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Billet de blog 17 janvier 2026

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Congrès d'Autisme France - Marseille - décembre 2025

Compte-rendu des interventions au congrès d'Autisme France.

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Le congrès annuel d'Autisme France s'est tenu à Marseille le 6 décembre 2025.
Karine, membre du conseil d'administration d'Asperansa, en a fait le compte-rendu sur son compte Linkedin.
Avec son accord, je le reproduis ci-dessous, avec les liens sur les documents publiés sur le site d'Autisme France.


J'assiste aujourd'hui au Congrès National Autisme, organisé par Autisme France à Marseille sur l'invitation de Thalea Formations que je remercie pour cette opportunité.
Cette matinée a été assez dense. En préambule de ce congrès, Mme Danièle Langloys, Présidente d'Autisme France et Étienne Pot, délégué interministériel à la stratégie TND sont intervenus. Tous deux ont été assez clairs au sujet des récents débats au sujet de la psychanalyse dans les troubles du spectre de l'autisme, réaffirmant l'inutilité de cette pratique dans les TND.

Illustration 1
extrait de l'intervention de Boris Chaumette

La suite s'est avérée intéressante avec une intervention sur la génétique de Boris Chaumette. Celui-ci explicité le rôle prépondérant de la génétique dans l'expression des troubles de l'autisme et plus largement, des TND.
Les recherches ont aidé à mettre en lumière une carte des gènes qui a permis d'identifier deux types d'altérations impliquées dans le fonctionnement des synapses et la régulation d'expression d'autres gènes impliqués dans l'épilepsie et autres troubles d'apprentissage.
Boris Chaumette prône la réduction de la stigmatisation en affirmant que l'éducation des parents n'est en rien responsable, il est question de la biologie. Il ajoute que le conseil génétique est un outil utile pour mettre en cause des gènes ou rassurer des patients. Il s'agit également de prévenir les commodités associées dans une approche holistique et les pathologies cardiaques fréquentes. Il souligne l'importance de développer des prises en charges spécifiques dans l'accompagnement des personnes concernées.

AF-Congres2025_Pr-CHAUMETTE © Autisme France


Après la pause, nous avons pu assister à l'intervention de Mme Anne - Claude Luisier, neuropédagogue, qui s'est exprimée autour de la nutrition.
Elle a très justement expliqué que l'alimentation singulière répond à des besoins singuliers. Cela répond à des particularités de l'interoception, la capacité à répondre aux sensations internes très fines.
Manger répond à des processus perceptifs singuliers en lien avec la sensorialité, la mémoire et les émotions. La personne compare toujours ce qu'elle mange avec les expériences antérieures et peut y greffer des souvenirs teintés d'émotions.
Changer une habitude alimentaire est complexe, elle défend l'importance d'une approche holistique avec des interventions pédagogiques et thérapeutiques cordonnées.
Les fonctions exécutives jouent un rôle majeur dans la régulation des conduites alimentaires en particulier la prise de décision. Elle indique un lien fort entre neophobie, l'inhibition et la flexibilité cognitive, ce qui rend nécessaire les leviers motivationnels pour travailler le changement. Le choix de l'objectif n'est pas anodin, il doit faire sens pour la personne accompagnée dans une logique d'autodétermination, il doit aussi être atteignable et réaliste.

