L'étude sur l'association entre la péridurale et l'autisme fait plus de mal ...

Une vive réaction d'un anesthésiste obstétrique à la publication d'une étude qui envisage une corrélation entre l'autisme et la péridurale lors de l'accouchement.

anesthesiologynews.com Traduction de "Epidural–Autism Association Study Does More Harm Than Good" - Anesthesiology News - 19 janvier 2021

L'étude sur l'association entre la péridurale et l'autisme fait plus de mal que de bien

La péridurale, c'est de la bonne © manueg2007 La péridurale, c'est de la bonne © manueg2007
Je suis profondément déçu par la publication de cette étude de revue de dossiers a posteriori, dont il a été question dans Anesthesiology News (“Study Finds Association Between Labor Epidurals, Increased Risk for Autism” 2020;46[11]:1,22). Cette étude ne peut que provoquer de la peur, de l'anxiété et de la culpabilité chez les femmes qui reçoivent une analgésie épidurale de travail. Il n'y a pas d'utilité clinique à en tirer. Nous le savons car l'un des auteurs de l'étude - qui est l'un des médecins les plus réputés dans le monde de l'anesthésie obstétrique - a été cité dans l'article, disant : "Il serait irresponsable de recommander de ne pas administrer l'analgésie épidurale de travail". L'étude ne recommande pas aux cliniciens de partager ces résultats lors des conseils aux patients, ce qui est une recommandation potentiellement contraire à l'éthique, à moins que les auteurs ne reconnaissent que leur propre étude n'a essentiellement aucune valeur ou signification clinique.

Quelles sont les causes possibles de cette étude ? Pensez "antivaxxers" [antivaccins].

Nous connaissons bon nombre des inconvénients des études rétrospectives sur les dossiers, et nous en avons traité les conséquences pendant des années. Par exemple :

  • l'analgésie épidurale du travail augmente le risque d'accouchement par césarienne. Oups, ce n'est pas vrai, mais essayez d'expliquer cela à de nombreuses femmes qui ont posé des questions sur le risque sur une période de 15 ans
  • L'anesthésie générale pour l'accouchement par césarienne est beaucoup plus dangereuse que l'anesthésie régionale. Oups, c'est pas vrai non plus.

Ce type d'étude faisait autrefois partie des recherches nécessaires pour formuler une étude prospective, contrôlée et randomisée. Mais aujourd'hui, avec une infinité de réglementations et une culture de la reconnaissance immédiate, ce qui faisait autrefois partie d'un processus est devenu une fin en soi.

La présente étude va donner lieu à des débats sans fin entre des personnes très instruites pendant des années. Elle pourrait même déboucher sur une étude prospective, contrôlée et randomisée qui réfuterait l'association publiée actuellement.

D'ici là, les anesthésiologistes et les CRNA [?] auront affaire à des infirmières, des sages-femmes et des doulas qui disent à leurs patientes qu'une péridurale peut augmenter le risque d'autisme chez leurs enfants, et nous devrons leur expliquer des données qui n'existent pas.

Si je suis heureux de constater que la Société d'anesthésie obstétrique et de périnatalogie (SOAP), la Société américaine d'anesthésiologie, la Société d'anesthésie pédiatrique, le Collège américain des obstétriciens et gynécologues et la Société de médecine materno-fœtale [Society for Obstetric Anesthesia and Perinatology (SOAP), American Society of Anesthesiologists, Society for Pediatric Anesthesia, American College of Obstetricians and Gynecologists, Society for Maternal-Fetal Medicine] ont publié une déclaration commune concernant cette étude, je pense que cette déclaration ne va pas assez loin.

Ces sociétés devraient indiquer très clairement que les résultats créent une possibilité de stimulation intellectuelle de haut niveau, mais qu'ils n'ont tout simplement aucune valeur clinique ou pertinence. Cette étude aurait pu montrer qu'un travail plus long est associé à un risque accru d'autisme. Ou encore, il pourrait même être possible d'établir une association selon laquelle l'analgésie épidurale du travail diminue le risque de fièvre maternelle pour le fœtus.

Il y a certainement une tendance dans les institutions universitaires à "publier ou périr" [“publish or perish”], mais ce type de recherche préliminaire incomplète, avec un titre "appât à clic", ne devrait pas être autorisé à se suffire à elle-même. Elle est préjudiciable à nos patients, et nuisible pour nous en tant que praticiens.

Nishman a passé 20 ans à fournir des services d'anesthésie obstétrique dans des institutions universitaires affiliées, et a été membre de SOAP pendant au moins 15 ans. Il travaille actuellement dans un hôpital de l'Administration de la santé des anciens combattants à Saint-Pétersbourg, en Floride.

Note de l'éditeur : les opinions exprimées dans ce commentaire appartiennent à l'auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de la publication.

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