« Nous avons à nous battre… » - La Pologne sous Kaczynski 3/3

Ce samedi 27 février, la Pologne descend à nouveau dans la rue. Une grande marche nationale converge sur Varsovie, aux cris de "Nous, le peuple!". A l'appel du KOD, elle proteste contre les atteintes aux libertés démocratiques par les conservateurs du PiS. Dans le dernier épisode de son récit de voyage, Jean-Yves Potel nous fait découvrir les réflexions politiques qui animent ce mouvement.

Et je poursuis mon périple. Je rencontre une multitude de gens à Gdansk, Łódź ou Varsovie. Dix jours durant. Chaque fois, même interrogation, même attention aux événements. À Łódź, un jeune militant de Razem [Ensemble], me présente son parti comme le porte-parole des exclus. Il rêve au destin de Podemos. « Plus personne ne représente les précaires, me dit Mateusz Mirys en sirotant un coca light au fond d’un ancien squat transformé en café alternatif. « Nous avons besoin d’un nouveau langage » Il craint une évolution « à la hongroise ». Dans le même café, Marek Jedlinski et Marina Dominiak qui animent depuis huit ans les cercles à Łódź de la revue Krytyka Polityczna, boivent des bières. Ils partent d’un constat analogue : « la transformation » – c'est-à-dire les changements depuis 1989 – « n’a pas profité à tout le monde ». Leur revue, née une douzaine d’années plus tôt à Varsovie, se veut un cadre ouvert à la refondation d’une autre manière de faire de la politique, de voir les changements de société. Ils espèrent une « nouvelle gauche », en rupture totale avec les ruines de l’ancien parti communiste. Ils sont persuadés que le PiS mènera une politique économique libérale comme ses prédécesseurs. Que les plus pauvres payeront l’addition.

C’est exactement ce que m’avaient suggéré, la veille, plusieurs chefs d’entreprises de la ville, avec qui j’avais dîné, grâce à l’invitation d’un vieil ami entrepreneur dynamique. Ils brocardaient les mesures du PiS visant à taxer les banques et le chiffre d’affaire des grandes surfaces. «Qui va payer ? », me demandait l’un de mes interlocuteurs, en répondant aussitôt : « Eh bien, les consommateurs, parce qu’ils vont augmenter les prix, et les petits producteurs auxquels les grandes surfaces imposeront des tarifs de plus en plus bas ». Ils conserveront leurs marges...  

Quelle protestation ?
Marina Dominiak et ses amis manifestent avec le KOD. Elle me décrit une large mobilisation. La dernière fois, elle a vu à Gdansk « nombre de gens qui descendaient dans la rue pour la première fois ». Elle transmet un étonnement enthousiaste. Et des interrogations. « Je me demande où ça nous mène. Il faudrait dépasser la dénonciation du PiS, proposer quelque chose de positif. » Mais quoi ?

À Gdansk, Elżbieta Rutkowska, responsable de la même revue, dispose avec sa collègue d’un grand bureau au centre ville. Elles y accueillent des initiatives locales très diverses, sociales, féministes, éducatives ou artistiques. C’est un forum permanent. Des gens de toutes générations, des initiatives formidables. Ce qui ne la dispense pas de lucidité : « Nous manquons de perspectives », me dit-elle encore. En fait, la protestation contre la transformation mal faite, n’est pas réservée au PiS. Celui-ci en a sans doute capté une part, beaucoup d’autres se rassemblent aujourd’hui derrière le KOD. Certains sont moins « concernés par la crise sociale ou le chômage », plus par les atteintes aux libertés. D’autres sont simplement en colère. Aucun n’est « satisfait ». Ils tirent un bilan critique des années PO, de sa gestion sociale, de la dégradation des services publics (santé, enseignement, petite enfance…). Les récriminations sont récurrentes et de plus en plus agacées. Ils en veulent au personnel politique médiocre, coupé des réalités. L’ancien président Bronisław Komorowski, qui se voyait réélu dès le premier tour, est particulièrement moqué.

