Editorial de la lettre de l'arapi - été 2016 - René Cassou de Saint Mathurin

Le président actuel de l'arapi, René Cassou de Saint Mathurin, réagit :"Depuis quelques semaines, des communiqués ont circulé où des psychiatres exprimaient leur sentiment de ne pas être reconnus dans leur travail auprès des personnes avec autisme et revendiquaient leur place. En tant que psychiatre, ces prises de positions m'interrogent" . L'arapi regroupe professionnels et personnes concernées.

Association pour la Recherche sur l'Autisme et la Prévention des Inadaptations  - arapi

éditorial

Depuis quelques semaines, des communiqués ont circulé où des psychiatres exprimaient leur sentiment de ne pas être reconnus dans leur travail auprès des personnes avec autisme et revendiquaient leur place. En tant que psychiatre, ces prises de positions m'interrogent : pourquoi revendiquer une place où leur travail est indispensable ? Après tout, les psychiatres sont les spécialistes d'un organe, le cerveau, et de son rôle dans la vie affective, relationnelle, sociale et dans l'activité intellectuelle. Ces dimensions sont à l'évidence altérées dans les troubles du spectre de l'autisme (TSA ) et il semble absurde de se passer de leur expertise. La recherche nous montre également que les TSA sont associés à d'autres troubles (déficience intellectuelle, TDAH , autres troubles psychiatriques...) pour lesquels leur intervention est utile, sinon indispensable, comme celle de tous les autres spécialistes dont l'action va contribuer à un accompagnement des personnes avec autisme en s'appuyant sur les données actuelles de la science.

Mais c'est sur ce dernier point que le problème semble reposer, sachant qu'une partie des signataires remette en question le consensus scientifique qui s'est constitué autour des TSA. Certes, il y a des degrés dans le niveau de certitude que nous devons accorder à ces connaissances qui vont de connaissances certaines comme : les TSA sont des troubles neuro-développementaux, où le rôle de facteurs génétiques est incontestable (même s'ils ne suffisent pas, à eux seuls, à expliquer le trouble) à des connaissances qui relèvent plutôt d'un consensus d'experts, comme : quelles sont les interventions précoces susceptibles d'améliorer le devenir des enfants avec autisme ? Dans tous les cas, ces connaissances s'appuient sur des données expérimentales et n'ont rien à voir avec des croyances quels que soient leur force et le nombre de ceux qui les partagent.

Je crois que nous devons regarder ce débat dans ce qu'il a de positif : il oblige à examiner la validité des propositions qui peuvent être faites. N'oublions pas que l'évolution des connaissances repose autant sur la reconnaissance des erreurs qu'on a commises, que sur les nouveaux modèles que l'on propose. A ce titre, un certain nombre de psychiatres devraient être reconnaissants aux parents et à leurs associations de leur avoir montré qu'ils se trompaient, comme Kanner a lui-même reconnu qu'il s'était trompé en croyant, pendant une période de sa vie, à une psychogenèse de l'autisme.

Les TSA et les difficultés rencontrées par les personnes avec autisme, leurs familles et les professionnels qui les accompagnent nous confrontent à la nécessité de trouver des réponses au quotidien, malgré les limites de nos connaissances. Dans cette recherche de réponses ou de solutions, la tentation est grande de remplacer ce que nous savons par ce que nous croyons, et ce risque n'est pas propre aux approches psychodynamiques de l'autisme. Ce qui doit nous orienter en termes d'action passe par ces questions fondamentales :

- Est-ce que l'intervention que nous proposons est conforme aux données issues de la recherche et à l'état des connaissances ?
- Est-ce que cette intervention est respectueuse de la personne avec autisme ?

Ces questions sont celles qui guident l'action de l'arapi depuis son origine. Elles structurent les échanges que personnes avec autisme, parents, professionnels, chercheurs, cliniciens peuvent avoir ensemble.

Dans un monde où la rationalité semble souvent mise à mal, nous continuerons, avec conviction, à faire en sorte qu'elle guide tous ceux qui accompagnent les personnes avec autisme.

René Cassou de Saint Mathurin
Président de l'arapi

la lettre de l'arapi numéro 74 - été 2016

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Ne pas oublier les anciens numéros du bulletin scientifique de l'arapi, disponibles en ligne (n° 13 à 34).

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