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Billet de blog 27 mai 2019

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L'ectasy facilite les interactions sociales chez la souris adulte

Un traitement à l'ectasy permet , chez la souris adulte, de rouvrir la période d'apprentissage social, de rendre plus aisées les interactions sociales. On essaye ?

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Le collectif CLE-Autistes a fait paraître des informations très intéressantes sur le congrès INSAR 2019. Il écrit cependant : "Nous ne vous rapporterons pas comme Spectrum News, les résultats sur les souris et poissons autistes, mais sur les conférences minoritaires portant sur notre fonctionnement et notre qualité de vie. "

Cette condescendance envers les "souris et poissons autistes" m'interroge. On sait bien que la recherche fondamentale ou les essais concernant les médicaments se font sur des animaux. A moins que les personnes autistes soient une catégorie particulière du genre humain, qui serait au-dessus de tout çà...

Le dénigrement des recherches sur les souris, je l'entends aussi du côté du psychanalyste, qui ne veut pas d'essais sur l'émergence du désir chez la souris autiste, puisque la souris psychanalyste et le sujet souris n'ont pas encore été génétiquement déterminés.

Il n'existe pas plus de poisson autiste. Par contre, le poisson-zèbre sert de sujet d'étude :

"Le poisson zèbre peut sembler au premier abord un substitut improbable pour analyser les causes de l'autisme, dans la mesure où le poisson ne fait pas preuve des fonctionnements sociaux complexes qui sont atypiques chez les personnes autistes. Cependant, les gènes du poisson et de l'homme sont très proches, avec environ 85% de tous les gènes humains qui ont un équivalent, ou homologue, chez le poisson. Les gènes contrôlent aussi les voies moléculaires, et là où on les a observés, ils sont semblables chez le poisson et chez l'homme.

Ces gènes et voies partagés sont le point de départ justifiant de se servir du poisson pour comprendre quels gènes dysfonctionnent dans de nombreux troubles, y compris l'autisme. Nous appelons le poisson un "outil" plutôt qu'un "modèle", pour faire comprendre que même s'il ne développe pas de symptômes comme les humains, il est utile pour étudier des aspects du trouble autistique."
Traduction de lulamae de "How fish can help find causes of autism"

Illustration 1
Poisson-zèbre © Wikiedia

Pour en revenir aux souris autistes (avec une grande diversité, 92 modèles de souris autistes, je crois), si les études permettent de légaliser l'ectasy et le cannabis pour les personnes autistes, où serait le problème ? Suite aux essais menés à l'origine au CRA de Bretagne par le Dr Eric Lemonnier, de nombreux adultes autistes prennent - ou prennent, puis arrêtent - du bumétanide, qui est commercialisé sous la marque Burinex - et qui est donc légal. S'ils estiment que çà leur assure un meilleur confort de vie, où est le problème ? Si ce n'est l'inconvénient mineur d'avoir à pisser sur le mur d'un Ministère, le plan Vigipirate ne permettant pas d'accéder rapidement aux toilettes.

Même question pour la mélatonine.


spectrumnews.org Traduction de "Drug tested in mice may deliver ‘ecstasy’ of social interactions to autistic people"

La drogue testée chez la souris peut procurer de l'" euphorie " pour les interactions sociales chez les personnes autistes.


par Nicholette Zeliadt / 23 mai 2019

Illustration 2
Des animaux en fête : Les jeunes souris préfèrent passer du temps avec d'autres souris plutôt que d'être seules. © Igor Stramyk / Shutterstock

La capacité d'apprendre à partir des expériences sociales diminue à l'âge adulte, selon une étude chez la souris, mais l'ecstasy, une drogue récréative, peut la ramener 1.

La perte de cette capacité semble provenir des neurones d'un centre de récompense dans le cerveau, selon l'étude.

Des changements similaires pourraient expliquer pourquoi certaines personnes autistes trouvent les interactions sociales moins agréables que les personnes typiques.

"Ce circuit que nous commençons à définir comme important pour les comportements sociaux liés à l'autisme pourrait être celui que nous voulons le plus étudier", explique Gül Dölen, chercheur principal et professeur assistant en neuroscience à Johns Hopkins University à Baltimore.

