L'expression « travailleur.ses du déchet » agrège en France une grande diversité de métiers, de conditions, de représentations. Alors que les structures de « réemploi » sont visibles et louées comme des acteurs engagés de l'écologie et l'insertion, les métiers de la collecte, du tri et du traitement des déchets n’accèdent à la parole publique que lors de crises sanitaires ou de conflits du travail.
Quant à celles et ceux qui ramassent quotidiennement les déchets pour les revendre de façon indépendante (biffin.es, chineur.ses, ferrailleur.ses), ils et elles sont soit invisibilisé.es, soit présenté.es comme des menaces. De « héros du climat » à « criminels en réseau », de « travailleurs essentiels » à grévistes « irresponsables », les travailleur.ses du déchet sont inégaux.les face à la reconnaissance de leur utilité sociale et de leur agentivité politique.
« Héros du climat »... Et des appels à projet : les travailleur.ses du réemploi face à leur emploi
Parmi les multiples formes de "travail du déchet", distinguons d'abord les activités qualifiées (depuis une directive européenne de 2008) de « réemploi » : récupération et revente gérées par des structures associatives ou des entreprises de l'économie sociale et solidaire.
Leur travail est formel et leurs objets variés, des bric-à-brac où l'on trouve de tout aux ressourceries spécialisées en articles de sport, spectacle, vélo, art, jouet... Procédant par la collecte aux particuliers, les points d'apport volontaire ou le déstockage d'autres structures1, les recycleries ont en général des espaces d’accueil et de tri où les dons sont sélectionnés, des espaces de vente où ils sont exposés, et des espaces de débarras d’où repart ce qui n’a pu être vendu. Certaines sont anciennes, comme Emmaüs (1952) ou Les ateliers de la Bergerette (1984), d’autres récentes, comme La Venelle du réemploi (2025).
Depuis les années 2010, le soutien public pour la création de telles structures est important2, pour des raisons écologiques mais aussi de lutte contre le chômage : une bonne partie des emplois en ressourcerie sont « aidés » (CAE, CUI, services civiques…)3. On y propose de la formation et de l’accompagnement social. Si les femmes y sont nombreuses, on observe une répartition très genrée des tâches : les femmes aux rayons jouets, textile et vente, les hommes à la menuiserie, l’électronique, la collecte4.
De plus en plus nombreuses, ces structures surmontent leur dispersion par l'animation de réseaux (REFER, RNRR, RESSAC...), de fédérations (Emmaüs France) et de grands évènements (la Fête de la récup, la Semaine Européenne de Réduction des Déchets, les Journées Nationales de la réparation…), ce qui leur permet de renforcer leur représentation politique et leur plaidoyer. Disposant souvent d’espaces de convivialité (cuisines, bars, restaurants, salles de spectacle), elles peuvent proposer des animations et des actions de sensibilisation et ainsi se faire connaître de leur quartier et des réseaux militants. Elles recrutent des bénévoles et déploient une importante communication, reprenant l’argumentaire écologique et social qui a permis leur développement national et la requalification de ce genre de récupération comme « honorable5 ».
Les associations bénéficient ainsi, depuis une quinzaine d’années, de subventions, d’aides à la communication et de conventions pour l’occupation de locaux. Cependant, les montants et les soutiens varient au gré des agendas politiques, des échéances électorales et des expirations d’appels à projet. Cette réalité rend leur modèle économique fragile.
Le recours aux bénévoles, aux services civiques et le format « chantier d’insertion » génèrent également une certaine ambivalence dans la représentation et le vécu du métier : la revalorisation des biens de seconde main, effectuée comme emploi d'insertion temporaire et peu payé, dans une structure incertaine de son avenir, apparaît comme un métier de passage, que tout le monde peut essayer mais que personne ne veut vraiment faire. Un "sas" vers le monde du travail, le vrai. Ainsi, en France, « la création du secteur [du réemploi] participe d’un mouvement plus large de délégation d’activités d’intérêt général au secteur associatif et à ses salariés, dont les conditions d’emploi sont le plus souvent dégradées6. »
Ainsi, le fort capital symbolique dont bénéficient ces structures - reconnues comme sociales et écologiques, populaires dans leur quartier ou leur commune – n’empêche pas une certaine précarité économique - incertitude quant à la pérennité des emplois, bas salaires, représentation ambivalente de l'activité. Alors que les activités de collecte, tri et revente sont exigeantes et mènent à des qualifications parfois très spécialisées, il faut lutter pour financer des postes et les donner à voir comme de vrais métiers.
