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Billet de blog 7 avr. 2020

Déchets à risques infectieux, protections refusées: éboueu.r.se.s en danger!

Alors que le volume des déchets à risque infectieux augmente, de même que le nombre de collègues malades, les éboueu.r.se.s du public comme du privé continuent à déplorer le manque de protections et de mesures de sécurité. Selon la ministre de la transition écologique, le Haut Conseil de la Santé Publique et le syndicat des industriels du déchet (FNADE), ces protections seraient superflues...

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Le 2 avril, lors d’une audition dématérialisée au Sénat, la ministre de la transition écologique et solidaire, Élisabeth Borne, a déclaré qu’ « il n’y a pas besoin d’avoir des équipements de protection particuliers » pour collecter les ordures ménagères[1]. Elle s’appuie alors sur l’avis du Haut Conseil de la Santé Publique relatif à la protection des personnels de collecte de déchets au cours de l’épidémie de covid-19, publié le 31 mars. Ce dernier déconseille l’usage des masques et recommande des « mesures barrières » : 1m de distance entre les personnes, l’ « hygiène des mains », la tenue réglementaire et les « pratiques habituelles de distance ». Cela vaut également pour les travailleu.r.se.s qui collectent les DASRI (déchets d’activité de soins à risques infectieux), c’est à dire les poubelles des hôpitaux, maisons de retraite, cliniques ou centres de soins. Selon Mme Borne, ces mesures barrière sont effectivement de « bons gestes, y compris pour les salarié.e.s qui interviennent dans la collecte et le tri des déchets ». Elle évoque également la baisse du tonnage des déchets récoltés en Ile-de-France (du fait de la fermeture des commerces et des restaurants), comme pour suggérer que la charge de travail des éboueur.se.s se serait allégée.

Le 20 mars, la FNADE, syndicat qui regroupe les principaux industriels de la collecte des déchets privée (Suez, Veolia, Derichebourg…) avait déjà publié un document expliquant que les éboueu.r.se.s n’avaient pas besoin de masque. Ces annonces, tranquillement relayées par une ministre qui bénéficie d’un travail « dématérialisé », s’opposent clairement aux témoignages et aux revendications des travailleu.r.se.s du déchet, dans le public comme dans le privé.

Dans une vidéo intitulée « Manifeste des Soldats de la Guerre des Poubelles », publiée par la Maison de la grève (Sud), des employé.e.s de la Ville de Paris annoncent compter 40 collègues malades du coronavirus, et réclament une tenue de protection spéciale, avec masque et combinaison complète, ainsi qu’une désinfection des équipements après chaque collecte. Selon le texte lu dans cette vidéo, les propos de Mme Borne sont assimilables « aux mensonges aujourd'hui à demi avoués sur le port du masque qui était complètement inutile il y a encore deux semaines et peut-être obligatoire demain ».

Au centre d'incinération de Créteil, les déchets DASRI sont stockés en attendant d'être brûlés

Dans le secteur privé, les réactions sont convergentes. Pour Joachim, représentant du personnel et délégué syndical (CGT) dans le secteur du déchet, les propos de Mme Borne sont des « aberrations », une « indécence » : « qu’il y ait une rupture de stock au niveau des masques et des protections, c’est un fait, que l’on peut entendre. Mais dire qu’il n’y en a pas besoin est inacceptable au vu des risques respiratoires et biologiques : poussières, projections de lixiviats, déchets en vrac, poubelles qui débordent...» Revenant sur la baisse des volumes de déchets collectés, il nuance : « certains parcours (commerces, bureaux) n’ont plus besoin d’être faits, et des collègues ont pu bénéficier de temps partiels. Mais il y a une hausse des DAOM (déchets associés aux ordures ménagères) car les gens restent à la maison, consomment et profitent du confinement pour faire leur ménage de printemps. Surtout, les DASRI (déchets d’activité de soins à risque infectieux) sont plus nombreux, ils débordent et risquent d’être stockés en attendant l’incinération. Il arrive même que nous en trouvions mélangés aux ordures ménagères ! Plus les lits se remplissent, plus il y a de DASRI et de risques biologiques. Donc, oui, il y a un gisement qui baisse, mais c’est une demi-vérité : il faut aussi dire qu’il y un autre gisement, dangereux, qui augmente. »

Au centre d'enfouissement du Plessis-Gassot, un chauffeur découvre des DASRI dans sa benne d'ordures ménagères

Mohamed, également représentant du personnel (CGT) dans le secteur du déchet, confirme : « mes collègues chauffeurs ont trouvé du DASRI en vrac, mélangé aux ordures ménagères de maisons de retraite, de centres de soin… Quand tu arrives sans masque dans un endroit où sont stockés des DASRI, ça pique les yeux, ça irrite la peau. Et quand tu trouves des cartons avec écrit dessus « coronavirus », tu fais comment, psychologiquement ? ». Face à cette inquiétude, les protections ne sont pas au rendez-vous : « on n’a pas assez de tenues, il nous faudrait des combinaisons à usage unique. Dans la panique, on embauche des personnes à peine formées pour collecter du DASRI… Le gouvernement et les employeu.r.se.s veulent répondre vite, mais on ne peut pas faire vite et bien. »

Pour Mohamed aussi, cette crise révèle des problèmes déjà inhérents à son métier, entre pénibilité, manque de reconnaissance et course à la rentabilité : « on fait un métier de service à la société, c’est une fierté. On travaille toute l’année sauf le 1er mai. Face à ce virus, on n’allait pas abandonner le travail, mais les conditions nous font douter... Le seul truc qui aurait pu nous rassurer, ça aurait été l’hygiène, au moins ! J’espère qu’on en tirera des leçons pour la suite, parce que de façon générale les normes ne sont pas respectées. C’est sûr que si tu désinfectes les camions à chaque tournée, tu n’es pas rentable. Pour être rentable, on en vient à traiter les éboueu.r.se.s comme des livreu.r.se.s ! Si tu attrapes le corona et que tu déclares un accident du travail, on te dira que tu l’as attrapé au supermarché… ». Joachim renchérit : « On ne va pas à la ”guerre” avec des armes sans munitions ».

Pendant ce temps, l’académie de médecine conseille le port du masque à l’ensemble de la population[2]. Une population qui continue à afficher des messages de soutien et de remerciement aux éboueu.r.se.s sur les poubelles, sur les containers ou sur leur porte.

Paris : message d'habitant.e.s du 18e arrondissement sur leur porte © Jeanne Guien

[1] https://www.huffingtonpost.fr/entry/coronavirus-pas-besoin-de-masques-pour-les-eboueurs-selon-elisabeth-borne_fr_5e85f9b1c5b692780508e193?utm_hp_ref=fr-homepage

[2] http://www.leparisien.fr/societe/coronavirus-l-academie-de-medecine-preconise-le-port-obligatoire-du-masque-pour-tous-03-04-2020-8293632.php

Certains prénoms ont été modifiés.

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