Probabilités d’autisme chez l’enfant d’après des tests génétiques du sperme

La proportion de cellules porteuses de mutations dans le sperme d’un homme peut influer sur la probabilité d’autisme chez son enfa,t.

Connaître les probabilités d’autisme chez l’enfant d’après des tests génétiques du sperme

De Nicholette Zeliadt / 16 Janvier 2020 - Traduction par Sarah de "Genetic tests of sperm may forecast odds of autism in children"

La proportion de cellules porteuses de mutations dans le sperme d’un homme peut influer sur la probabilité d’autisme chez son enfant. © ugurhan / iStock La proportion de cellules porteuses de mutations dans le sperme d’un homme peut influer sur la probabilité d’autisme chez son enfant. © ugurhan / iStock
Certains hommes qui sont pères d’un enfant autiste sont porteurs de mutations liées à la condition dans leur sperme seulement, selon une nouvelle étude. (1) Chez ces hommes, des tests génétiques du sperme, plutôt que du sang, pourraient aider à estimer les risques de transmission de ces mutations à leurs futurs enfants.

« Si vous analysez le sang du père, vous ne pourrez pas détecter la mutation de manière effective, parce qu’elle se cache peut-être dans le sperme seulement », certifie le co-chercheur principal Joseph Gleeson, professeur en neurosciences et pédiatrie à l’Université de Californie, à San Diego.

Cette étude a porté sur 20 familles avec un enfant autiste ; la plupart des enfants sont porteurs de mutations fortement liées à la condition. Des études antérieures n’ont pas dépisté ces mutations dans le sang des parents, c’est pourquoi les chercheurs ont émis l’hypothèse que ces mutations survenaient spontanément dans l’ovule ou dans le sperme des parents. (2)

Joseph Gleeson et ses équipiers ont utilisé des méthodes sensibles de séquençage pour analyser le sperme du père. Ils ont repéré les mutations dans une petite proportion du sperme chez quatre pères.

On considère que les mutations spontanées trouvées chez un enfant comportent 1% de risques d’apparaître chez des frères ou sœurs qui naîtront ensuite. (3)

Ces nouveaux résultats font penser que ces risques sont beaucoup plus élevés chez les enfants nés d’hommes qui portent ces mutations dans leur sperme. Les probabilités exactes pourront donc dépendre de la proportion de cellules dans le sperme qui portent cette mutation.

« Nous devons être à même de faire la différence entre les familles à haut risque et celles qui ont un risque négligeable, et pour cela le sperme peut être utile », confirme Anne Goriely, professeure associée de génétique humaine à l’Université d’Oxford au Royaume-Uni, qui ne participait pas à l’étude.

Cellules cachées

Joseph Gleeson et ses collègues ont concentré leur attention sur les mutations dans le sperme car des mutations spécifiques liées à l’autisme sont généralement dans une copie paternelle d’un gène. Ils ont utilisé une technique sensible qui détecte les mutations en mosaïque – celles qui surviennent après la conception et n’affectent qu’un sous-groupe de cellules.

Chez les quatre hommes qui portent la mutation dans leur sperme, la proportion des cellules du sperme touchées varie de 0,5 à 14,5%.

Un des hommes a transmis une mutation dans le gène de l’autisme GRIN2A à ses trois enfants. Un seul des enfants a été diagnostiqué autiste, mais les deux autres ont un trouble d’attention avec hyperactivité ; un des enfants a également un handicap du langage et l’autre est épileptique. Ces résultats sont sortis en décembre dans la revue Nature Medicine.

Les chercheurs ont également séquencé les génomes entiers des cellules du sang de membres de huit familles qui ont un enfant autiste. Ils ont observé 912 mutations qui paraissaient être spontanées chez les enfants ; 23 de ces mutations sont apparues dans un schéma en mosaïque dans le sang du père, le sperme ou les deux.

La plupart des mutations en mosaïque n’apparaissent que dans le sperme, ou sont plus abondantes dans le sperme que dans le sang. Cela indique que des tests génétiques effectués sur le sperme pourraient donner une connaissance plus précise des risques que le père transmette la mutation à ses enfants, par rapport aux tests sanguins.

« Nous nous attendons à ce que le risque de récurrence de référence de 1% que la plupart des praticiens citent puisse être stratifié en deux couches : la majorité des patients qui ont un risque proche de zéro, et un petit pourcentage qui a un risque beaucoup plus élevé et mesurable », annonce Joseph Gleeson.

La technologie utilisée par les chercheurs n’est pas encore largement répandue et disponible, mais cela peut changer. « Depuis que nous avons publié cela, des compagnies entrent en contact avec nous, parce qu’elles souhaiteraient éventuellement la proposer aux familles et la développer comme moyen diagnostique », déclare Joseph Gleeson.

La présence de ces mutations dans le sperme d’un homme ne signifie pas pour autant que ses enfants seront autistes – mais seulement que les risques sont plus élevés que dans la population générale, tempère Maria Chahrour, professeure assistante de génétique et neurosciences à l’Université du Sud-Ouest Texas à Dallas, qui ne participait pas à l’étude. « Il faut d’abord être sûrs qu’une variation donnée cause l’autisme, avant d’utiliser ce type de technique dans le domaine clinique », ajoute-t-elle.

Joseph Gleeson annonce que ses collègues et lui séquencent actuellement le sperme d’un plus grand nombre d’hommes ayant un enfant autiste, afin de mieux déterminer les risques de transmission d’une mutation chez ces hommes. Ils évaluent également par des tests si la proportion de cellules dans le sperme porteuses d’une mutation reste identique dans le temps.

Références

  1. Breuss M.W. et al. Nat. Med. Publication numérique avant impression (2019) PubMed
  2. Brandler W.M. et al. Science 360, 327-331 (2018) PubMed
  3. Rahbari R. et al. Nat. Genet. 48, 126-133 (2016) PubMed

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