Durant l'après-midi de cette journée très riche, nous avons pu entendre Eric Willaye de l'université de Mons sur un sujet très attendu : "les comportements défis, prévention, évaluations et interventions - une approche positive".
Après un rapide rappel de la notion de comportements problèmes, il a montré que la sévérité des troubles dans les TSA est en lien direct avec l'expression de troubles du comportement, il en va de même avec un déficit de la communication. Les stratégies ciblées dans l'accompagnement de la personne concernée devront prendre ces aspects en ligne de compte.
Il semble incontournable de traiter les comportements problèmes le plus rapidement possible pour qu'ils ne s'aggravent pas, dans cette perspective, l'évaluation fonctionnelle du comportement doit être systématique.
Monsieur Willaye a insisté sur la prévention que ce soit via l'évaluation de besoins, du niveau des habiletés ou des compétences, de la santé physique,, de fournir des soins, de s'assurer que les familles soient correctement informées des services et des soutiens, d'un environnement physique adapté, de motiver les effets des actions et procéder aux ajustements, de s'assurer des formations en pratiques organisationnelles.
Le conférencier a insisté sur la nécessité de prévoir un projet de vie avant l'âge de 10 ans de la personne. Il a souligné la nécessité d'une cohérence : l'incohérence valorisant la durabilité des comportements problèmes plutôt que de les éteindre. Dans une vision pyramidale, "on ne forme pas des professionnels de terrain sans former les managers également, à moins de ne pas savoir à quelle population ils s'adressent !".
Des mots forts pour une conférence passionnante !
Magali Descamps, psychologue du Centre de Référence en Autisme et coordinatrice pédagogique du Service d'Accompagnement pour Adolescents et Adultes de la Fondation SUSA, a présenté 4 programmes d'inclusion professionnelle. En 2013 démarrait un Service d'Activités Citoyennetés en équipes mobiles : Steam et Steam +.
Il s'agit concrètement de développer des activités de volontariat pour développer l'estime de soi des personnes concernées via l'entraide. En effet, il a été constaté un manque voire une perte d'autonomie, un rythme de vie désorganisé ainsi qu'un réseau social et amical pauvres.
Un appui à la mise à l'emploi s'est développé en parallèle, il s'agit de proposer des formations pour multiplier les expériences de terrain et donner un appui à ces personnes. Elle a évoqué la formation "Step for a job" et l'accompagnement "Go for job" visant avant tout à développer la connaissance de soi à l'aide d'outils dédiés, mais aussi des partenariats intéressants avec des entreprises (milieux contrôle) permettant à ces personnes de faire des apprentissages dans le registre professionnel.
Les chiffres évoqués montrent que ces dispositifs fonctionnent, près de 45% des personnes ont trouvé un emploi. Un constat est fait : les personnes autistes ayant le bac sont davantage représentées ce qui indique que l’obtention de ce diplôme demeure fondamental dans la possibilité de re-trouver un emploi.
Stéphanie Miot, MCU-PH en gériatrie du CHU de Montpellier "Nouveaux enjeux de l'avancée en âge des adultes avec TND" a souligné le défi démographique qui nous attend dans le champ des TND : celui de l'avancée en âge des personnes concernées.
Les premières études révèlent un vieillissement accéléré or, il y a peu de données sur le vieillissement de ces personnes, il y a un risque précoce d'inflammageing et des présentations cliniques atypiques.
Vieillir génère à coup sûr du surhandicap dès lors qu'il y a un trouble de la déficience intellectuelle associé. Des questions sont posées au sujet de la polymédication associée aux syndromes gériatriques.
Le défi est de repérer le vieillissement dans les TND et plus encore les signes de vulnérabilité pour anticiper un parcours de soin intégré et coordonné (Fulcer, 2023).
A Montpellier, une consultation gériatrique dédiées aux personnes avec TND est proposée depuis 2019, sans âge seuil. Le dispositif accompagne les personnes concernées pour donner des conseils hygiénico-diététiques, au sujet de comorbidités somatiques, de la polymédication, des dépistages génétiques, etc.

Isabelle Amado, praticien Hospitalier, GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences, Responsable du Centre Ressources en remédiation psychosociale et rétablissement en Ile de France, chargée de mission ARS, réseau rehab Ile de France, a présenté la dernière intervention du Congrès intitulée : "Thérapies psychosociales et case management : faire face aux troubles associés pour l'inclusion sociale et le bien être ".
Madame Amado a souligné la singularité de l'autisme et de ses troubles associés, variés et multiples, parfois facteurs de résistances : sources de dépression, dépréciation de l'estime de soi, de difficultés ou de pertes d'autonomie dans le quotidien et la mise à l'emploi, freinant de fait l'inclusion sociale.
La praticienne a présenté la possibilité d'une alliance inédite entre unités sanitaires et un dispositif de type SAMSAH, au service de l'inclusion.
Elle a plaidé en faveur des évaluations fonctionnelles et la nécessité de construire des parcours de thérapies psychosociales avec l'aide de personnels dédiés pour répondre aux mal être mais aussi accompagner les personnes concernées dans les environnements dans une perspective d'équilibre, de mieux être et d'inclusion en lien avec les Recommandations de Bonnes Pratiques Professionnelles de la HAS.

(...)
Le bilan de cette journée est très positif, les conférences étaient toutes très différentes et passionnantes. J'ai d'ores et déjà noté l'édition de 2026 !
Je remercie une nouvelle fois Thaléa Formations pour sa confiance et cette belle opportunité.


  • Docteur Patrick Latour : Présentation d’une mise en œuvre institutionnelle d’amélioration des pratiques pour mieux identifier les TND chez les personnes présentant une épilepsie complexe. Accéder au support d'intervention

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