peut être achetée sans ordonnance. Ces suppléments sont parfois prescrits hors-indications à des enfants ayant des problèmes de sommeil associés à des maladies, dont les troubles d’hyperactivité avec déficit de l’attention (TDAH) et l’autisme.

Les Britanniques qui voyagent fréquemment sur de longues distances disent faire le plein de mélatonine aux États-Unis et au Canada, où il est possible d’en acquérir comme supplément nutritionnel sans devoir consulter un médecin. D’autres, dont les travailleurs postés qui ont besoin d’aide pour s’endormir dans la journée, obtiennent leurs suppléments sur des pharmacies en ligne.

Tout cela entraîne un certain nombre de questions : est-ce que la mélatonine marche ? Est-elle sûre ? Et, si oui, comment doit-on la prendre ?

La première chose à connaître au sujet de la mélatonine est qu’elle est une hormone fabriquée par une glande de la taille d’un petit pois, profondément située dans le cerveau, la glande pinéale. Sa production est activée par l’obscurité et inhibée par la lumière.

Les scientifiques sont désireux de corriger une erreur fréquemment répétée. « La mélatonine n’est catégoriquement pas une hormone du sommeil, » affirme Russell Foster, professeur de neurosciences circadiennes à l’université d’Oxford. « C’est un marqueur biologique de l’obscurité. » Chez les hommes et d’autres animaux diurnes, la diffusion de mélatonine dans le sang aide à la préparation du corps au sommeil. Chez les animaux nocturnes, toutefois, elle peut signaler l’heure du petit-déjeuner. La durée de la diffusion de la mélatonine aide aussi l’animal à suivre les saisons, en disant au chevreuil quand développer son manteau d’hiver ou trouver un partenaire d’accouplement, par exemple.

La mélatonine a d’abord été recueillie depuis les glandes pinéales de bovins, comme traitement potentiel de maladies de peau, dans les années 50, avant d’être produite synthétiquement dans les années 90.

Les scientifiques sont divisés sur l’efficacité des suppléments de mélatonine pour contrer les problèmes de sommeil, et le tableau a été obscurci par une controverse sur les dosages. Les chercheurs du MIT à Cambridge, Massachusetts, qui ont breveté à l’origine la mélatonine synthétique comme une aide au sommeil, en 1995, ont signalé que la dose idéale se situe entre 0,3 mg et 1mg, et ont argué qu’un usage prolongé de doses plus importantes peut modifier la réponse du corps à l’hormone, déstabilisant potentiellement le sommeil. En 2013, une analyse combinée de 19 études antérieures a découvert que les personnes avec de graves problèmes d’insomnie s’endorment en moyenne sept minutes plus tôt et dorment huit minutes de plus quand on leur administre de la mélatonine plutôt que des placebos.

Il n’existe pas de consensus scientifique sur la façon spécifique dont la mélatonine pourrait faire survenir le sommeil plus rapidement, mais quelques chercheurs pensent qu’elle le provoque, au moins partiellement, en dilatant les vaisseaux sanguins proches de la peau, ce qui entraîne une baisse de la température.

« La mélatonine a un effet soporifique passager qui peut amener les personnes à s’endormir un peu plus tôt, » dit Debra Skene, professeur de neuroendocrinologie à l’université du Surrey. « Nous avons démontré dans des essais, comme l’ont fait d’autres groupes, qu’en abaissant la température de votre corps, on peut vous rendre un peu plus somnolent. »

Skene est partagée sur l’usage de mélatonine pour traiter l’insomnie, disant qu’elle peut faire venir le sommeil plus rapidement, mais pas tant que ça. Ayant étudié le système circadien pendant plus de vingt-cinq ans, toutefois, elle croit qu’elle peut être utilisée pour aider au réalignement de l’horloge interne du corps avec le cycle jour/nuit de la Terre, quand ils sont désynchronisés.

Même quand ils sont privés d’indications externes sur le temps, les humains maintiennent un cycle veille/sommeil qui dure, en moyenne, un peu plus de vingt-quatre heures. Skene et ses collègues ont montré par des tests avec des personnes aveugles comment la mélatonine peut aider à réinitialiser l’horloge corporelle interne pour l’empêcher de se désynchroniser du cycle de vingt-quatre heures terrestre. « Nous savons que la mélatonine peut être utilisée pour modifier l’horloge corporelle, » ajoute Skene. « Si vous êtes affectés par un trouble qui implique une horloge interne anormale, comme avec le travail posté, le décalage horaire, et dans certains cas d’aveuglement, alors la mélatonine peut être potentiellement utile. »

Skene note, toutefois, que les travailleurs postés qui essaient d’utiliser la mélatonine pour dormir pendant la journée peuvent avoir des difficultés à trouver le bon moment pour la prise, et avertit qu’elle peut augmenter la somnolence pour les personnes qui conduisent après la prise.

Une étude Cochrane de 2002, la référence absolue en matière de preuves dans le domaine de la santé, a découvert que la mélatonine peut être efficace contre le décalage horaire. L’analyse de dix études antérieures a découvert que les personnes traversant cinq ou plus fuseaux horaires et prenant de la mélatonine avant le coucher, à leur destination, présentaient des symptômes moins sévères que celles prenant des placebos. Les personnes voyageant vers l’Est, traversant plus de fuseaux horaires et prenant des doses plus fortes, proches de 5 mg, ont obtenu les meilleures retombées. Toutefois, les auteurs avertissent de possibles effets secondaires dangereux pour les personnes épileptiques et celles prenant le médicament anticoagulant du sang Warfarin.

Foster n’encourage pas l’usage de mélatonine pour le décalage horaire, l’ayant pratiquée plusieurs fois après des vols de Londres vers l’Australie. « Il est difficile de savoir quand la prendre, et à moins de connaître précisément où en est votre horloge interne, il y a un risque de la modifier dans la mauvaise direction. » À la place, il utilise des modifications de l’exposition à la lumière, recherchant la lumière quand il vole vers l’Ouest et, quand il vole vers l’Est, évitant la lumière matinale et recherchant la lumière de l’après-midi pendant les premiers jours suivant son arrivée.

Les scientifiques notent aussi que la mélatonine achetée sous la forme d’un supplément nutritionnel n’est pas sujette aux mêmes standards stricts que les médicaments prescrits, et qu’il peut être difficile d’être certain du contenu des médicaments achetés en ligne.


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