Nicolas - Autisme et ITEP 1/4

En théorie, les jeunes autistes ne vont pas dans les ITEP. Et pourtant, si. Exemple de Nicolas. Témoignages et analyses sur cette question à l'heure de la généralisation du dispositif ITEP, et à la lumière du récent livre d'Hugo Dupont : "Ni fou, ni gogol! - Orientation et vie en ITEP"

Les ITEP - instituts thérapeutiques, éducatifs et pédagogiques - ont pour mission d'accueillir "les enfants, adolescents ou jeunes adultes qui présentent des difficultés psychologiques dont l'expression, notamment l'intensité des troubles du comportement, perturbe gravement la socialisation et l'accès aux apprentissages. Ces enfants, adolescents et jeunes adultes se trouvent, malgré des potentialités intellectuelles et cognitives préservées, engagés dans un processus handicapant qui nécessite le recours à des actions conjugées et à un accompagnement personnalisé  (...) (décret 6 janvier 2005)"

Une circulaire ministérielle du 14 mai 2007 a indiqué" : "Il convient de remarquer que d’une façon générale, les ITEP ne sont pas adaptés à l’accueil d’enfants et adolescents autistes ou présentant des troubles psychotiques prédominants, ou des déficiences intellectuelles importantes, qui requièrent d’autres modes d’éducation et de soins, et qui pourraient souffrir de la confrontation avec des jeunes accueillis en ITEP." 

La loi "santé" de décembre 2015 a donné une base légale au "dispositif ITEP" : celui-ci permet de modifier l'orientation d'un jeune vers un service (SESSAD, accueil familial, internat en ITEP ...) sans passer par une nouvelle décision de la MDPH. Un décret est en cours.

Parallèlement, un livre vient de paraître. Hugo Dupont, maître de conférences en sociologie à l’université de Poitiers, "a partagé leur quotidien et celui des professionnels qui les accompagnent. Dans un ouvrage stimulant,« Ni fou, ni gogol ! » Orientation et vie en ITEP , il analyse les tenants et les aboutissants de la mise à l’écart de ces jeunes" [Actualités Sociales Hebdomadaires du 14/10/2016].

J'ai montré cet article des ASH à la mère de Nicolas.

Nicolas a passé plusieurs années en IRP, ancien nom des ITEP. Il a été diagnostiqué autiste typique [de haut niveau] après son bac. C'est un professionnel du lycée qui a suggéré de contacter le CRA (Centre de Ressources Autisme)

Histoire de Nicolas

La maîtresse de CE1 m'a dit un jour: " je ne suis pas formée pour m'occuper d'enfants comme Nicolas". Elle a fait une demande d'orientation "enseignement spécialisé", qui a d'abord été refusée, faute de place. Puis il est allé à St-s à l'école....

Et la demande a été renouvelée puis a abouti. On m'a fait miroiter, que des gens compétents aideraient Nicolas, et que petit à petit, il réintégrerait le système scolaire par la suite. Sauf que.... je me suis très vite rendu compte qu'il ne suivait aucun programme scolaire.... il l'a donc fait le programme à la maison, week-end et vacances.... pour garder "le" niveau. Puis il était en IRP [ITEP aujourd'hui], où il pouvait y avoir des enfants qui étaient là pour violence.

Il a donc vécu l'enfer une année.... et a été mis en IME par la suite pour le protéger. Mais, il s'ennuyait, se sentait régresser... J'ai demandé à ce qu'il aille en collège... et on s'est moqué de moi : "vous croyez que çà lui plaira d'aller en collège ?" .... alors je me suis battu pour l'en sortir.... il a fait un bilan psychotechnique et il est sorti.

La secrétaire générale de la CDES [commission départementale de l'éducation spéciale, remplacée dpeuis 2006 par la CDAPH] m'a dit: " vous, parents, vous êtes maîtres de la décision de le laisser ou de l'en sortir". ... mais aucun collège n'en voulait.... il a donc fait en 2 ans, 4ème aide et soutien, 4ème et 3ème à la maison, avec le CNED. ... puis admission en seconde générale .

Lors de l'inscription [au lycée], je n'ai rien dit, tellement j'avais peur qu'on le refuse.... mais, ils se sont très vite rendu compte qu'il était différent.... .... mais au lieu de le renvoyer, ils ont mis en place des mesures pour l'aider. Et pendant quatre ans, ils se sont en permanence adaptés à ses besoins.

Un jour, la CPE m'a dit: "on ne fait pas çà uniquement pour Nicolas".... une "pionne" était payée 1 heure de plus par semaine pour aider Nicolas. Elle l'aidait à s'organiser, faisait le lien avec les profs, moi; elle l'aidait à s'intégrer.... etc. Il a fait sa 1ère en 2 ans, à temps partiel, une partie au lycée, une partie avec le CNED. puis il eu une AVS, juste avant de passer son bac.

