Test “anticipé” pour une thérapie de l'autisme : peu d’avantages détectés

Apprendre aux parents à interagir avec leurs bébés : résultats décevants d'une intervention entre 9 et 14 mois, chez des bébés n'ayant pas de précédent d'autisme dans la famille.

spectrumnews.org Traduction de "Test of ‘preemptive’ autism therapy detects few benefits" par lulamae

De Nicholette Zeliadt  /  5 Août 2019

Bianca © Luna TMG Bianca © Luna TMG

D’après une nouvelle étude (1), une thérapie expérimentale dispensée par les parents n’améliore pas les traits autistiques chez les bébés qui ont un résultat positif au test de dépistage des TSA.

Les résultats sont décevants, selon l’avis des experts indépendants, dans la mesure où des espoirs élevés avaient été placés dans les promesses de cette approche particulière, pour atténuer la sévérité des traits autistiques.

Une étude réalisée en 2015 avait suggéré que cette thérapie diminuait les traits autistiques chez les tout-petits qui avaient un frère ou une sœur autiste – et se trouvaient donc présenter un risque accru d’avoir eux-mêmes ce trouble. Cette nouvelle étude est la première à évaluer la thérapie chez les bébés dont la famille n’a aucune histoire autistique.

Les chercheurs ont commencé à effectuer la thérapie auprès de bébés entre 9 et 14 mois. Six mois plus tard, d’après les rapports parentaux, les enfants qui avaient bénéficié de la thérapie parlaient et comprenaient plus de mots que les autres enfants. Mais quand les chercheurs ont évalué les mêmes enfants, ils n’ont pas décelé de différence statistique significative entre les deux groupes.

Il y avait des preuves que nous arrivions à améliorer les habiletés de communication de ces tout-petits », avance le chercheur principal Andrew Whitehouse, professeur de recherche sur l’autisme au Telethon Kids Institute de Perth, en Australie. Mais « on a du mal à déterminer si ce résultat est influencé par des biais chez les parents. »

Andrew Whitehouse et ses collègues ont attribué au hasard chez les bébés l’existence du traitement ou l’appartenance à des groupes de contrôle, sans savoir quels enfants avaient reçu le traitement au moment où ils les évaluaient.

Cette conception donne à l’étude un caractère parmi les plus dignes de confiance concernant les tests sur une thérapie comportementale jusqu’à aujourd’hui, disent des experts non impliqués dans ce travail.

Ce groupe a réalisé une étude rigoureusement contrôlée », maintient Connie Kasari, professeur de développement et psychologie humains à l’Université de Californie, à Los Angeles, laquelle a rédigé un commentaire sur cette étude. (2) « On ne comprend pas très bien pourquoi le traitement donne un résultat limité dans ce cas, ajoute-t-elle, mais il est peu probable qu’aucune stratégie unique puisse convenir à toutes les familles. Elle défend une approche personnalisée pour les interventions précoces. « Nous devons vraiment repenser les interventions anticipées pour les enfants présentant un risque [d’autisme] », dit-elle.

Vu de plus près

Les chercheurs ont étudié 103 très jeunes enfants qui avaient obtenu un résultat positif pour l’autisme sur la liste de contrôle pour la Surveillance de l’Attention Sociale et de la Communication [Social Attention and Communication Surveillance], un outil largement répandu en Australie.

Les parents de 50 de ces bébés ont appris à mettre en œuvre cette nouvelle thérapie lors de 10 séances avec les thérapeutes à leur domicile, une fois tous les 15 jours. Durant ces séances, les parents ont regardé des vidéos d’eux-mêmes en interaction avec leurs bébés, et ils ont eu un retour du thérapeute sur la façon de réagir aux vocalisations, expressions faciales et gestes des bébés. Ils ont mis ces habiletés en pratique pendant au moins 15 minutes par jour pendant toute la durée de cinq mois, prévue pour l’étude.

Sur les 53 bébés du groupe de contrôle, 27 ont reçu d’autres traitements ailleurs, comme de l’orthophonie ou rééducation du langage ; les autres n’avaient reçu aucun traitement.

Au début et à la fin de l’étude, les chercheurs ont mesuré les traits autistiques présents chez chacun des enfants, comme l’évitement du contact oculaire et l’absence de réponse au prénom, en se servant de l’Echelle d’Observation de l’Autisme pour les Jeunes enfants [Autism Observational Scale for Infants]. Ils ont également évalué le langage et le développement moteur des enfants, ainsi que la qualité des interactions des parents avec leurs bébés. Les parents ont rempli des questionnaires standard sur la sociabilité, les habiletés de communication, les compétences de la vie quotidienne, la compréhension et l’usage verbal chez leur enfant.

L’entraînement a atténué les traits autistiques des petits et a amélioré les interactions globales parent-enfant. Mais les bébés du groupe de contrôle ont montré des progrès similaires. Les résultats ont été publiés le 16 juillet dans la revue Lancet Child & Adolescent Health.

Si vous regardez les données que nous avons recueillies, le groupe du traitement a progressé à coup sûr dans presque toutes les mesures », dit Andrew Whitehouse. Ainsi, les résultats largement négatifs obtenus par cette étude, affirme-t-il, « pourraient simplement refléter le fait que les enfants du groupe de contrôle ait également progressé grâce au traitement dont ils bénéficiaient dans la communauté. »

Apprendre à écouter

Toutefois, les parents ont signalé que le traitement avait un impact plus important que les autres thérapies : ils ont rapporté des progrès dans les habiletés à communiquer, la compréhension et l’usage verbal – surtout en ce qui concerne la capacité à comprendre les propos de quelqu’un d’autre.

« Les résultats les plus intéressants étaient en lien avec les améliorations du langage réceptif », indique Linda Watson, professeure de sciences du discours et de l’audition à l’Université de Caroline du Nord, à Chapel Hill, qui n’a pas participé à cette étude. Les analyses des cliniciens sont également allées dans ce sens, ajoute-t-elle, même si ces résultats n’ont pas acquis de valeur statistique significative.

Certains experts remarquent que les tests utilisés pour dépister l’autisme ne sont pas pleinement précis.

Si vous n’avez pas la certitude que l’enfant est autiste, vous êtes plus ou moins en train de traiter des enfants qui n’en ont pas besoin », regrette Fred Volkmar, professeur de psychiatrie, pédiatrie et psychologie de l’enfant au Centre d’Etudes sur l’Enfant de l’Université de Yale, qui n’était pas impliqué dans cette étude. « J’aimerais que cette étude soit réitérée sur un nouvel échantillon, peut-être un échantillon plus ciblé où l’indication d’un risque très clair d’autisme serait meilleure. »

Références :

  1. Whitehouse A.J.O. et al. Lancet Child Adolesc. Health Epub ahead of print (2019) PubMed
  2. Kasari C. Lancet Child Adolesc. Health Epub ahead of print (2019) PubMed

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