J’ai revu quelques amis des milieux artistiques. Aneta Szylak, conservatrice d’art contemporain à Gdansk, avait fondé une galerie dans l’ancien chantier « Lénine ». Elle prépare maintenant un grand musée pour le Littoral. Elle est effondrée. Elle se demande comment les gens peuvent gober pareilles grossièretés politiques. L’intox des médias ? La faiblesse du système éducatif ? « Les gens sont trop attachés au consumérisme », les perspectives politiques sont minces. Les nouveaux libéraux de Nowoczesna [Moderne] qui grimpent dans les sondages, lui paraissent            « élitistes ». Ils ne rassemblent pas. Elle est tentée par Razem, pourtant faible. « Ils se développent très vite. » Mais la politique n’est pas son fort. Il est surtout « urgent » d’agir, me lance-t-elle. Comme Rafael Lewandowski, un jeune et brillant réalisateur de cinéma (fiction et documentaire), qui ne décolère pas sous ses airs souriants et pacifiques. « Non seulement ce que nous avons fait et construit serait menacé, en plus on nous traite de Polonais de 2e catégorie ! » Il ne cache pas son désarroi lorsqu’il me raconte des repérages à Lublin pour un documentaire sur la jeunesse et les extrêmes, d’où il est revenu choqué après avoir écouté des jeunes débiter des propos racistes insensés. Il me raconte les intrigues dans les institutions culturelles, notamment dans l’Institut du film, équivalent de notre CNC. Nominations à la tête des commissions qui sélectionnent les projets subventionnés, réduction probable des fonds, déclarations du ministre pour la priorité aux superproductions patriotiques, etc. Cela dit, il  « ne croit pas une seconde que ça va durer ». Il a confiance en la mobilisation.

Comme cette députée de Nowoczesna, croisée à Sopot, Ewa Lider, qui croit en son action. Ce matin-là, elle est rentrée en Pendolino après une soirée houleuse à la Diète. Il s’agissait du budget de la culture. Le PiS voulait détourner 20 millions de zlotys du poste « théâtre », pour les offrir à l’école du père Rydzyk, le prédicateur intégriste de radio Maryja.« On l’a bloqué de justesse, je suis certaine qu’ils trouveront une autre voie. » Outre la combativité extraordinaire de cette femme, j’ai tout de suite compris combien son « libéralisme » ne se limitait pas à une doctrine économique. Membre du parti des femmes, elle agit avant tout sur le plan local. Elle avait réuni 12,4% des suffrages aux dernières municipales. La condition des femmes est son principal domaine d’action. Elle s’intéresse aussi à l’écologie, aux catégories défavorisées. Elle pense que le local est le niveau efficace. Elle soutient naturellement le KOD et manifeste, mais croit cependant qu’’il doit s’allier avec les partis d’opposition.

Tous mes interlocuteurs m’ont accueilli avec le même désir de s’exprimer, et tous se sont accordés sur le diagnostic.  La success story de la Pologne démocratique a rejeté une partie de la société, laquelle prend sa revanche en apportant ses suffrages à un parti conservateur national catholique. C’est très dangereux pour l’avenir du pays. « Nous avons à nous battre », m’a dit Olga, la jeune galeriste de Gdansk. On craint un retour en arrière, on sent la nécessité d’agir.

Quel tournant ?
Sommes-nous pour autant devant un tournant radical dans l’évolution de la Pologne démocratique ? J’ai posé la question à Andrzej Leder, auteur l’an dernier d’un essai remarqué sur l’histoire de la Pologne . Il me reçoit à l’Académie des sciences, où il anime un séminaire à l’institut de philosophie. Psychothérapeute dans le civil, c’est un homme posé. Il réfléchit avant de répondre à ma question dans un français impeccable :      « C’est un tournant, pas forcément définitif. » Il explique : « Nous sommes rattrapés par des lacunes accumulées depuis longtemps, et une grande partie de la société peut, à bon droit, contester certaines logiques de la transformation. » Il reprend, en quelques points bien organisés, l’idée centrale de son essai1.