Les travaux laissent également entendre que l'ingrédient actif de l'ecstasy - la 3,4-méthylènedioxyméthamphétamine (MDMA) - pourrait atténuer les difficultés sociales des personnes autistes.

Chez la souris, le médicament rouvre la " période critique " - la période pendant laquelle le cerveau est suffisamment souple pour apprendre - à l'apprentissage social et gratifiant, grâce à l'hormone sociale ocytocine. Chez les adultes autistes également, les thérapies comportementales pourraient être plus efficaces si la MDMA pouvait rouvrir la fenêtre critique de l'apprentissage social, affirme Elizabeth Berry-Kravis, professeure de neurologie infantile au Rush University Medical Center à Chicago, qui n'a pas participé à l'étude.

Ce scénario est théorique pour l'instant : personne ne sait si la même période critique existe chez les gens, et encore moins si elle joue un rôle dans l'autisme.

Néanmoins, les résultats donnent un premier aperçu de la façon dont le cerveau réagit aux interactions sociales au cours d'une vie.

"Les propriétés gratifiantes de l'interaction sociale n'ont reçu que très peu d'attention ", déclare H. Elliott Albers, professeur de neurosciences Regents à la Georgia State University à Atlanta, qui n'a pas participé à l'étude. "Personne ne s'est vraiment penché sur sa durée de développement, sur la façon dont elle change au cours de sa vie ; c'est la première indication réelle qu'elle change."

Possibilités d'apprentissage

Dölen et ses collègues ont appris aux souris à associer une situation sociale - cohabiter avec des compagnons de portée - à un type de litière et être seules avec un autre type. Ils ont ensuite donné aux souris un choix de chambres contenant l'un ou l'autre des types de litière et ont mesuré le temps qu'elles y ont passé. Les chercheurs ont testé des souris à plusieurs âges, afin de trouver des équivalents humains de l'enfance à la fin de l'âge adulte.

Les souris les plus jeunes, âgées d'environ 21 jours, préfèrent la chambre avec la literie sociale. Cette préférence est plus élevée chez les souris plus âgées jusqu'à l'" adolescence " à 42 jours, puis plus faible ; elle est absente chez les souris " adultes " qui ont 98 jours ou plus.

Les résultats suggèrent que les souris adultes ne peuvent plus apprendre à associer le contact social à un stimulus, disent les chercheurs. "C'est peut-être parce que les interactions sociales sont moins agréables à cet âge et sont donc moins susceptibles de favoriser les comportements acquis ", explique Dölen.

Toutefois, les souris adultes préfèrent la literie d'une pièce où on leur a donné de la cocaïne, ce qui laisse entendre que l'effet de l'âge est propre à la récompense sociale.

On croit que l'apprentissage socialement gratifiant exige la libération de l'hormone ocytocine dans le noyau accumbens, une région du cerveau impliquée dans la récompense. L'ocytocine modifie la force des connexions neuronales dans le noyau accumbens - un phénomène appelé plasticité synaptique.

Illustration 3
Noyau accumbens © McGill University

L'équipe de Dölen a baigné des tranches du noyau accumbens dans une solution ocytocine. Les tranches de souris adultes présentaient moins de plasticité que celles des souris adolescentes.

"Le comportement et la plasticité synaptique atteignent leur apogée à l'adolescence et disparaissent à l'âge adulte ", dit Dölen.

Les chercheurs ont ensuite injecté de la MDMA à des souris adultes, ce qui déclenche la libération d'ocytocine, et ont testé l'apprentissage social et gratifiant deux jours plus tard. Ces adultes ont maintenant montré une forte préférence pour les contacts sociaux, et les synapses étaient également sensibles à l'ocytocine. Le blocage des récepteurs de l'ocytocine empêche ces changements, ont rapporté les chercheurs en avril dans Nature.

Tous ces résultats suggèrent que la signalisation de l'ocytocine dans le noyau accumbens contrôle la période critique de l'apprentissage social et de la récompense.

Dölen et ses collègues étudient l'apprentissage social et gratifiant dans un modèle murin du syndrome de l'X fragile, une pathologie liée à l'autisme.

Références:

  1. Nardou R. et al. Nature 569, 116-120 (2019) PubMed

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