« Métiers essentiels »... Et fortement stigmatisés : les « éboueurs » face aux injonctions contradictoires
Les métiers de la collecte, du tri et du traitement du déchet sont en général rassemblés sous l'étiquette fourre-tout d’"éboueurs". Pourtant, ces activités sont variées et féminisées. Agent.es de tri, conducteur.rices d'engins et opérateur.rices de maintenance, cantonnier.es, balayeur.ses, ripeur.ses, égoutier.es, agent.es des incinérateurs, des décharges, des déchetteries, du recyclage industriel, de la méthanisation, du traitement des déchets dangereux...
Tout aussi variée est la palette des déchets traités, des déchets ménagers aux déchets radioactifs en passant par les déchets verts et les déchets de soin à risque infectieux. Les mots manquent, les versions féminines tardent, pour désigner ces travailleur.ses qui restent majoritairement des hommes7, avec une forte représentation de personnes racisées. Les chiffres sont difficiles à obtenir, car le secteur est immense et divisé entre public et privé : les salarié.es du privé étaient estimé.es à 138 000 en 2022 et dans le public, rien qu’à Paris, la régie municipale compterait 5500 employé.es8.
En effet, contrairement à une opinion répandue, la « propreté » n’est qu’en partie un service public en France. La collecte est privatisée à 50% à Paris et à 60% à Marseille. Les entreprises du recyclage sont pour la plupart privées, comptant plusieurs grandes multinationales (Derichebourg, Suez, Veolia) recourant à de multiples sous-traitants. Le secteur du tri est également investi par les entreprises de travail adapté ou d’insertion, qui elles aussi proposent des CDD avec comme objectif « la sortie vers un autre emploi9 ».
L'emploi formel et salarié domine néanmoins, et de nombreuses organisations syndicales représentent ces métiers. Cependant, on observe une importante précarité, du fait du bas niveau des salaires, de la pénibilité du travail, de l'importance des contrats précaires (CDD à répétition, intérim) voire de l’absence de contrats, avec plusieurs cas d’exploitation criminelle de travailleur.ses sans-papiers, par l’intermédiaire de sous-traitants10.
Concernant la représentation de ces métiers, le constat largement partagé est l’invisibilisation et la dévalorisation. Visibles sur la voie publique, les « éboueurs » pâtissent du stigmate associé au déchet11 : la saleté est moins associée à la personne qui jette qu’à celle qui nettoie, ce qui engendre ou renforce son exclusion. Le mépris voire l’agressivité sont si banals que les camions de collecte doivent afficher « patience collecte » pour calmer les automobilistes, tandis que la SNCF demande à ses passager.es de bien vouloir « réserver le meilleur accueil » à ses « hôtes de propreté ».
Les agent.es de tri et de traitement, opérateur.rices centraux du recyclage, paraissent invisibles et ne sont jamais consulté.es dans les débats à ce sujet. Ces travailleur.ses sont les « rouages négligés d'une économie circulaire en vogue12 » et « ne sont guère regardés comme des auxiliaires de la préservation écologique13 ». Les agent.es de déchetterie, de leur côté, constatent être « utile sans avoir la reconnaissance »14. Même mépris du côté de la collecte : « Au Covid on était des stars, maintenant c’est fini » ; « y’en a pour qui on est des zéros, pas des héros »15.
De fait, si l'utilisation du vocabulaire écolo bureaucratique (économie circulaire, transition écologique, développement durable) s'est répandue dans la communication des entreprises, des collectivités et de certains syndicats, force est de constater qu'il est assez peu présent dans les discours des médias lorsqu'ils parlent des « éboueurs ». En général, on les mentionne en période de crise (grève, confinement), par un double discours qui reconnaît de difficiles conditions de travail16 tout en incitant les grévistes à reprendre au plus vite un travail « essentiel ».