Il a donc eu son bac à 21 ans... puis BTS.... où çà ne s'est pas mal passé, mais il n'a pas eu d'aide.... puis licence, idem..... mais c'est la faute à Nicolas, car il voulait arriver "seul". Depuis, c'est l'intégration professionnelle qui piétine.... Il est suivi par le service SAVS TED, mais ce sont les premiers, donc ils essuient les plâtres, l'outil est à "créer", donc c'est long....

Le document [article des ASH du 14/10/2016] m'a fait revivre beaucoup de choses.... douloureuses.... ITEP de maintenant, est bien l'IRP de ce moment là..... et visiblement, rien n'a changé. Pour reprendre, depuis le début: Nicolas n'a pas eu une orientation IRP parce qu'il était perturbateur.... mais parce qu'il était en permanence sur un nuage. il apprenait mieux que la moyenne.... mais ne faisait rien (physiquement) en même temps, ni à la même vitesse que les autres. Tant qu'il avait une institutrice (jusqu'en CP) l'acceptant ainsi, sa présence ne posait pas problème.....

Mais à priori, les exigences du primaire,le rendaient inadapté au rythme de l'école. D’où l'orientation IRP. A l'IRP, il y avait deux classes.... les petits jusqu'à 12 ans, et les grands, de 12 à 16 ans.

Nicolas est arrivé à 9 ans; la classe des petits s'est bien passée, si on excepte le défaut de programme scolaire, qu'il a dû faire à la maison. C'est lorsqu'il est parti dans la classe des grands, qu'il a subi la violence, et a été placé par la suite en classe IME.

Sinon, ce qu'il a vécu, c'est exactement, ce qui est écrit dans le document.... Lorsqu'il est entré, on m'a fait miroiter une rééducation et une réinsertion progressive au milieu scolaire.... sauf qu'il n'y a jamais eu de réinsertion. C'était comme s'ils voulaient garder Nicolas pour eux.

Autres points négatifs:

  • pendant 6 ans, j'ai dû me battre pour que Nicolas ne devienne pas un étranger pour la famille.

  • lorsqu'il y avait un "petit" problème matériel, c'était de ma faute parce que je l'avais mal éduqué.

  • j'étais mal vue parce que j'osais ne pas être d'accord avec tout ce qu'ils décidaient pour Nicolas.... ils auraient aimé que je m'emporte, pour me faire passer pour une folle, une mère irresponsable, mais je gardais mon calme.... même si j'en pleurais presque toutes les nuits.

Heureusement, qu'il y a eu à ce moment là une formidable secrétaire générale de la CDES qui m'a bien expliqué, et permis de sortir Nicolas de ce système complètement sectaire.

Maintenant, je ne sais pas ce qui existe, mais à l'époque, le problème était qu'il n'existait rien correspondant aux difficultés de Nicolas.... d'où l'orientation IRP.... mais qui lui correspondait encore moins.

Je pense que le mieux aurait été qu'il soit scolarisé à la maison, avec le CNED..... et qu'on ne vienne pas me dire que çà l'aurait désocialisé. A mes yeux.... avec le CNED, il aurait été scolarisé.... alors qu'à T., il était déscolarisé, comme il ne suivait plus le programme scolaire, même si il allait à l'école tous les jours.... et tu vois, beaucoup de parents d'enfants autistes confondent.....

Perso, je dis qu'il faut mettre l'enfant là où il est le mieux, avec le rythme qui lui convient, en n'hésitant pas à mixer plusieurs choses, école, CNED, maison, aide ponctuelle, ....

A Landxx (lycée), c'est ce qui a été fait pour que Nicolas ce sente au mieux.

Pour revenir à sa sortie de T(irp/itep).... la psychologue m'a dit: "çà nous a fait mal que vous enleviez Nicolas, car il était quelqu'un d'important pour l'établissement" ..... tiens donc!!!!!! pendant 6 ans, il n'a pas été traité avec cet égard!!!!

Une fois sorti, les collèges me disaient poliment de le ramener de là où il venait.... C'est la présidente d'une asso pour enfants surdoués de Brest qui m'a dit de l'inscrire au CNED. puis, par la suite, le principal de St-E (où était sa sœur) qui m'a tendu la main; il a proposé que Nicolas suive "officiellement" le programme de 3ème avec le CNED, et parallèlement , suive quelques cours en collège, pour sa réintégration progressive; ainsi, il faisait maths, techno et art plastique au collège... Il devait aussi faire histoire-géo, mais la prof trouvait qu'il n'écrivait pas assez vite, donc il n'a pas fait. Après Landxx.... cf plus haut...

Il est sorti de l'IRP à 15 ans. Mon idée était de le sortir avant ses 16 ans, l'école étant obligatoire. d'une part, je ne pensais pas encore à la possibilité du CNED.... D'autre part, je me disais que quelqu'un serait bien obligé de l'accepter, ce qui est faux. De plus, la CDES, qui me disait que c'était nous qui avions le choix de le sortir ou pas, avait quand même renouvelé l'orientation en IRP, parce qu'il n'avait pas 16 ans... .... mais du coup, les "collèges" s'en servaient pour le refuser.

 A suivre

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