Les impressions des neurotypiques ne dépendent pas des personnes autistes, mais d'eux

Un article de Phan Tom, à partir d'une étude chez des étudiants en psycho US : les premières impressions - souvent essentielles - ne sont pas déterminées par le comportement des personnes autistes, mais par l'information des neurotypiques. D'où l'importance de la déstigmatisation (information générale sur l'autisme), et de l'annonce de la condition (diagnostic).

La variabilité des premières impressions construites par les personnes non autistes à l’égard des personnes autistes est davantage liée aux caractéristiques des évaluateurs qu’à celles des personnes autistes

Article rédigé par Phan Tom à partir de : Variability in first impressions of autistic adults made by neurotypical raters is driven more by characteristics of the rater than by characteristics of autistic adults

Kerrianne E Morrisonorcid.png, Kilee M DeBrabander, Daniel J Faso 8 mars 2019

https://doi.org/10.1177/1362361318824104

The last ride © Luna TMG The last ride © Luna TMG

Présentation des recherches en la matière

Les premières impressions se forment rapidement et sont résistantes aux changements (Ambady, Bernieri, &Richeson, 2000).

Une première impression favorable affecte la qualité de l’interaction et les résultats des futures interactions sociales, notamment en ce qui concerne les entretiens d’embauche ou les relations d’amour ou d’amitié.

Les études récentes se sont intéressées aux premières impressions que les personnes autistes laissent aux personnes non autistes. Les personnes non autistes ont une première impression moins favorable des personnes autistes et rapportent également avoir plus de réticence à s’engager socialement avec elles (Grossman, 2015; Sasson et al., 2017; Sasson& Morrison, 2019). Cela peut être une entrave à l’inclusion des personnes autistes, une limitation des opportunités sociales ainsi qu’un défi permanent au niveau personnel et professionnel (Cage, Di Monaco, &Newell, 2018).

Les adolescents et adultes autistes sont définis par leurs pairs non autistes comme étant davantage étranges, moins appréciés et moins attirants que les personnes non autistes contrôles (Grossman, 2015; Sasson et al., 2017). Des résultats récents montrent que ces impressions s’améliorent si les personnes non autistes sont conscientes qu’elles sont en présence de personnes autistes (Matthews, Ly, & Goldberg, 2015; Sasson& Morrison, 2019) ainsi que lorsqu’elles ont des connaissances au sujet de l’autisme (Gillespie-Lynch et al., 2015; Sasson& Morrison, 2019; Tipton&Blacher, 2014; White, Hillier, Frye, & et al., 2016).

L’acceptation des personnes autistes parmi les personnes non autistes est meilleure si celles-ci ont déjà eu une expérience précédente en lien avec l’autisme. Cette meilleure acceptation permet par la suite une plus grande interaction entre personnes autistes et non autistes (Gardiner &Iarocci, 2014). Ces résultats suggèrent que les perceptions et les réponses sociales envers les personnes autistes ne sont pas motivées uniquement par des différences dans leur présentation sociale et leur manière de s’exprimer (Faso et al., 2015; Hubbard et al., 2017; Morrison et al., 2017) mais aussi par les caractéristiques perçues par les personnes non autistes.

Cette étude a pour objectif d’examiner le rôle de l'évaluateur dans la formation des premières impressions envers les adultes autistes. Il s’agit d'évaluer l’impact de la création des premières impressions et la manière dont elles sont prises en compte par les adultes autistes eux même relativement aux caractéristiques des évaluateurs non autistes.

Les travaux précédents ont montré que certaines caractéristiques des adultes autistes comme leurs traits autistiques ou s’ils divulguent leur diagnostic, modifient les premières impressions réalisées par les observateurs non autistes (Sasson& Morrison, 2019). Les personnes non autistes évaluent de manière plus positive les personnes autistes si elles sont informées de leur statut. Le fait d’être informé du diagnostic de la personne fournit une explication aux comportements atypiques ou moins socialement acceptables (Matthews et al., 2015; Sasson& Morrison, 2019).

Cependant, l’enquête a montré une grande variabilité dans l’évaluation des premières impressions, suggérant que celles-ci ne dépendent pas uniquement des caractéristiques des personnes autistes mais également des croyances, biais et attentes avec lesquels les évaluateurs non autistes construisent leur jugement. Simon Baron Cohen (2000) a monté avec la théorie de l’esprit, que les personnes autistes ont des difficultés à identifier les états mentaux des personnes non autistes. Des études récentes montrent que la réciproque est vraie pour les personnes non autistes, et que celles-ci ont du mal à se représenter les états mentaux des personnes autistes (Edey et al., 2016; Sheppard, Pillai, Wong, Ropar, & Mitchell, 2016). Cette double difficulté d’interprétation des comportements de part et d’autre peut amener à des incompréhensions et contribue à une interprétation moins favorable des personnes autistes.