L’expression, qui s'est imposée pendant le confinement, est porteuse de cette ambivalence : en rendant hommage à des métiers indispensables, on suggère qu’on ne saurait les suspendre trop longtemps. Ainsi, grévistes et syndicalistes sont culpabilisé.es en cas d’accumulation de déchets. Contrairement aux travailleur.ses du réemploi, on les soupçonne volontiers de flemmardise et de dangerosité. Quand on ne les traite pas carrément d’irresponsables voire de pollueur.ses17, le ton est celui de l’appel au sacrifice : pendant le confinement, la célébration des « éboueurs » prit des relents militaires, sonnant comme l’oraison funèbre d’une nécessaire « chair à virus18 ».
Ainsi, malgré un emploi formel permettant une stabilité salariale, ces travailleur.ses demeurent dans une certaine précarité et ne bénéficient pas du capital symbolique associé à la propreté et la préservation de l’environnement. Leur traitement politique et médiatique montre une mise à l’écart des sujets écologiques et une attention ambivalente, liée à des contextes de crise, où l’on sollicite moins leur participation que leur abnégation, voire leur sacrifice.
« De fortune » et d’infortune : les récupérateur.rices informel.les face à l’ignorance et aux discriminations
La troisième catégorie de travailleur.ses du déchet qu’on peut distinguer cumule en France grande précarité économique, instabilité du travail et mise à l’écart des politiques sociales et environnementales. Il s’agit du travail de récupération-revente indépendante, dit « biffe », « ferraille » ou « chine », effectué chaque jour par des milliers de personnes travaillant seules ou en petits groupes familiaux.
A l’aide de moyens de transport variés (à pied avec chariot, à vélo-remorqueur, en camion), ces personnes ramassent les déchets abandonnés sur la voie publique et débarrassent des particuliers pour revendre ensuite de façon plus ou moins formelle, selon le circuit emprunté : entreprises de recyclage de métaux, puces et vide-greniers, marchés spontanés, sites Internet, marchés associatifs... L’activité peut prendre la forme de l’autoentreprise, lorsque le.a travailleur.se en a les moyens, ou de l’activité associative, lorsque les mobilisations pour le « droit à la biffe » parviennent à négocier le droit de vendre sur la voie publique. C’est le cas depuis la fin des années 2000, période où la porte Montmartre à Paris voit naître l’association Sauve Qui Peut, association de biffin.es réclamant le droit de vendre des biens de seconde main pour vivre, sans être poursuivi.es, interpellé.es, mis.es à l’amende par la police.
Ce mouvement social contribua à politiser et médiatiser le sujet. Les biffin.es parvinrent à se réunir, manifester, s’allier des soutiens à gauche et négocier avec la municipalité. Leur action inspira des regroupements divers : syndicats de biffin.es (Sauve qui peut, Le syndicat des vendeur.ses de Gèze), associations d’encadrement de leur activité (Le carré des biffins d’Aurore, AMELIOR, Indicible), collectifs de soutien (Collectif de soutien aux biffin.es sans place, Rues Marchandes)... Il existe même une Global Alliance of Waste Pickers, ONG internationale qui fédère les structures vouées à leur organisation et leur défense. Le métier est mixte, rassemble des personnes de tous les âges et d’origines très variées.
Pourtant, en France, le nombre de places disponibles pour vendre reste très en deçà des besoins. Alors que le nombre de marchés informels croît et que de plus en plus de gens ont besoin de cette activité, principale ou en complément, le soutien public est très rare et toujours incertain. La répression et la décrédibilisation médiatique dominent : en janvier 2025, le maire de Marseille prenait un arrêté interdisant le marché informel de Gèze.
Pour justifier cette répression, les spectres de la saleté, de la criminalité et du chaos furent agités, conformément à des stéréotypes médiatiques et politiques resservis depuis 20 ans. En effet, dans les médias, on lit régulièrement que les biffin.es menacent la propreté, la salubrité et la « tranquillité » des riverains19. L’idée qu’ils s’organisent en « réseaux » et revendent des objets volés est souvent avancée, teintée de racisme : les médias précisent l’origine « Rom » ou « en situation irrégulière » des vendeur.ses, les qualifiant de « centaines de clandestins20 ».
