Politique et culture: retrouver le désir

Voter, cela doit être une affirmation de quelque chose, de même qu’aller au spectacle, au cinéma, ou se plonger dans un livre. Si cela n’est plus nourri par un désir, mais par une obligation, une opposition, une lassitude, cela risque de s’assécher, de se déshumaniser, de mourir. Ecrire cela peut sembler à certains d'une banalité sans nom, mais cela semble à-propos en ce 15 décembre.

Sécheresse dans une oasis. La « mid-life crisis » de la démocratie.

La sécheresse politique et la sécheresse culturelle gagnent du terrain depuis des années, bien qu’elles soient parfois très difficiles à saisir dans l’oasis d’abondance qu’est notre territoire, la France (bien sûr, il ne s’agit pas ici d’ignorer les inégalités et les manques qui frappent très durement une partie de la population, mais de tenter d’avoir le regard le plus large possible).

Notre pays flotte dans une sorte de « mid-life crisis », crise d’adulte mal assumé regardant son passé avec satisfaction et scrutant son futur avec crainte… « On a tout fait, tout vu, tout entendu. On a parcouru un grand chemin vers la démocratie, le confort, la technologie… On essaie quoi maintenant ? On casse tout pour voir ? »

Casser la politique, casser la culture ? Les casser comme on le ferait avec de vieux et charmants objets qu’on fait tomber en nettoyant la poussière sur une étagère oubliée ?

Non, au contraire.

Voter, participer, prendre la parole, ce serait comme pratiquer sa propre culture, ce serait être libre ?

Oui, voter, aller dépouiller, prendre soin du vote est une façon d’exercer sa liberté, pour tout un chacun, femme ou homme.

La liberté de choisir la couleur de son vote.

La liberté d’aller voter ou pas.

La liberté de s’exprimer sur son vote ou pas, de militer pour une question, un parti, une personnalité, de s’opposer à une ligne politique, une déclaration, un papier.

Cette liberté qui nous semble aujourd’hui aussi naturelle que la lumière du soleil est pourtant à protéger, car elle est bien fragile. 

Elle est fragile pour un tas de raisons mais surtout parce qu’elle procède d’un effort, et que l’effort est quelque chose que l’on essaie de limiter à chaque instant du quotidien, dans tout ce que l’on fait.

C’est un effort, en effet, d’aller voter, de dire et d’argumenter ce que l’on pense, de s’investir dans une réflexion politique, de débattre réellement, de ne pas se laisser aller au sommeil politique, social et économique.

 

Oui, aller au spectacle, ouvrir un livre, choisir un film, écouter de la musique est une façon d’exercer sa liberté pour tout un chacun, femme ou homme.

La liberté de choisir le type de spectacle que l’on veut voir.

La liberté de préférer rester chez soi.

La liberté de débattre sur les oeuvres, pour en apprécier l’utilité, ou la vacuité, la force et les faiblesses, de les aimer ou de les détester, de les porter ou de les délaisser.

Cette liberté qui nous semble aujourd’hui aussi naturelle que la lumière du soleil est pourtant à protéger, car elle est bien fragile (c'est une répétition de phrase du paragraphe précédent, c'est volontaire !!)

Elle est fragile pour un tas de raisons mais surtout parce qu’elle procède d’un effort, et que l’effort est quelque chose que l’on essaie de limiter à chaque instant du quotidien, dans tout ce que l’on fait. (itou).

C’est un effort, en effet de sortir de chez soi, de dire et d’argumenter ce que l’on pense d’une oeuvre, de s’investir dans une réflexion artistique, de débattre réellement, de ne pas se laisser aller au sommeil esthétique.

La liberté politique, culturelle, doit être une fête, pas seulement un « effort », un « sursaut », un « réveil ».

La liberté ne doit pas être autre chose qu’une joie, un désir, une expression réelle, un bain de jouvence perpétuel.

C’est comme un sport, une pratique spirituelle, une éducation, une sexualité, une nature, une union : elle doit être pratiquée pour s’épanouir, pour mieux se connaitre, pour se perfectionner, pour évoluer.

La culture et la démocratie sont deux indissociables moteurs de liberté dont le carburant est le désir.

En replaçant la culture au coeur du débat politique, et le discours politique dans le paysage culturel, on peut réactiver le désir qui semble tant nous manquer.

Ne nous contentons pas de jouir, redevenons une société du désir.

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