Debout la Sorbonne, et les étudiant·es, debout!

Retour sur la journée du 4 décembre dans les environs de la Sorbonne-mère et de Panthéon, où s'est tenue une AG (assemblée générale) étudiante de 300 personnes, puis une manif sauvage jusqu'à Saint-Michel. Retour également sur la décision du rectorat de fermer le centre pour la journée.

Malgré l'indignation qui court sur le web et dans les cœurs, malgré nos camarades étudiant·es qui n'en peuvent plus, comme tout le reste de la société, les précaires et les services publics, la mobilisation de la jeunesse s'est faite attendre. Quelles AG avec des centaines de personne à Tolbiac, quelques quatre-vingt à la Sorbonne dans les semaines passées, mais rien de comparable avec la mobilisation d'il y a deux ans contre Parcoursup. Il faut dire, celle-ci nous a aussi épuisé et ne s'est pas soldée par une victoire, de quoi entamer nos forces sur le long terme.

En dépit de ce départ de feu pour le moins poussif, le rectorat a décidé de fermer préventivement le centre de la Sorbonne-mère (et quelques autres) pour la journée du 4 décembre, préventivement : il devait en effet se tenir une AG dans la Sorbonne même, amphithéâtre Champollion.

Ont-il eut peur d'une nouvelle occupation ? Rappelons que durant les mobilisations d'il y a deux ans, la Sorbonne a été fermée pendant des semaines et tous les cours annulés, par décision du rectorat. Celui-ci, donc, persiste et signe dans son allégeance au gouvernement.

Ce n'est évidemment pas une surprise – mais prenons tout de même quelques instants pour nous indigner. Quelle réponse est faite aux étudiants dont les camarades crèvent sous le joug de la précarité, dont la sélection est de plus en plus ardue et effectuée sur des critères sociaux, sélection qui organise progressivement le tri des étudiant·es étranger·es, sous réserve de moyens financiers (et donc, d'une certaine provenance) ?


« Circulez, il n'y a rien à voir ».

On pourrait attendre, dans un monde pas trop mal fichu, un intérêt plus prononcé pour la santé, la réussite et les intérêts des étudiant·es et de la jeunesse en général, de la part d'une direction d'Université. Mais, non, ils seront droits dans leur bottes, aux ordres.

Nous ne sommes pas les seul·es, en surplus, à nous retrouver malmené par les politiques néo-libérales : les doctorant·es, les personnels, jusqu'aux enseignant·es ne vivent pas ou ne sont pas promis à un futur beaucoup plus brillant, sauf rares élu·es.

Bref, le monde de l'enseignement en général a beaucoup à perdre à rester passif en face des politiques actuelles, et il a besoin de beaucoup gagner pour changer la situation d'aujourd'hui, déjà catastrophique. C'est pourquoi il nous est vital de pouvoir nous organiser, nous réunir, parler, discuter, échanger.

Dans ce contexte, la décision du rectorat de fermer les centres alors même qu'aucune assemblée générale ne s'y est encore tenue, plutôt que de permettre le dialogue et l'organisation des étudiant·es et des personnels, est une décision lourde de sens politique.

« Devoir de réserve », me dira-t-on. Mais à quel moment le devoir de réserve peut-il encore être pris au sérieux, quand les politiques sont si assassines ? Le devoir de réserve est-il un devoir de suicide ? Non, bien sûr : on sait que les haut-fonctionnaires ne sont pas mal lotis, et ce n'est certes pas le recteur ou le président d'Université qui auront à s'inquiéter pour leur retraite.

Dans un monde pas trop mal fichu, ces considérations de classes seraient peut-être de second ordre, au regard du besoin de soutien des plus précaires du monde de l'enseignement. Mais, il faut croire, ce monde est assez mal fichu, ou en tout cas ceux qui le dirigent n'en ont pas grand chose à carrer de celleux qui crèvent à leur pieds.

Parce que la précarité tue, il faut encore et toujours le rappeler.

Elle tue toute le monde, des jeunes et des vieux, et tous les autres. Ces dernières semaines, il est devenu particulièrement visible qu'elle nous tue nous aussi, les étudiant·es. Votre futur, l'avenir, vos gosses, quoi.

Le rectorat, donc, préfère fermer les portes. « Circulez ». Les gosses peuvent crever, marteler aux portes, qu'ils crèvent tant qu'ils crèvent en silence.


Prenons donc quelques instants pour faire de la place à ces phrases, quand deux étudiant·es viennent de se suicider ces dernières semaines, dont un aujourd'hui. Pour cause de précarité, et d'avenir bouché. Quittons un instant la logique gestionnaire, le droit et les discours politiciens, pour s'ouvrir un peu à la dimension de l'événement de ces jeunes vies qui se suppriment, tout simplement parce que l'organisation sociale qui s'édicte dans les palais feutrés nous prend chaque jour un peu plus à la gorge.

Prenons un instant pour mesurer les priorités qui devraient être, et leurs priorités par contraste.

Las, le combat se fera aussi
contre eux, puisqu'ils ont choisi leur camps. Les étudiant·es ont démontré aujourd'hui que ni le froid, ni l'absence de salle ne sauraient les empêcher de se réunir et de faire front avec le reste des secteurs sociaux, contre la tyrannie fascistoïde macronienne. C'est maintenant un bras de fer entre une direction servile et la détermination des étudiant·es : tant que cette détermination subsiste, rien ne nous empêchera de nous organiser envers et contre tout, y compris contre notre propre université.

Au vu du nombre des étudiant·es de cet après-midi, gageons que la Sorbonne sera fermée pour un petit bout de temps.

Reste le mot de la fin : il est temps de relever la tête.

Debout la Sorbonne, et les étudiant·es, debout ! Les autres, debout ! Demain c'est le feu, la rage et les pavés, et le chemin sera long ! Alors soyons, comme le disait l'autre, « de la dynamite » ! Debout, debout !

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