En 2011, la maire du XXe s’inquiétait de la « favellisation » de sa commune et annonçait qu’elle n’allait pas « réinventer les chiffonniers du Caire21 ». Les descriptions de l’activité sont rabaissantes et déshumanisantes : « farfouille de la misère » et « bric-à-brac d'infortune22 », « marché sauvage23 » ou « marché de la misère » présentant du « vrac » et du « fouillis », issu de « baluchons de fortune24 ». L’utilité sociale et écologique de la biffe, son caractère qualifiant, l’importance et l’ancienneté de sa contribution à l’économie formelle sont rarement rappelées, alors qu’elles font l’objet de nombreuses recherches25. La répression policière (interpellations, amendes, saisie du matériel, gardes à vue, plaintes des riverain.es) domine.
Quant à la ferraille, elle est l’objet de mépris et de soupçon, alors même qu’il s’agit d’une activité légale, parfois exercée en autoentreprise et source d’approvisionnement d’entreprises puissantes (notamment les multinationales Derichebourg et GDE). En France, les personnes qui récupèrent la ferraille dans la rue fournissaient en 2019 entre 15 et 30% de la ressource du secteur formel du recyclage de métaux, et jusqu’à 50% de son chiffre d’affaires26. Pourtant, ces ferrailleur.ses sont peu rémunéré.es, payé.es au poids, parfois en-dessous du prix officiel, notamment lorsqu’ils et elles sont perçu.es comme rom.nis ou gitan.es27. « Main d’œuvre quasi gratuite, sans droits sociaux ni reconnaissance même symbolique28 », les ferrailleur.ses allègent la collecte et contribuent au recyclage.
Leurs apports restent pourtant « les impensés et les invisibles d’une économie circulaire qui se veut, par ailleurs, vertueuse » : « jamais ce premier segment [du recyclage], qui fonde pourtant une part importante de l’économie de la ferraille, n’est consulté ou même pris en compte dans les réformes menées29 », notamment en ce qui concerne le développement des déchetteries et leurs effets sur l’immobilisation des ressources détritiques. Le harcèlement policier est notable30. Quant aux médias, ils s’intéressent à ce qui peut alimenter l’assimilation du ferraillage au « larcin », feignant de temps en temps de découvrir son lien avec le recyclage31. L’agentivité politique des biffin.es et des ferrailleur.ses, voire leur simple humanité, est tout bonnement déniée.
Vers l’alliance ?
Face à ces constats, comme il est tentant de s’écrier : « Travailleur.ses du déchet de tout le pays, unissez-vous !» Belle parodie de Marx, en effet, tant elle proviendrait d’une position de philosophe extérieure aux métiers32. Plus sérieusement : comment penser l’alliance, quand on constate une telle tendance à diviser et hiérarchiser les métiers ?
D’abord, il convient de rappeler que la diversité des métiers du déchet n’empêche pas des hybridations et des passerelles. Ce sont deux biffins qui ont convaincu l’abbé Pierre de se lancer dans le bric-à-brac avec Emmaüs. Derichebourg a commencé comme ferrailleur en porte-à-porte. Les ferrailleur.ses fournissent le secteur formel du recyclage, et les brocanteur.ses n’hésitent pas à s’approvisionner chez les biffin.es ou les ressourceries. Nombre de ripeur.ses et de balayeur.ses pratiquent la biffe occasionnellement (comme beaucoup de français.es33), tandis que les ressourceries (comme beaucoup d’artisan.es et ouvrier.es du bâtiment) revendent leur ferraille. Les biffin.es se structurent en associations qui revendiquent leur rôle dans le réemploi.
Certaines comme La Pagaille ont été créées avec des biffin.es devenu.es ensuite salarié.es en insertion. Pendant la grève de 2023, une caisse de solidarité a été remise par cette association aux grévistes de Pizzorno (entreprise privée de collecte). Les syndicats dits d’ « éboueurs » rassemblent de multiples métiers, autant du déchet que du transport. Travailleur.ses de la collecte et du ménage défilent parfois ensemble, comme à Paris en septembre 2025. On trouve des entreprises d’insertion au statut commercial dans le recyclage industriel. Il existe un continuum logique mais aussi pratique et politique entre toutes ces activités.