Les évaluateurs non autistes ont souvent une vision différente de leurs premières impressions vis à vis des personnes autistes, et ces différences ne s’expliquent pas à priori.

Ici, nous évaluons plus particulièrement si les différences individuelles parmi les évaluateurs non autistes comme les préjugés en matière d'autisme, les connaissances sur l’autisme et l'expérience personnelle vis-à-vis de l'autisme, expliquent les différences dans la manière dont les adultes autistes sont évalués.

Cette étude explore également la manière dont les perceptions des personnes non autistes vis à vis des adultes autistes sont influencées par la prise de conscience de leur statut diagnostique.

De plus, il n’y a pas de réponses claires à la question de savoir si le fait de connaitre le diagnostic d’une personne autiste améliore uniformément les impressions des personnes non autistes, ou si des variations dans la description du diagnostic, les mots choisis, comme par exemple, «est autiste» vs «sur le spectre» vs «a le syndrome d'Asperger», affectent la construction des impressions des personnes non autistes. Différentes terminologies diagnostiques peuvent donner lieu à des inférences distinctes sur la capacité et l'invalidité, des termes euphémiques tels que «besoins spéciaux» entraînant souvent des ressentis plus négatifs (Gernsbacher, Raimond, Balinghasay et Boston, 2016).

Méthode

Les participants observés sont 20 adultes autistes, entre 18 et 41 ans dont 19 sont caucasiens. Il y a 17 hommes. Les participants ont un QI moyen de 106.40. Le diagnostic d’autisme a été évalué avec un outil standardisé : l’ADOS ou ADOS 2.

Les 20 adultes autistes ont enregistré une vidéo à l’occasion de leur participation à une émission de télé réalité « High Risk Social Challenge ». Ce sont les 10 premières secondes de la vidéo, durant lesquels les personnes se présentent, qui ont été évaluées par les personnes non autistes. Les vidéos n’incluaient aucune information sur le diagnostic des personnes lorsque les personnes autistes se présentaient.

Par la suite, les évaluateurs non autistes ont visionné une moitié des vidéos qui portaient des appellations différentes décrivant l’autisme : 1. Cette personne est autiste ; 2. Cette personne a de l’autisme ; 3. Cette personne a le syndrome d’Asperger ; 4. Cette personne est sur le spectre de l’autisme ; 5. Cette personne a un handicap. Ils ont aussi visionné l’autre moitié des vidéos, qui ne précisait aucun diagnostic.

Les chercheurs ont comparé les réactions des évaluateurs non autistes entre ceux qui avaient une information sur le diagnostic et ceux qui n’en avaient pas et entre les différentes appellations de la condition.

Les évaluateurs non autistes ont été assignés comme suit : cette personne est autiste n = 103, cette personne a de l’autisme n = 103, cette personne est sur le spectre de l’autisme n = 103, Cette personne a Asperger n = 101, cette personne a un handicap n = 95.

Les évaluateurs ont été informés qu'ils visionneraient des vidéos de personnes, dont certaines avaient un diagnostic clinique, et qu'ils compléteraient l'échelle de première impression après chaque vidéo. Ils ont ensuite complété des informations complémentaires présentées dans un ordre aléatoire à chaque participant.

Résultats et discussion

Cette étude a révélé que la variabilité des premières impressions envers les adultes autistes établie par les évaluateurs non autistes se construit davantage au niveau de l’évaluateur que de l’adulte autiste. Cette tendance est apparue pour 9 items sur 10 et était particulièrement importante pour les impressions «d'intention d'interagir». Cela indique que l'intérêt des personnes non autistes pour l'interaction sociale était davantage motivé par les différences individuelles entre les évaluateurs que parmi les adultes autistes qu'ils notaient.

Ainsi, les résultats rapportés ici fournissent des preuves que les opportunités sociales pour les adultes autistes parmi les personnes non autistes, peuvent être dictées dans une large mesure par les caractéristiques et les attitudes des personnes non autistes, plutôt que par leur propre présentation et leur comportement social.

Les personnes qui présentent le plus de représentations stigmatisées de l’autisme sont celles qui formulent une première impression moins favorable. Pour certaines d’entre elles, les notations aux différents items deviennent encore plus négatifs lorsque le diagnostic d’autisme est révélé.

Cette découverte suggère que la connaissance d'un diagnostic peut activer les croyances liées à la stigmatisation et accentuer l’impression de différence entre l'évaluateur et la personne autiste (Komeda, 2015).

La réduction de la stigmatisation liée à l'autisme chez les personnes non autistes peut donc être un moyen d'améliorer l'acceptation des différences liées aux caractéristiques autistiques. Des travaux antérieurs au sein d’un échantillon universitaire ont montré que même une brève formation en ligne peut réduire la stigmatisation et accroître l’acceptation des pairs autistes (Gillespie-Lynch et al., 2015). Ils montrent qu’un contact plus étroit et une plus grande proximité des personnes non autistes avec les personnes autistes sont associés à des attitudes plus inclusives (Gardiner &Iarocci, 2014).

