L’Artistique, pour une société audacieuse, novatrice et libre.

Artistes et structures, défenseurs d'une culture ouverte, innovante et responsable. Réflexions autour du spectacle musical Jeune Public.

 

L'Artistique : artistes et acteurs culturels

Les acteurs culturels que nous sommes, sous le regard et dans l’échange avec toutes les personnes que nous côtoyons, portent le défi qui est souvent uniquement balayé du regard par nos instances politiques : la "Culture avec un grand C". Cela paraît ronflant, mais en ce qui me concerne, ce n'est pas une mince affaire... 

Cette culture qui est notre fer de lance est celle que nous portons, celle qui ouvre les esprits, qui rend compte du meilleur de l’humain, qui permet le progrès, l’accomplissement et tend vers l’universel tout en s’attachant à valoriser l’originalité.

Ce que j'appelle l'Artistique, ce sont les artistes, dont je suis au titre de metteuse en scène, mais aussi les structures qui les accompagnent, dont je suis aussi au titre de directrice artistique. L'Artistique regroupe donc ceux qui oeuvrent de concert sur le terrain pour montrer, pratiquer et défendre une Culture ouverte, libre et porteuse d’idéal vers laquelle nos sociétés peuvent tendre.

Périodes troublées et ré-affirmation de valeurs

Il est salutaire dans ces périodes troublées (où le repli identitaire menace le principe même de dialogue culturel et où l’artiste peut parfois se sentir soit rabaissé-e, soit utilisé-e et donc déconsidéré-e) de ré-interroger les fondements de nos actions artistiques quelles qu’elles soient.

Ces périodes que nous traversons actuellement ont en effet cette particularité de nous inquiéter, tout en nous renforçant dans nos valeurs, nos désirs et notre sincérité.

Ne devons-nous pas nous battre encore plus pour ce que nous croyons ? Ne devons-nous pas plus nous fédérer pour arriver à faire entendre notre voix ? Ce pour quoi nous nous battons, puisqu’il demande autant d’efforts avec si peu de moyens, se doit donc d’être soigné, ciselé, et inattaquable. Il doit l’être aussi pour la simple raison que nous nous adressons à un public particulier, et que nous le faisons dans la conscience d’une grande responsabilité : les premières réceptions de la musique de ces publics vierges seront déterminantes dans leurs vies d’amateurs-trices, de musicien-nes ou de simple passants, spectateurs d’un jour.

À la lumière des cette responsabilité qui leur incombe, les artistes d’aujourd’hui, ainsi que les personnes qui les accompagnent -structures, salles, festivals, etc..- peuvent chacun-e à leur échelle propre se reposer les questions de leur place dans nos sociétés, de leur envergure de mouvement, de leur force de proposition et du sens de tout cela.

Le spectacle musical Jeune Public

Travailler en direction du jeune public ou public jeune, fragilisé, contraint ou non, mais aussi plus largement vers l’ensemble de la société, en ayant une perspective claire bien que lointaine, un horizon dégagé bien que semé d’embuches, est une grande chance.

Le challenge que nous relevons est d’autant plus excitant car l’objet est beau, l’enjeu est noble, et le but est difficile à atteindre.

La Culture en général, et la musique en particulier, sont souvent considérées comme chères, difficiles d’accès, élitistes, compliquées.

Il est vrai qu’il semble plus simple, économique, et consensuel d’allumer un écran, de simplifier le spectacle vivant avec de la musique enregistrée, ou de le rendre plus rentable en l’industrialisant.

Contraintes économiques et petite forme :

Les contraintes économiques actuelles sont indéniables et pèsent parfois sur nos pratiques, les rendant laborieuses, réduisant leur impact et décourageant plus d’une compagnie ou ensemble musical d’aller vers le Jeune Public.

Ces contraintes deviennent alors de fait une forme de « gabarit » pour le spectacle vivant musical  Jeune Public. Ce gabarit va poser en quelque sorte un postulat à multiple entrée :

Celui du partenariat, tout d’abord. Pour les grosses structures, comme les opéras, les orchestres  et grands ensembles, afin de juguler les coûts et partager les charges de production trop lourdes pour le secteur Jeune Public, peu producteur de revenus, l’enjeu va être de se fédérer, de construire des programmes ensemble et mettre en œuvre une mécanique d’ingénierie culturelle vertueuse.

Le postulat de la forme réduite, ensuite sera unanimement intégré dans les paramètres qui régissent les canaux de diffusion. La forme sera réduite en nombre d’artistes sur le plateau, en temps et en moyens de production, etc… Ainsi la forme qui va naturellement découler de cela aura ces contraintes :

- Temps de montage réduit au maximum

- Temps de spectacle cadré pour s’insérer dans le temps scolaire le cas échéant

- Excellence de la proposition musicale (le but premier est la musique)

- Efficacité du propos qui porte le spectacle

- Fulgurance de la proposition : immédiateté de l’impact artistique.

Le Jeune Public Musical fait bouger les lignes.

On peut déplorer que le Jeune Public musical soit à ce point contraint, mais il semblerait que ce cadre, qui ceint les propositions artistiques, est en fait un moteur formidable de créativité, de diversité, d’énergie.

L’artiste-peintre, prend une décision déterminante lors du choix du format de son châssis.

Il en est de même pour l’artiste qui pense son spectacle en amont, avec des limites qui ont déjà été en partie tracées.

La créativité, bien lovée dans l’éco-système du format, pour peu qu’elle soit portée par l’excellence musicale, peut se développer et investir la proposition de la façon la plus inattendue.

Ce bain de créativité, agît comme un engrais sur le désir et des artistes, et du public. Et l’art n’est-il pas justement tant une recherche qu’un aboutissement de ce désir abstrait mais bien réel qui manque parfois tant, ou qui se perd en direction d’objets futiles et finis ?

La Catharsis provoquée par l’artiste en scène provoque un effet unique et propre à chacun-e. C’est cette rencontre que nous réactivons à chaque projet, chaque sortie scolaire, chaque spectacle présenté aux jeunes et moins jeunes.

Nous nous efforçons donc de la provoquer, et de lui permettre d’advenir dans les meilleures conditions possibles : désir, excellence musicale, puissance de la proposition, préparation des publics à l’écoute et au pur bonheur du concert, à la force du partage. L’éblouissement, et le bouleversement deviennent alors l’objet profond que nous avons mis tant d’effort à faire advenir. C’est cela qui s’imprimera dans les mémoires sensorielles de nos spectateurs, et c’est en cela que nous aurons alors fait justice à notre responsabilité artistique et de société.

Les quatre piliers du spectacle musical Jeune Public restent donc : l’excellence musicale, l’adresse au public, la créativité de la proposition, la souplesse de la forme. Un exemple à suivre !

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