Autisme : variations héréditaires partagées avec d’autres conditions psychiatriques

Des variations liées à plusieurs conditions, comprenant l’autisme, tendent à apparaître dans les gènes qui ont un effet sur le développement du cerveau.

Des variations héréditaires peut-être partagées entre l’autisme et d’autres conditions psychiatriques

De Nicholette Zeliadt / 13 Janvier 2020

Traduction par Sarah de "Autism may share inherited variants with other psychiatric conditions"

 

Trame génétique : des variations liées à plusieurs conditions, comprenant l’autisme, tendent à apparaître dans les gènes qui ont un effet sur le développement du cerveau. Trame génétique : des variations liées à plusieurs conditions, comprenant l’autisme, tendent à apparaître dans les gènes qui ont un effet sur le développement du cerveau.
Un certain nombre des variations héréditaires jouant un rôle dans l’autisme augmentent aussi le risque de présence d’autres troubles, comme la schizophrénie, le trouble bipolaire, la dépression et le trouble de l’attention avec hyperactivité (TDAH), comme en témoigne une nouvelle étude. (1)

Ces résultats sont issus d’une démarche internationale du nom de Psychiatric Genomics Consortium (Consortium de Génomique Psychiatrique), qui coordonne plus de 800 scientifiques.

« Ces troubles, que nous considérons très différents cliniquement, pourraient être reliés au niveau de leur base génétique », explique le chercheur principal Jordan Smoller, directeur associé de la recherche en psychiatrie à l’Hôpital Général du Massachusetts à Boston.

Jordan Smoller et ses collègues ont analysé des données provenant de 727 126 personnes, dont un tiers environ avaient une ou plus des huit conditions psychiatriques. L’équipe a concentré son attention sur ce qu’on appelle les variations courantes – des changements d’une seule lettre dans l’ADN qui apparaissent chez 1% ou plus de la population.

L’équipe a relié 146 variations à au moins une condition, et la plupart à de multiples conditions. Les variations dans le dernier groupe tendent à affecter des gènes qui sont fortement exprimés tout au long de la vie, à partir du second trimestre du développement du foetus, et qui peuvent être essentiels dans le développement du cerveau.

De plus en plus, le tableau qui se dessine est que de multiples [variations] sont associées avec, par exemple, une fragilité psychiatrique qui n’est pas caractéristique d’un trouble en particulier”, declare Tinca Polderman, professeure assistante de la génétique des caractères complexes à la Vrije Universiteit à Amsterdam, aux Pays Bas, qui n’a pas participé à l’étude. “Que cela se transforme en autisme [ou en autre chose] aura plutôt à voir avec d’autres facteurs.”

Zones de chevauchement :

Jordan Smoller et ses collègues ont analysé les données génétiques de 232 964 personnes ayant des ancêtres européens, qui avaient reçu le diagnostic d’une ou de plusieurs des huit conditions, parmi lesquelles 18 381 personnes ayant reçu un diagnostic d’autisme. Leurs résultats se sont fondés sur une analyse de 2013 sur les données de personnes qui avaient une des cinq conditions. Cette étude a constaté de fortes corrélations entre la schizophrénie et le trouble bipolaire.

Dans le cadre de cette nouvelle étude, les chercheurs ont scanné près de 6,8 millions d’emplacements du génome, pour rechercher les variations qui se produisent plus fréquemment chez les personnes avec une condition particulière que chez les sujets contrôles. Ils ont porté leurs recherches sur les conditions par paires, pour observer des similitudes dans leurs influences génétiques.

L’autisme s’est avéré avoir la plus forte corrélation avec la dépression. On constate également des liens forts avec le TDAH et la schizophrénie, et des liens plus faibles avec le trouble bipolaire.

Dans l’ensemble, les points communs qu’ils ont observés sont ce à quoi on pourrait s’attendre, hormis l’association très marquée entre la dépression majeure et l’autisme”, complète Lucia Peixoto, professeure assistante de sciences bio-médicales à l’Université de l’Etat de Washington à Spokane, qui n’a pas participé à l’étude. Les autistes ont souvent un diagnostic de dépression à l’âge adulte, ajoute-t-elle, mais la cause est encore un sujet de débat dans le domaine.

Une analyse statistique sur le chevauchement entre toutes les huit conditions indique qu’elles se répartissent en trois catégories, selon le degré auquel elles sont génétiquement reliées. L’autisme occupe un groupe de conditions qui se manifestent précocement, tout comme le TDAH et le syndrome de Tourette ; la dépression occupe un second groupe de troubles de l’humeur et psychotiques ; enfin, un troisième groupe comprend des conditions caractérisées par des comportements compulsifs : trouble obsessionnel-compulsif, anorexie et syndrome de Tourette. Ces résultats sont parus en décembre dans la revue Cell.

Emplacements influents :

Les chercheurs ont identifié 109 variations qui ont une influence sur au moins deux conditions : 36% d’entre elles ont des liens forts avec l’autisme.

Une variation est liée à l’ensemble des huit conditions. Elle est située près d’un gène appelé DCC, qui dirige la croissance des projections des neurones pendant le développement du foetus.

Une autre variation présente des liens avec toutes les conditions sauf l’anorexie. Elle apparaît dans le RBFOX1, un gène dont les liens avec l’autisme sont connus.

L’équipe a repéré 11 autres variations qui augmentent les risques pour une condition, tout en protégeant d’une autre ; deux d’entre elles ont des incidences hétérogènes pour l’autisme et la schizophrénie. “Même dans le cas de troubles qui sont fortement corrélés d’un point de vue génétique, nous avons pourtant constaté des exemples où des variations individuelles avaient des effets opposés”, signale Jordan Smoller.

Les variations liées à des conditions multiples tendent à se situer dans ou auprès de gènes impliqués dans le développement du cerveau et des neurones. Un grand nombre d’entre eux s’activent durant le second trimestre de grossesse. 37 autres variations qui sont liées à une seule condition – le plus souvent la schizophrénie – présentent un pic d’expression dans le premier trimestre.

Selon Jordan Smoller, le consortium continue de rassembler des données et envisage de rechercher la raison pour laquelle certains gènes sont liés à des conditions multiples, alors que d’autres sont plus spécifiques.

Références :

  1. Lee P.H. et al. Cell 179, 1469-1482 (2019) PubMed

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