La « révolution passive », ou plus exactement celle qui a été vécue comme dans le sommeil, s’est déroulée pendant la guerre et au-delà – de 1939 à 1956. C’est une révolution sociale parce que les destructions massives de populations (environ 17% des habitants y compris les trois millions de Juifs pendant la Shoah) et les expulsions d’après-guerre (6 millions d’Allemands, 500 000 Ukrainiens), ont créé « un vide social », ont défiguré la société. En plus de la destruction des Juifs, on a assisté au démantèlement des structures traditionnelles à la campagne, puis ce fut l’urbanisation et l’industrialisation autoritaire. « Ce vide a été rempli par de nouvelles classes urbaines venues directement de la campagne. » Or cette révolution imprime sa marque sur toutes les évolutions de la Pologne pendant la seconde moitié du XXe siècle, jusqu’à aujourd’hui. Marque sociale, avec la montée des élites issues de cette nouvelle classe moyenne urbaine. Marque imaginaire, dans la mesure où elle a été vécue comme un cauchemar et n’a pas trouvée sa place dans les représentations collectives. « Cette ascension d’une nouvelle classe moyenne n’a jamais été légitimée par l’imaginaire national. Elle a d’abord été justifiée par les communistes, puis cette relation est entrée en crise, au profit de l’opposition démocratique. » On les retrouve jusqu’à aujourd’hui. Or « ni le parti communiste, ni l’opposition démocratique ne sont parvenus à construire, aux yeux d’une grande partie de la population, une légitimation durable de cette promotion. » Pour prendre l’exemple de la dernière période, il me cite le « double langage » des tenants de la transition démocratique : d’un côté l’affirmation de grandes valeurs humanistes (les droits de l’homme, la liberté, la démocratie) et de l’autre des pratiques économiques ultralibérales qui rejettent une partie de la société. Notamment celle qui a porté le changement, la classe ouvrière. Les deux discours se détruisent mutuellement. « C’est la raison pour laquelle la légitimité démocratique ne s’est pas profondément ancrée dans l’esprit populaire, et que remontent les vieilles traditions romantiques du XIXe siècle. La rhétorique du martyre, de la souffrance, de la Pologne Christ des nations, etc. » Le fond du désaccord entre ces élites et la Pologne profonde viendrait de cette crise de légitimité.

Je trouve cette thèse stimulante. Il argumente à partir du vote des jeunes, significatif de cette crise de légitimité dans la dernière génération adulte Il y voit trois courants2. Ceux qui cherchent des idéaux et qui s’accrochent à la patrie ont voté PiS. « Ils sont en révolte contre la culture dominante, ils adhèrent à une sorte de contre-culture revenue du passé, des représentations traditionnelles. » Avec la religion aussi ? « Oui, mais la religion est une source d’inspiration pour tous les courants. Pour ceux là, ce qui est crucial, c’est moins la religion que la nation. La patrie. Ces jeunes en veulent souvent à la génération de leurs pères qui aurait trahi ces valeurs. C’est une contestation idéaliste et morale d’une situation perçue comme complètement pourrie, sclérosée, sans idéaux. » Mais pourquoi cet engouement pour Janusz Korwin-Mikke, ce vieux député européen antisémite aux accents néonazis ? Il a rempli récemment un amphithéâtre d’étudiants à Poznań…  « Ces fans fonctionnent différemment. Pour eux, ce qui compte avant tout c'est la haine de ce qu'ils nomment oligarchie. Ils disent : vous prônez la liberté, mais vous n’en donnez qu’aux oligarques ! Nous en voulons plus. Les lois et les directives d’État ne servent qu’à favoriser leur pouvoir politique et économique. Il faut détruire ça. Ils se réfèrent à l’ultra libéralisme des Républicains américains. » Du Donald Trump ou du Sarah Palin ! Ils se voient les maîtres de la jungle. Ce qui va plutôt à l’encontre de la démagogie sociale du PiS, non ? « Certes. Ce qui les lie au PiS, c’est la dénonciation de l’oligarchie communiste originelle, qui aurait pris le pouvoir en se drapant dans un faux langage libéral. » Et le vote pour Paweł Kukiz, ce rocker au discours creux ? « C’est de la révolte pure. On vote contre tout. Pas de programme, pratiquement aucune proposition positive. Cet électorat n’est pas très stable. Fragile. Les mêmes avaient voté pour d’autres démagogues aux élections précédentes. Lui aussi se reconnaît dans le discours de Kaczynski contre l’establishment postcommuniste. »

 