En réalité, les distinctions sont avant tout politiques et sociologiques, et elles sont souvent l’œuvre des politiques et des médias : en fonction du profil sociologique des personnes concernées et du contexte dans lequel elles exercent leur activité, on leur accordera ou pas une agentivité politique, et leur travail apparaîtra ou pas comme social et écologique. On remarque ainsi que les métiers exercés dehors, dans la rue, sont les plus dévalorisés. Le fait d’être au contact du déchet est également discréditant : plus on est proche de la ressource (en récupérant dans la poubelle plutôt que d’accueillir des dons, en vidant les bennes plutôt que conduire un camion), plus on subit le « stigmate ». Ce qui s’ajoute à des hiérarchies classiques du travail telles que manuel/intellectuel, subsistance/passion, féminin ou non, motorisé ou non, formé ou non... Enfin, les discriminations – racisme, sexisme, mépris de classe – constituent ici des biais majeurs, causant ou accentuant l’exclusion.
Autant de frontières et de biais qui pourraient être subvertis par l’affirmation d’une solidarité entre les différentes formes de travail du déchet et par des démarches fédératives, visant à rassembler les structures de représentation des travailleur.ses du déchet : syndicats, associations, collectifs, coopératives… Les avantages des unes doivent bénéficier aux autres : les espaces de réunion et de convivialité des recycleries ou des syndicats doivent être mis à la disposition des autres travailleur.ses du déchet, qui en sont en général démuni.es, afin de favoriser les échanges et l’organisation politique. Les compétences des syndicalistes doivent pouvoir bénéficier aux travailleur.ses de l’informel ou de l’associatif, invité.es à rejoindre des cortèges communs et des négociations. Inversement, on peut se demander pourquoi les éboueur.ses, agent.es de tri, ferrailleur.ses ou biffin.es ne sont pas invité.es à prendre la parole dans les manifestations de sensibilisation à la question des déchets que mettent en place les réseaux de ressourceries. Ces dynamiques d’alliance permettrait de donner un poids politique important aux travailleur.ses du déchet face à la puissance publique.
En effet, il est inacceptable que les travailleur.ses les plus directement concerné.es par la question du déchet soient et si peu pris.es en compte dans les politiques publiques à ce sujet, comme s’ils et elles n’étaient que des exécutant.es inconscient.es de la valeur de leur travail. Les paroles des premier.es concerné.es, lorsqu’elles sont écoutées, montrent le contraire34. Cette exclusion est d’autant plus révoltante que, à bien y regarder, elle est tout à fait sélective, réservant à certain.es le capital symbolique, l’agentivité politique et même l’humanité qu’elle refuse à d’autre, tout en maintenant tout le monde dans la précarité. C’est ainsi que les pouvoirs politique et médiatique affaiblissent un secteur doté d’une importance et d’un pouvoir immenses.
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1 L’association Le Relais est ainsi le débouché de nombreuses ressourceries et recycleries, qui lui fournissent les vêtements qu’elles n’ont pu vendre en magasin.
2 Par exemple, en Île-de-France, un plan régional permet l’ouverture de 30 ressourceries entre 2011 et 2016. Nathalie Benelli et al., Que faire des restes ? Le réemploi dans les sociétés d’accumulation, Les Presses de Sciences Po, 2017, p. 20.
3 En 2017, 75% des structures membres du Réseau National des Recycleries et Ressourceries étaient des structures d’insertion par l’activité économique. Ibid., p. 22.
4 Ibid., p. 38.
5 Ibid., p. 15.
6 Ibid., p. 35.
7 A Paris, seulement 5 femmes travailleraient dans les égouts. Dans l’agglopôle de la région Occitanie, il y a seulement 4 femmes sur une cinquantaine d’agent.es de collecte, toutes recrutées après 2020. Dans le cas des agents de déchetterie étudiés par les mêmes autrices, 0 femme. Houyam Boudaouine, Florence Loose, Anne Loubès (1), « Quelles caractéristiques d’un travail porteur de sens dans un « sale boulot » ? Une analyse thématique de ce qu’en disent les éboueurs », 2025, p. 9-10 ; id. (2), « Des paradoxes vécus par les agents de déchetterie? Une approche par les interactions sociales racontées », CIEC 2025, p. 6.