Dans le même temps, nous avons constaté que des connaissances plus approfondies en matière d'autisme chez les évaluateurs non autistes produisaient des résultats mitigés lorsque les diagnostics étaient dissimulés, mais qu’elles s'amélioraient lorsqu'un diagnostic était révélé.

Ainsi, conformément aux constatations antérieures (Sasson et Morrison, 2019), la connaissance de l'autisme peut n’être un avantage, que lorsque le diagnostic d’autisme est connu. Cela montre que les connaissances en matière d’autisme ne permettent pas aux personnes non autistes de détecter les caractéristiques autistiques chez les personnes autistes, mais peut être plutôt de temporiser les évaluations négatives lorsqu'un diagnostic est connu.

Les résultats montrent aussi que le fait de simplement dispenser des formations ou informations sur l’autisme n’est pas suffisant et que le contact direct avec les personnes en parallèle de ces formations est nécessaire pour réduire la stigmatisation et les préjugés.

Les études précédentes (Matthews et al., 2015; Sasson& Morrison, 2019) montrent aussi que le fait de dévoiler le diagnostic d’autisme engendre des premières impressions plus positives. Une étude de Gernsbacher et al. (2016) a montré que les termes utilisés pour révéler le diagnostic influençaient peu la manière dont celui-ci était perçu par les personnes non autistes. La présente étude aboutit au même résultat.

Cependant, les résultats ont montré que si les personnes non autistes ont une vision stigmatisante de l’autisme, alors le fait de divulguer le diagnostic d’autisme renforce les impressions négatives à l’encontre des personnes autistes. Cela montre que lorsqu’une personne dévoile son diagnostic d’autisme, l’impact diffère plus en fonction du niveau de connaissance sur l’autisme de la personne non autiste qui « reçoit » le diagnostic plutôt que de la manière dont la personne autiste présente son diagnostic.

Ces résultats ont des implications pratiques parce que beaucoup d’adultes autistes sont inquiets d’être discriminés dans un contexte personnel ou professionnel après avoir révélé leur diagnostic (Campbell, 2007). Pour éviter cela ils masquent leurs traits autistiques, ce qui demande beaucoup d’efforts et peut être très stressant (Hull et al., 2017).

Ainsi, la différence concernant les premières impressions entre le moment où un diagnostic a été établi et celui où il a été divulgué suggère que certains aspects de l'autisme restent «invisibles» aux personnes non autistes. La connaissance du diagnostic évoque des croyances et des préjugés qui affectent la formation d'impressions, de manière positive ou négative, en fonction des caractéristiques de l'évaluateur.

La majorité de notre échantillon d’évaluateurs de premier cycle n’exprimaient pas beaucoup de stigmatisation à l’égard de l’autisme et, pour eux, les premières impressions de participants autistes s’amélioraient lorsqu’ils étaient informés de leur diagnostic.

Les limites de l’étude

Premièrement, les conclusions ici se limitent à la variabilité des jugements lors de l’évaluation d’un groupe d’adultes autistes principalement masculins et sans déficience intellectuelle.

Cette étude porte sur les premières impressions émises envers un groupe de personnes autistes composé d’hommes adultes sans déficience intellectuelle et les conclusions ne peuvent être étendues au vu de la taille et de la composition de l’échantillon.

La recherche aurait pu inclure le visionnage de vidéos mettant en scène des personnes non autistes pour les comparer avec les vidéos de personnes autistes et voir comment les perceptions des évaluateurs non autistes variaient en fonction de la cible observée.

De plus, de nombreuses différences individuelles entre les évaluateurs non autistes peuvent faire varier leur quotation envers les personnes autistes, comme l’idéologie politique ou la domination sociale (Samochowiec, Wänke, &Fiedler, 2010; Todorov, Said, Engell, &Oosterhof, 2008).

In addition, the autism contact measure used did not significantly predict many first impressions and was correlated with autism knowledge and stigma only minimally. This raises questions about its validity in this context, particularly because others have found experiences with autism do predict more favorable outcomes (Gardiner &Iarocci, 2014).

En outre, l’outil de mesure du contact avec l'autisme utilisé ne permettait pas de prédire de manière significative de nombreuses premières impressions et n'était corrélée que de manière minimale avec la connaissance de l'autisme et la stigmatisation. Cela soulève des questions sur sa validité dans ce contexte, en particulier parce que d'autres personnes ont constaté que des expériences d'autisme prédisaient des résultats plus favorables (Gardiner et Iarocci, 2014).

Ces résultats suggèrent que la réduction de la stigmatisation liée à l'autisme chez les pairs non autistes peut contribuer à améliorer les opportunités sociales personnelles et professionnelles des adultes autistes.


Merci à Phan Tom pour cet article. N'hésitez pas à consulter son site : http://comprendrelautisme.com/

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