Mateusz Kijowski © Natalia Krasicka Mateusz Kijowski © Natalia Krasicka

 

 

 

 

 

 

 

Quelles perspectives ?
Je demande alors à Leder comment il analyse l’émergence de ces protestations derrière le KOD. Il y participe bien sûr. Il est même étonné par l’ampleur de la mobilisation. Il reconnaît sa prise de conscience tardive. « Je me demande souvent pourquoi, il y a disons, cinq ans, je n’avais pas conscience qu’il fallait faire quelque chose. Nous vivions dans des îlots, dans ces grandes villes où le système libéral marchait assez bien. Nous ne voulions pas voir ces réalités. Ce n’était que des petits défauts qui disparaîtraient avec le temps, grâce au processus démocratique. Or ça n’a pas fonctionné. Maintenant nous nous réveillons avec la crainte que ces îlots soient détruits. » Et comment voyez-vous la dynamique générale ? « Je pense que nous entrons dans une longue phase de domination autoritaire. Kaczynski prépare déjà les moyens électoraux pour rester, une loi sera bientôt adoptée. Mais surtout, nous ne disposons pas, pour le moment, d’une symbolique politique capable de rivaliser avec cette poussée traditionaliste, qui puisse souder une alliance de la majorité autour de ce qu’expriment aujourd’hui les manifestations du KOD ou des petits partis comme Razem. » Un manque d’alternative en quelque sorte. Je lui fais remarquer que la Pologne n’est pas la seule dans ce cas.  « Oui, nous sommes au cœur du problème européen. Cette crise de légitimité politique traverse l’ensemble de l’Europe. »

Je le quitte, dubitatif. Son diagnostic est convaincant, sa vision de l’avenir, sombre. Il me semble que l’existence même de cette mobilisation transforme la donne. Le pouvoir peut adopter d’autres lois liberticides, cela suffit-il à changer le système ? Tiendra-t-il ? La protestation est profonde. Ce samedi 27 février, une grande marche nationale est encore prévue . La colère monte. Où cela va-t-il aboutir ?

Les Polonais n’aiment pas ce genre de question. « On verra », est l’expression la plus courante quand on parle de l’avenir politique. Je suis allé interroger celui qui, aujourd’hui, est le porte parole de cette mobilisation, Mateusz Kijowski, l’homme qui a réuni des « amis » sur facebook pour fonder le KOD, l’orateur – guère charismatique d’ailleurs – des manifestations. Il m’apparaît grand, un mètre quatre vingt au moins, dans une combinaison de motard, noire et jaune. La coiffure et les lunettes déjà célèbres. Fort sympathique. Nous partageons des paczki, c'est-à-dire de succulents beignets, les meilleurs de Varsovie me dit l’amie qui a organisé ce rendez-vous. Nos sommes au calme, dans l’excellent café de l’Institut historique juif. Il me raconte les premiers jours, les premières manifs, l’organisation qui se met en place, la prochaine marche. Il dit que ces élections ont montré que les Polonais voulaient que ça change, que les dernières années avec la PO n’étaient « pas très sexy ». Combien ils ont été choqués par les premières lois du PiS. « Des gens viennent me dire : je n’ai pas voté, c’est ma faute, je dois réparer maintenant. »

Sans doute, mais que propose le KOD ? « Nous sommes partis de quelques idées de base : la non- violence, le respect de la loi, la désobéissance civile, l’ouverture, la transparence. Nous agissons dans les trois directions énoncées par l’appel de Krzysztof Lozinski sur facebook : le contrôle de la légalité des lois, l’information et l’explication des événements, l’aide aux personnes persécutées pour leurs activités politiques. » En ce moment l’accent principal est porté sur la dénonciation des lois. « Nous n’avons pas de programme détaillé sur les impôts, le chômage ou la retraite. La solution politique n’est pas ici. » N’êtes-vous qu’un groupe de pression ? « En ce moment oui, pour le respect de la démocratie. C’est le but des manifestations. Nous organisons également des clubs de discussion, nous écoutons et discutons avec tout le monde, des journalistes, des experts, des dirigeants politiques, etc. La société polonaise est très divisée, il est vraiment difficile d’avoir un débat national entre les deux camps. C’est pourquoi nous essayons de construire un consensus sur quelques idées de base. » Ils inventent un espace public inédit. Je lui dis que cela me rappelle les initiatives de l’opposition démocratique des années soixante-dix/quatre-vingt, le KOR qui se qualifiait de comité d’autodéfense sociale. Il en convient.