8 https://france3-regions.franceinfo.fr/paris-ile-de-france/paris/les-eboueurs-en-greve-a-paris-le-mouvement-risque-de-monter-en-temperature-3250978.html?utm_source=flipboard&utm_medium=activitypub
9 Catherine Abou El Khair, « Sur les tapis de tri, de nombreux précaires au charbon », Santé&Travail, avril 2022.
10 Benoît Collet, « Travailleurs des déchets, ces sans-papiers ont fait plier Suez et Veolia », Reporterre, 12 novembre 2025.
11 Stéphane Le Lay et Delphine Corteel, Les travailleurs des déchets, Cérès, Paris 2011.
12 Clémence Fourneau, « Le « sale boulot » des travailleurs des déchets », Santé&Travail, avril 2022.
13 Stéphane Le Lay, « Valoriser en fin des métiers essentiels à l’environnement », Santé&Travail, avril 2022.
14 Boudaouine et al., art. cit. (2), p. 6.
15 Boudaouine et al., art. cit. (1), p. 15.
16 En plus de la pénibilité du métier de ripeur.se, on y trouve le taux d’accidents le plus élevé avec le BTP, et une espérance de vie inférieure à celle de l’ensemble de la population. Elle est encore moindre pour les égoutier.es. Pour les travailleur.ses du tri et du traitement, il existe de nombreux risques sanitaires spécifiques, répertoriés par Fourneau, art. cit.
17 Pour un exemple, voir Jeanne Guien, « Marseille déborde de déchets, les médias accusent les éboueur.ses en grève », Le Blog Médiapart, 13 octobre 2021.
18 Stéphane Le Lay, « Les éboueurs, héros des temps confinés ? », Le Blog Médiapart, 20 avril 2020.
19 Samy Hage, « Au nord de Marseille, le plus grand marché informel de France lutte pour sa survie », Bondy Blog, 27 janvier 2025.
20 Anonyme, « Le ras-le-bol de Belleville face aux marchés de la misère », Le Parisien, 21 mai 2011 ; « Les vendeurs clandestins indésirables au-dessus du périph », Le Parisien, 9 septembre 2014 ;
21 Expressions de l’ex-maire du XXe arrondissement, Frédérique Calendra, citée par Ludo Simbille, « Marché de la misère : le grand retour de l’économie de la débrouille », Basta !, 16 février 2011 et Anonyme, « Un diagnostic pour comprendre le phénomène des biffins », 20 minutes, 11 février 2011.
22 Catherine Rollot, « Les "sauvettes" de Belleville », Le Monde, 28 mars 2011.
23 Rémy Dodet, « Bagnolet démangé par ses puces », Libération, 2 octobre 2014.
24 Ludo Simbille, art. cit.
25 Nombre de chercheur.ses ont étudié en France la biffe et la ferraille : Bénédicte Florin, Virginie Milliot, Hélène Balan, Hugues Bazin, Mélanie Duclot, Elise Havard dit Duclot…
26 Bénédicte Florin et Pascal Garret, « Faire la ferraille en banlieue parisienne. Roms et populations défavorisées : les invisibles de l’économie de la ferraille », Case Study – ANR Marg-In, 2019, p. 5.
27 Ibid., p. 52-53.
28 Ibid., p. 65.
29 Ibid., p. 11 et 10.
30 Ibid., p. 34.
31 Patricia M. Colmant, « Quand les ferrailleurs se font recycleurs », Les Echos, 6 août 2019.
32 Anciennement employée d’une structure du réemploi et membre d’associations et collectifs de soutien aux biffin.es, l’autrice de ces lignes est extérieure au travail du déchet actuellement.
33 L’Observatoire SOciété et COnsommation notait en 2012 que 38% des Français avaient "récupéré des objets jetés ou déposés sur les trottoirs, notamment le jour du ramassage des encombrants", au cours des douze derniers mois. En 2022, Le Bon Coin revendiquait plus de 20 millions de vendeur.ses.
34 Boudaouine et al., art. cit. (1).