Une thérapie fait appel au rythme pour stimuler la parole chez les enfants autistes

L'orthophonie standard peut ne pas être optimale pour les enfants autistes qui parlent peu ou pas du tout. Une nouvelle thérapie AMMT implique que les enfants récitent des mots d'une voix chantante tout en tapotant les syllabes sur des tambours réglés pour produire des sons élevés ou faibles

par Chloe Williams / 24 octobre 2018

Traduction de « Therapy taps rhythm to boost speech in autistic children | Spectrum »

Jeune fille avec l'enseignant dans une session d'orthophonie. FatCamera / iStock © FatCamera / iStock Jeune fille avec l'enseignant dans une session d'orthophonie. FatCamera / iStock © FatCamera / iStock
Selon une nouvelle étude1, un nouveau type d'orthophonie pourrait améliorer les capacités verbales des enfants autistes qui parlent peu ou ne parlent pas. Les enfants présentant les traits les plus légers de l'autisme et ceux qui parlent avec le plus de consonnes et de voyelles en tireront le plus de bénéfices

La thérapie, appelée entraînement auditif-moteur de cartographie (AMMT [auditory-motor mapping training ]), implique que les enfants récitent des mots d'une voix chantante tout en tapotant les syllabes sur des tambours réglés pour produire des sons élevés ou faibles [high or low tones]. Après cinq semaines, la thérapie augmente le nombre de syllabes parlées par les enfants autistes à expression verbale minimale - ceux qui parlent peu ou pas du tout à l’âge de 5 ans - plus que l’orthophonie standard.

«C’est en soi quelque chose d’étonnant et de remarquable à certains égards, car il n’y a pratiquement aucune intervention pour ce sous-groupe particulier d’enfants autistes», déclare le chercheur principal Gottfried Schlaug, professeur agrégé de neurologie à l’Université de Harvard.

Environ 30% des enfants du spectre sont peu verbaux2. Certaines thérapies ciblent les facteurs pouvant contribuer aux difficultés de langage, telles que le manque d'attention conjointe ou le manque de motivation sociale; peu ont exploré le mouvement ou le contrôle moteur.

«Je pense que c’est une approche vraiment intéressante», déclare Connie Kasari, professeur de développement humain et de psychologie à l’Université de Californie à Los Angeles, qui n’a pas participé à la recherche. "Nous n'avons pas vraiment exploité le système moteur comme nous le devrions probablement."

Tapoter en langues

Les chercheurs ont affecté des thérapeutes pour administrer l'AMMT à 27 enfants de 3 à 10 ans, à l'expression verbale minimale, cinq jours par semaine pendant cinq semaines. Au début de l'étude, chacun des enfants parlait moins de 20 mots intelligibles et ne parlait pas en phrases mais était capable de faire au moins deux sons.

Le thérapeute a chanté des mots simples de deux syllabes, tels que «maman», «cookie» ou «bye-bye» à chaque enfant. Elle donnait à chaque syllabe un son faible ou élève et tapait simultanément un pad de batterie électronique avec un ton correspondant, encourageant l'enfant à faire de même. Elle a également montré à l'enfant l'image d'un objet représentant le mot cible et a demandé à l'enfant de dire le mot.

Onze autres enfants ont bénéficié de séances de thérapie au cours desquelles le thérapeute a simplement prononcé les mots sans chanter ni jouer du tambour.

Après cinq semaines, les chercheurs ont demandé aux enfants de dire 30 mots, dont la moitié avaient été pratiqués pendant la thérapie et dont la moitié étaient nouveaux. L'enfant devait essayer de répéter le mot et plus tard essayer de le produire lorsqu'il y était invité par une image.

Un groupe indépendant de chercheurs a également écouté les sons émis par les enfants. Ils ont mesuré la précision de chaque syllabe, en notant sa reconnaissabilité et sa similitude avec les sons qu'un adulte typique produirait.

Les enfants qui ont reçu correctement l'AMMT disaient 18% de plus de syllabes qu'au début de l'étude. En revanche, l’orthophonie standard a fait baisser le nombre de syllabes de moins de 1%. Les enfants qui ont reçu l'AMMT semblaient également parler plus et être plus interactifs qu'auparavant, selon les personnes qui s'en occupent.
Tremplin

Le succès de l’une ou l’autre des thérapies ne dépendait pas de l’âge, du sexe ou du quotient intellectuel non verbal de l’enfant. Quelle que soit la thérapie reçue, les enfants présentant les traits les moins sévères de l'autisme et la plus grande capacité d'imiter les sons de la parole se sont améliorés au maximum. Les chercheurs ont rapporté les résultats en septembre dans Autism Research.

Ces prédicteurs de succès ne sont pas surprenants, déclare Joseph McCleery, directeur académique du Centre Kinney pour l’éducation et le soutien aux personnes autistes à Philadelphie, qui n’a pas participé à la recherche. «Le plus significatif était cette capacité d'imitation parole-son, ce qui est très logique car les deux interventions étaient des interventions parole-son», dit-il.

Produire des syllabes est loin de produire un discours significatif, note McCleery. Néanmoins, l’AMMT peut aider les enfants à élargir leur répertoire de sons de la parole et - avec d’autres thérapies - des mots, des phrases et même des maximes [sentences]. Les chercheurs envisagent de tester la thérapie dans le cadre d’un essai clinique randomisé auprès de 40 enfants peu verbaux.

Références:

  1. Chenausky K. et al. Autism Res. Epub ahead of print (2018) PubMed
  2. Tager-Flusberg H. and C. Kasari Autism Res. 6, 468-478 (2013) PubMed

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