J’en viens à leurs relations avec les partis politiques d’opposition. « Ils sont évidemment tentés de nous récupérer. Ils viennent dans nos rassemblements, tentent de déployer leurs banderoles ou, comme l’autre jour, leurs parapluies. Je parlais au micro et tout à coup quelqu’un a ouvert un parapluie de Nowoczesna au-dessus de ma tête. Il ne pleuvait pas ! Des membres de PO tentent de se faire élire localement, ou d’organiser des meetings en notre nom. Nous sommes vigilants. Nous devons montrer aux politiciens que nous sommes indépendants. C’est la condition de notre force. » Pourtant vous vivez une grave crise politique, il vous faudra bien trouver une forme de cohabitation avec ces partis ? « Bien sûr. Nous devons coopérer. Il n’y a pas d’autre issue. Les politiciens sont utiles pour diriger l’État. Nous devons échanger des idées avec eux tout en gardant une relation transparente, claire. En fait, les citoyens sont les employeurs des politiciens, pas l’inverse ! Les partis ont des idées, ils les présentent aux citoyens qui peuvent les acheter. Et si, une fois élus, ils ne les mettent pas en pratique, ils sont virés. Nous sommes un mouvement citoyen. »

Ces professions de foi me font penser à ce qu’en Pologne on nomme la « première Solidarité », c’est-à-dire le grand mouvement populaire de 1980-1981, que j’avais vu de près. J’entreprends Kijowski sur ce parallèle. Il le trouve flatteur, ses parents étaient à Solidarność. Je lui rappelle les conflits politiques de l’époque. « C’est vrai, mais il n’y avait pas de partis, il fallait en construire, beaucoup sont nés du syndicat. Maintenant nous avons ce qu’il faut, il existe un grand nombre de partis installés dans le jeu démocratique. Ils ont leurs programmes. Nous ne les combattons pas, nous essayons de construire une relation claire avec eux, pas de fabriquer un parti supplémentaire. Tous peuvent prendre la parole dans nos rassemblements, nous les écoutons. » Il sait que beaucoup de gens, au sein du KOD, voudraient que le mouvement s’engage sur d’autres thèmes comme l’aide aux réfugiés, les nouvelles taxes ou la condition des femmes. « Il y a d’autres cadres pour cela, nous devons nous tenir à notre engagement de base. »

Et comment voyez-vous l’évolution immédiate ? « Ma boule de cristal est brisée ! », sourit-il.« Nous envisageons toutes sortes de scénarios. » Un compromis PiS-PO sur la Constitution ? « Peu probable, la PO perdrait les quelques crédits qui lui reste. » Une confrontation violente ? « Ce n’est pas impossible. Nous avons déjà observé quelques kibole [supporters de foot] rôder autour de nous, ils pourraient provoquer des affrontements.»  Mais en fait ? « Je crois que le pouvoir espère plutôt un pourrissement. Malheureusement pour lui, nous sommes toujours plus nombreux ! Il est extrêmement difficile de prévoir ce qui va se passer… ». Il faut être patient et tenace. « Tout est encore ouvert. »

Koniec… fin 

 Notes

1. Andrzej Leder, Prześniona rewolucja. Ćwiczenie z logiki historycznej, [La révolution passive. Exercice de logique historique], éditions Krytyka Polityczna, Varsovie, 2014.

2. Selon les sondages au sortir des urnes, les votants de 18-29 ans ont moins voté aux législatives d’octobre 2015 que la moyenne des Polonais, mais 64% s’est prononcé pour la droite conservatrice ou l’extrême droite (26% pour le PiS, 20,6% pour Kukiz, 16,8% pour Korvin-Mikke). J’ai analysé ces données dans mon article « La Pologne change-t-elle de voie ? », Pages Europe, 10/02/2016, Documentation française, http://www.ladocumentationfrancaise.fr/pages-europe/pe000010-la-pologne-change-t-elle-de-voie-par-jean-yves-potel/article  

 

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